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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2515574

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2515574

mercredi 5 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2515574
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCALVO-PARDO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris annule les décisions du 16 mai 2025 par lesquelles le préfet de police a refusé un titre de séjour à M. A..., ressortissant mauritanien, l’a obligé à quitter le territoire et lui a interdit le retour pour 24 mois. Le tribunal retient que le préfet a commis une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en raison de l’insertion professionnelle stable du requérant (contrat à durée indéterminée et activité continue depuis 2018). En conséquence, il enjoint au préfet de délivrer une carte de séjour temporaire mention « salarié » sous trois mois et d’effacer le signalement au système d’information Schengen.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré le 5 juin 2025, M. B... A..., représenté par Me Calvo-Pardo, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 16 mai 2025 par lesquelles le préfet de police lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

2°) d’enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d’enjoindre au préfet de police de mettre fin à son signalement dans le système d’information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S’agissant des décisions de refus de délivrance d’un titre de séjour et d’obligation de quitter le territoire français :
- elles sont insuffisamment motivées
- elles n’ont pas été précédées d’un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le droit d’être entendu.


Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2025, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été reportée au
22 septembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Topin ;
- et les observations de Me Locqueville, substituant Me Calvo-Pardo, avocate de M. A... ;




Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1990 et entré en France en 2017 selon ses déclarations, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par des décisions du
16 mai 2025, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. M. A... l’annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d’annulation :


2. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / (…) ».

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A... qui réside en France depuis au moins novembre 2017, date à laquelle il a sollicité le bénéfice d’une protection internationale, justifie, en produisant un contrat de travail à durée indéterminée et des bulletins de salaires, avoir exercé depuis le 19 mai 2018 une activité professionnelle à temps en qualité de plongeur dans la restauration pour le même employeur. Au regard de la durée de l’activité ainsi exercée, au bénéfice du même employeur, qui traduit une insertion par le travail, M. A... est fondé à soutenir qu’en refusant de l’admettre à titre exceptionnel au séjour, le préfet de police a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision de refus de titre de séjour du 16 mai 2025 doit être annulée ainsi que par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

5. D’une part, en raison du motif qui la fonde, l’annulation des décisions attaquées implique nécessairement qu’une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » soit délivrée à M. A..., sous réserve d’un changement de circonstances de fait ou de droit. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer ce titre de séjour à l’intéressé dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

6. D’autre part, le présent jugement, qui annule l’interdiction de retour sur le territoire français prise à l’encontre de M. A..., implique nécessairement que l’administration efface le signalement dont il fait l’objet dans le système d’information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d’enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.


Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. A... d’une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du préfet de police du 16 mai 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A... un titre de séjour portant la mention « salarié » dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A... dans le système d’information Schengen procédant de l’interdiction de retour sur le territoire français.

Article 4 : L’Etat versera à M. A... une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.



Délibéré après l'audience du 15 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente ;
- Mme Dousset, première conseillère ;
- Mme Calladine, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2025.



Le président-rapporteur,
Signé
E. Topin
L’assesseure la plus ancienne,
Signé
A. Dousset

La greffière,

Signé

L. Clombe






La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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