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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2522637

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2522637

lundi 11 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2522637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantAGAHI-ALAOUI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A E D, ressortissant malien, qui contestait un arrêté du préfet de police du 24 octobre 2024 lui refusant le séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de cinq ans, ainsi qu'un arrêté du 5 août 2025 le maintenant en rétention administrative. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence du signataire et de l'insuffisance de motivation de la décision de maintien en rétention, en se fondant sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 et 8 août 2025, M. A E D, en rétention administrative, représenté par Me Agahi-Alaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de police lui a refusé le séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans et l'a signalé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2025 portant maintien en rétention administrative ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le maintien en rétention :

- la décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation individuelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciatiEn ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui a produit seulement des pièces, enregistrées le 7 août 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Beaujard, premier conseiller, en application des dispositions des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Beaujard, magistrat désigné ;

- les observations de Me Calme, avocate commise d'office, substituant Me Agahi-Alaoui, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Vo, pour le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et soulève deux fins de non-recevoir tirées de la tardiveté des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et contre l'arrêté portant maintien en rétention.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 24 octobre 2024, le préfet de police a refusé le séjour à M. A E D, ressortissant malien né le 14 mai 1999, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans et l'a signalé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen. Il a été placé en rétention à compter du 3 juillet 2025, et maintenu en rétention administrative par un arrêté du 5 août 2025. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2024 et de son maintien en rétention.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant maintien en rétention :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, la décision attaquée a été signée par M. B C, attaché d'administration de l'État, qui disposait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du préfet de police n° 2025-00382 du 26 juin 2025, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, si M. D fait valoir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Le moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police, les conclusions à fin d'annulation de la décision portant maintien en rétention doivent être écartées.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

6. L'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose que : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification () de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

7. Par ailleurs, l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : () / 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné () ".

8. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'une demande d'aide juridictionnelle interrompt le délai de recours contentieux et qu'un nouveau délai de même durée recommence à courir à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours après la notification à l'intéressé de la décision se prononçant sur sa demande d'aide juridictionnelle ou, si elle est plus tardive, à compter de la date de désignation de l'auxiliaire de justice au titre de l'aide juridictionnelle.

9. Il est constant qu'une demande d'aide juridictionnelle a été présentée le 26 novembre 2024 à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 24 octobre 2024, laquelle, formée dans le délai de recours contentieux, a eu pour effet de le proroger. En l'absence de tout élément au dossier établissant la date de notification de la décision du 28 mars 2025 lui accordant partiellement l'aide juridictionnelle, aucune tardiveté ne peut être retenue. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la régularité de l'adresse à laquelle la décision du bureau d'aide juridictionnelle a dû être notifiée, laquelle ne peut au demeurant être établie au regard des pièces du dossier, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police doit être écartée.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour :

10. En premier lieu, la décision attaquée cite les textes dont elle fait application et mentionne suffisamment les éléments de la situation personnelle de M. D que l'autorité administrative a pris en considération, et comporte ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait ayant justifié son intervention. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. D, entré en France en 2016, à l'âge de dix-sept ans, a été pris en charge par le service d'aide sociale à l'enfance de la Ville de Paris à compter du mois de septembre 2016, avant de bénéficier d'un " contrat jeune majeur " à compter du 14 mai 2017, et qu'il a suivi un parcours scolaire méritant. Cependant, s'il fait état, d'une part, de son emploi, en qualité d'éclairagiste de spectacle depuis septembre 2022 à et, d'autre part, de ce qu'il résiderait avec sa compagne haïtienne avec laquelle il a deux enfants, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est déclaré célibataire tant lors de sa demande de titre de séjour que lors de son audition par les services de police le 3 juillet 2025, qu'il a fait l'objet d'un signalement, en avril 2024, pour violence suivi d'incapacité sur partenaire et qu'il a été condamné à deux reprises, l'une en septembre 2018, à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour transport, détention et acquisition non autorisée de stupéfiants, l'autre en mars 2022, à six mois d'emprisonnement et interdiction de retour pendant deux ans pour transport, détention et acquisition non autorisée de stupéfiants, en récidive. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 12 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision portant fixation du pays de destination :

14. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine ou dans son pays de résidence habituelle où il est effectivement admissible. Cette décision est ainsi suffisamment motivée, en droit comme en fait. Le moyen doit être écarté.

15. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

16. En se bornant à indiquer qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine, le requérant n'apporte aucun élément au soutien de ses dires. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait méconnu les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées. Les moyens afférents doivent être écartés.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision portant refus de départ volontaire :

17. Il résulte des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :

1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ".

18. Il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet de deux condamnations, en récidive, en 2018 et 2022, respectivement de deux mois d'emprisonnement avec sursis et de six mois pour transport, détention et acquisition non autorisée de stupéfiants, qu'il est défavorablement connu pour des faits d'usage ou menace avec arme sans incapacité et usage illicite de stupéfiants en 2020 et qu'il a, au surplus, été mis en cause dans une affaire de violences conjugales en juillet 2025. Dans ces conditions, le préfet de police, par une motivation qui n'est pas insuffisante, a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser d'accorder un délai de départ volontaire au motif que le comportement de M. D constituait une menace pour l'ordre public. Les moyens d'insuffisance de motivation et d'erreur de droit doivent être écartés.

En ce qui concerne conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français :

19. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

20. Il ressort des pièces que M. D est présent sur le territoire national depuis 2016 où il a été pris en charge par les services d'aide sociale à l'enfance et qu'il a suivi un parcours scolaire méritant. Compte-tenu de la durée de sa présence sur le territoire, de ses liens notamment familiaux, avec la présence de ses deux enfants ainsi que de la mère de ses enfants, et nonobstant les condamnations dont il a fait l'objet, M. D est fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans prononcée à son encontre porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au regard des buts dans lesquels cette décision a été édictée.

21. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 20 du présent jugement que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, M. D est seulement fondé à obtenir l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

Sur les autres conclusions :

22. L'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

23. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions de la requête présentées à ce titre doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 24 octobre 2024 est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E D et au préfet de police.

Décision rendue le 11 août 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

V. Beaujard La greffière,

Signé

A. Heeralall

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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