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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2520122

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2520122

mercredi 17 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2520122
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantGIUDICELLI-JAHN

Résumé IA

Refus de renouvellement de titre de séjour pour soins et obligation de quitter le territoire français. Le Tribunal administratif de Paris rejette la requête de M. B..., ressortissant égyptien. Il écarte les moyens d’incompétence, d’insuffisance de motivation et de défaut d’examen. Il juge que le préfet a légalement appliqué l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en estimant que l’intéressé pouvait bénéficier d’un traitement approprié dans son pays d’origine.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2025, M. A... B..., représenté par Me Guidicelli-Jahn, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 10 juin 2025 par lesquelles le préfet de police lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d’enjoindre au préfet de police, à titre principal, de renouveler son titre de séjour dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé provisoire de séjour et de travail dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que s’agissant de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées en fait ;
- elle n’ont pas été précédées d’un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elles méconnaissent l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et son entachées d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elles méconnaissent l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2025, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée, en dernier lieu, au 22 octobre 2025 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Topin.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant égyptien né le 27 juillet 1979 et entré en France le 12 juin 2019 selon ses déclarations, a bénéficié, en raison de son état de santé, d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » valable du 1er février 2023 au 31 janvier 2024, dont il a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 10 juin 2025, le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français. M. B... demande l’annulation de ces décisions.

En premier lieu, par un arrêté n° 2025-00679 du 30 mai 2025 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. C... D..., sous-directeur du séjour et de l’accès à la nationalité, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d’absence ou d’empêchement des autres délégataires, sans qu’il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n’aient pas été absents ou empêchés lorsqu’il a signé les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de son signataire doit être écarté.


3. En deuxième lieu, la décision de refus de titre de séjour indique avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s’est fondé, en particulier l’analyse de son état de santé au regard des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l’obliger à quitter le territoire français. Si ces décisions ne mentionnent pas tous les éléments caractérisant la situation de l’intéressé, il lui permet de comprendre les motifs des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré du défaut de sa motivation en fait doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes des décisions attaquées, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B... avant de lui refuser la délivrance d’un titre de séjour et de l’obliger à quitter le territoire français, la circonstance qu’il n’ait pas mentionné qu’il s’agit d’une demande de renouvellement de titre de séjour ou qu’il n’ait pas fait état de la situation professionnelle de l’intéressé n’étant pas de nature à établir un défaut d’examen. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de sa situation doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (…). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. »

6. Pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B..., le préfet de police a estimé, au vu de l’avis émis le 4 avril 2024 par le collège des médecins de l’OFII, que l’état de santé de l’intéressé nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité, mais qu’eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d’un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que M. B... a été traité, au sein du service d’hématologie et d’oncologie de l’hôpital Saint-Louis, pour une leucémie lymphoïde chronique du 23 août 2022 au 22 septembre 2023 traitée par Obnutuzumab et Venetoclax, que, désormais, il est en rémission complète clinique et biologique et qu’il fait l’objet d’une surveillance clinique trimestrielle. L’intéressé, qui se borne à faire valoir les défaillances du système médical égyptien et le coût des traitements, ne conteste pas ainsi qu’il ne pourrait pas bénéficier effectivement de ce suivi dans son pays d’origine. Dans ces conditions, le préfet de police n’a pas fait une inexacte application de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En cinquième lieu, il ne ressort d’aucune pièce du dossier que M. B... aurait sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de ces articles doivent être écartés.

8. En sixième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »

9. M. B... se prévaut de la durée de son séjour en France et de son intégration professionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu’il n’a travaillé que deux mois en 2022, qu’il est sans charge de famille en France et ne justifie pas de liens intenses qu’il aurait noués. Par ailleurs, sa femme et ses cinq enfants résident en Egypte. Dès lors, compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce, en refusant la délivrance d’un titre de séjour à M. B..., le préfet de police n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu’il a poursuivis. Il n’a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen ne peut qu’être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de police n’a pas davantage commis d’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l’intéressé. Ces moyens doivent donc être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.



Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de police.



Délibéré après l'audience du 3 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente ;
- Mme Dousset, première conseillère ;
- Mme Calladine, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2025.



La présidente-rapporteure,
Signé
E. Topin
L’assesseure la plus ancienne,
Signé
A. Dousset

La greffière,

Signé

V. Fluet



La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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