mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2003824 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | SUXE HERVE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2020, et des mémoires, enregistrés le 28 décembre 2021 et le 17 octobre 2022, Mme C B, représentée par Me Suxe, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier (CH) de la Risle à lui verser la somme de 18 369,30 euros, augmentée des intérêts capitalisés, au titre de rémunérations contractuelles non versées ;
2°) de mettre à la charge du CH de la Risle la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- la fin de non-recevoir tirée du défaut de signature de la requête doit être écartée dès lorsqu'elle a été présentée par l'application Télérecours ;
- la requête n'est pas tardive ;
- le contentieux, de pleine juridiction, a été lié ;
- les termes de son contrat et de ses avenants, qui n'ont rien d'illégal, n'ont pas été respectés par l'employeur ;
- les jours dits de réduction du temps de travail (A) convenus sont en réalité des jours de repos qui ouvrent droit à indemnisation ;
- la prime dite de dimanche et jour férié convenue est en réalité un avantage mensuel de 194 euros que l'employeur ne pouvait remettre en cause unilatéralement en janvier 2018 ;
- la rémunération due à raison de ces deux éléments de calcul s'élève au total à 14 505,60 euros.
Par un mémoire, enregistré le 19 novembre 2021, le CH de la Risle, représenté par la SELARL Ekis Avocats, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le CH de la Risle soutient que :
- la requête n'est pas signée ;
- la requête est tardive ;
- la requête n'est dirigée contre aucune décision administrative ;
- aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- l'ordonnance du 30 novembre 2021 fixant la clôture de l'instruction au 30 décembre 2021 à 12 h ;
- la lettre du 6 octobre 2022 par laquelle les parties ont été informées de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen, relevé d'office, tiré de ce que les conclusions tendant à enjoindre au CH de la Risle de respecter à l'avenir les conditions contractuelles de rémunération sont irrecevables, en l'absence de litige né et actuel ;
- la lettre du 7 octobre 2022 par laquelle les parties ont été informées de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen, relevé d'office, tiré de ce que les conclusions tendant à ordonner le versement des rémunérations dues dans le délai d'un mois sous astreinte sont irrecevables dès lors que l'exécution d'un jugement prononçant une condamnation financière relèvent des dispositions du II de l'article 1er de la loi du 16 juillet 1980 relative aux astreintes prononcées en matière administrative et à l'exécution des jugements par les personnes morales de droit public, reproduites au I de l'article L. 911-9 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code civil ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Minne, président de chambre,
- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,
- les observations de Me Suxe, pour Mme B,
- et les observations de Me Le Velly, pour le CH de la Risle.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B exerce depuis le 17 novembre 2015 des fonctions de kinésithérapeute au CH de la Risle en vertu d'un contrat à durée déterminée modifié par trois avenants. Elle demande au tribunal de condamner cet établissement public de santé à lui verser des rémunérations qu'elle estime prévues par son contrat.
Sur les fins de non-recevoir :
2. En premier lieu, la requête de Mme B a été présentée par son avocat, lequel a utilisé l'application dite Télérecours pour la faire enregistrer par voie électronique. En vertu de l'article R. 414-2 du code de justice administrative, l'identification de l'auteur de la requête selon ces modalités de transmission par voie électronique vaut signature. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut de signature de la requête doit être écartée.
3. En deuxième lieu, en vertu des dispositions combinées de l'article 1er, de l'article 6 et des deux premiers alinéa de l'article 7 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, les délais à l'issue desquels une décision d'une personne morale de droit public telle que le CH de la Risle peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 ont, à cette date, été suspendus jusqu'à la fin de la période d'état d'urgence sanitaire et le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant cette période a été reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci. Cette période s'est étendue entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020. Par lettre du 24 février 2020, renouvelée le 16 avril 2020, Mme B a, par l'intermédiaire de son assureur, saisi le CH de la Risle d'une demande tendant au rétablissement de sa rémunération contractuelle. Le délai de deux mois prévu par le 5° de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration applicable dans les relations entre l'administration et ses agents a donc commencé à courir le 24 juin 2020. Le silence gardé par l'hôpital a engendré une décision implicite de rejet apparue au plus tôt le 24 août 2020. Le CH de la Risle a pris explicitement position avant même cette échéance par une lettre du 24 juillet 2020. Dans ces conditions, cet établissement de santé n'est pas fondé à opposer une fin de non-recevoir tirée de l'absence de liaison du contentieux.
4. En troisième lieu, la juridiction est saisie de contentieux tendant à la condamnation du CH de la Risle à verser à Mme B diverses sommes représentatives de rémunérations dues. Eu égard à l'office du juge de la pleine juridiction, il n'appartient pas au tribunal d'annuler une décision préalable mais, une fois celle-ci suscitée, de condamner le cas échéant l'administration à verser tout ou partie de la somme réclamée. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que les conclusions de la requête ne sont dirigées contre aucune décision doit être écartée.
5. En dernier lieu, la justification de la date de notification de la décision du 24 juillet 2020 à Mme B n'est pas apportée. Cette décision ne comporte, en outre, pas de mention des voies et délais de recours. Par suite, la requête, enregistrée le 29 septembre 2020, n'est pas tardive.
Sur les pertes de rémunérations à la date du présent jugement :
6. Si, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires relatives à la fixation de la rémunération des agents non titulaires, l'autorité compétente dispose d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à l'agent et de la qualification requise pour les exercer, le montant de la rémunération ainsi que son évolution, il appartient au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en fixant ce montant l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
7. En premier lieu, l'avenant du 4 avril 2016 stipule que Mme B assurera ses fonctions à 90 % moyennant une rémunération fixée à 93 % à compter du 1er avril précédent. Rapprochées du montant de salaire net mensuel de 2 423,95 euros convenu dans le contrat initial, tel que le confirme la lettre du 17 novembre 2015 du CH de la Risle, ces modifications se sont traduites par le versement d'un salaire mensuel brut du montant 2 877,58 euros jusqu'en décembre 2017, ainsi qu'il résulte des bulletins de paie produits qui décomposaient ce montant en trois lignes dénommées " traitement de base ", " indemnité de sujétions spéciales " et " indemnité forfaitaire dimanche férié ". Ce montant de traitement global n'est pas manifestement excessif au regard des qualifications professionnelles de la requérante. S'il est constant que cette dernière n'exerce pas ses fonctions les dimanches et jours fériés et que la rubrique " indemnité forfaitaire dimanche férié " de ses bulletins de paie était, soit, comme elle le soutient, improprement dénommée, soit, comme le fait valoir l'employeur, illégale au regard de la réglementation relative aux primes, la somme mensuelle de 194,30 euros versée à ce titre constitue un avantage de rémunération contractuellement consenti. Le contrat qui prévoit cet avantage, que l'employeur n'est d'ailleurs pas en mesure de produire, n'a pas été résilié par lui, n'a pas fait l'objet d'une demande d'annulation de sa part et n'a donné lieu à aucune proposition de modification contractuelle. Il ne pouvait donc être unilatéralement remis en cause. En ayant interrompu, sans avertissement, le versement de la somme de 194,30 euros à compter du mois de janvier 2018, le CH de la Risle a donc méconnu la portée de ses propres engagements. Par suite, Mme B a droit au versement de cet avantage au titre de la période entre janvier 2018 et novembre 2022, qu'il appartiendra au CH de la Risle de calculer.
8. En second lieu, l'avenant du 4 avril 2016 mentionné au point 7 stipule également que Mme B bénéficiera de 28 jours de congés annuels et de 13 " A " à compter du 1er avril 2016. Il est constant que ces 13 jours ne pouvaient donner lieu à indemnisation au titre de la réglementation applicable en matière d'aménagement et de réduction du temps de travail eu égard au volume hebdomadaire de travail réduit assigné à la requérante. Mais il résulte de l'instruction, notamment des échanges de courriels intervenus en mars 2016, préalablement à la conclusion de l'avenant du 4 avril 2016, que Mme B et le CH de la Risle ont négocié un nombre annuel de jours dits de A avant de s'entendre sur celui de 13. Cette circonstance suffit à considérer que l'établissement de santé s'est engagé à gratifier l'intéressée de 13 jours de repos rémunérés, quelle que soit la dénomination que les parties au contrat de travail ont donné à ces journées. Le droit de Mme B au versement d'une indemnité représentative de 13 jours suivant les règles applicables en matière de réduction du temps de travail constitue un avantage de rémunération contractuellement consenti qui, pour les motifs énoncés au point 7, n'a pas été remis en cause. En ayant interrompu le versement de cette indemnité à compter de l'année 2019, le CH de la Risle a donc méconnu la portée de ses propres engagements. Par suite, Mme B est fondée à demander le bénéfice de jours de repos non payés pendant quatre années, soit 52 jours sur la base tarifaire contractuellement prévue au titre de la période couvrant les années 2019 à 2022, qu'il appartiendra au CH de la Risle de déterminer.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle du CH de la Risle et à demander sa condamnation à lui verser les rémunérations et indemnités telles qu'elles doivent être calculées en application des points 7 et 8 qui présentent un caractère certain. La requérante doit, pour le surplus, être renvoyée devant le CH de la Risle pour la liquidation de ses droits à indemnisation des congés dits A de l'année 2022.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
10. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil, applicable en l'espèce s'agissant de créances de salaires prévues par un contrat : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte. () " Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. "
11. La somme due à Mme B portera intérêts à compter du 23 avril 2020, date à laquelle le CH de la Risle a, en conviant l'intéressée à une entrevue, manifesté sa connaissance de la réclamation indemnitaire formée par son assureur de protection juridique. La requérante est, en outre, fondée à demander la capitalisation des intérêts ainsi échus en application des dispositions de l'article 1343-2 du code civil à compter du 23 avril 2021, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme B, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par le CH de la Risle et non compris dans les dépens.
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CH de la Risle la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le CH de la Risle est condamné à verser à Mme B la somme correspondant au rappel de rémunération défini aux points 7 et 8 et qu'il appartiendra au centre hospitalier de calculer. La somme due à Mme B portera intérêts à compter du 23 avril 2020. Les intérêts produits à compter du 23 avril 2021 porteront eux-mêmes intérêts et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 : Le CH de la Risle versera la somme de 1 500 euros à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus de la requête et les conclusions du CH de la Risle présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au centre hospitalier de la Risle.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,
H. JEANMOUGIN
Le greffier,
N. BOULAY
N°2003824
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026