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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2103357

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2103357

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2103357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantINTER-BARREAUX EMO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 31 août 2021 et 27 avril 2022, M. C E et Mme G E, représentés par Me Enard-Bazire, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le maire de la commune du Grand-Quevilly a accordé à M. A D un permis de construire n°PC7632220G0038 aux fins d'édification d'une maison individuelle, sur la parcelle cadastrée section AT 229p du territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Grand-Quevilly une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors qu'ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité à agir ;

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- le dossier de demande de permis de construire était incomplet en méconnaissance des articles R. 431-4 et R. 431-8 et 431-10 du code de l'urbanisme ;

- la décision contestée méconnaît les articles 3.2, 3.4 et 4, du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie ;

- la décision contestée méconnait l'article 6.1.2 et 6.1.3 de ce règlement, dès lors que le projet de construction ne comporte pas le nombre de places de stationnement requis.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2022, la commune du Grand-Quevilly, représentée par la SCP EMO Avocats, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal sursoie à statuer et invite le pétitionnaire à formuler une demande de permis modificatif et en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2022, M. D, représenté par la SCP Boniface Dakin et associés, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal sursoie à statuer et invite le pétitionnaire à formuler une demande de permis modificatif et en tout état de cause à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- les observations de Me Monange, pour M. et Mme E, I, pour la commune du Grand-Quevilly, et de Me Malet, pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 décembre 2020, M. D a sollicité la délivrance d'un permis de construire sur la parcelle cadastrée section AT 229 située 8, rue du colonel H à Grand-Quevilly aux fins d'y démolir le garage existant et d'y édifier une maison individuelle. M. et Mme. E demandent au tribunal d'annuler la décision du 30 avril 2021 par laquelle le maire de la commune du Grand-Quevilly a délivré ce permis de construire à M. D.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le signataire de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, le maire de la commune du Grand-Quevilly a accordé, par un arrêté n° 20-71 du 24 juin 2020, régulièrement publié dans le recueil des actes administratifs de la commune au titre de l'année 2020, une délégation à M. B, 5ème adjoint au maire, notamment pour l'instruction et la délivrance des autorisations d'urbanisme, Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

En ce qui concerne le dossier de demande de permis de construire :

3. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. () " La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

S'agissant de la notice architecturale :

4. Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages () ".

5. Les requérants soutiennent que le dossier de permis de construire est incomplet en ce que la notice architecturale ne décrit pas la végétation existante, ni le mur séparant les deux parcelles et comporte une omission s'agissant de la hauteur de la construction. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si la notice architecturale est succincte en ce qu'elle mentionne uniquement que le terrain " n'a pas de végétation excessive " sans préciser la présence d'une haie de thuyas, d'un cerisier, ainsi que de différents arbustes, elle est complétée par les photographies D et E relatives aux vues du terrain, ainsi que le plan du projet d'aménagement sur lequel figurent le cerisier et le mur mitoyen. Le service instructeur a ainsi pu apprécier tant la végétation présente sur le terrain d'assiette que l'incidence du projet de construction sur le mur mitoyen. Par ailleurs, la notice architecturale mentionne la hauteur du projet de construction par rapport au terrain naturel, soit 7,15 mètres. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la notice architecturale doit être écarté en ses différentes branches.

S'agissant du projet architectural :

6. D'une part, aux termes de l'article R.431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que les plans de coupe produits dans la demande de permis de construire font apparaître l'absence de déclivité du terrain d'assiette, de sorte que le service instructeur a pu s'assurer de la hauteur maximale de la construction à partir du terrain naturel. Par suite, le moyen tiré de ce que le plan de coupe ne mentionnerait pas le profil du terrain doit être écarté.

8. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. () ".

9. Les requérants soutiennent que le dossier de permis de construire est incomplet en ce que le plan de masse n'indique pas la présence d'un arbre implanté sur le terrain d'assiette, et qu'il est erroné en ce qu'il mentionne à tort que l'emprise au sol totale du projet serait de 71,85 m² au lieu de 93,44 m², et enfin qu'il ne supporte pas les bonnes références cadastrales du terrain d'assiette. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les cotes du plan de masse joint à la demande de permis sont suffisamment précises pour permettre de calculer l'emprise totale du projet de construction. Si le plan de masse ne fait pas apparaître les plantations supprimées, il ressort de ce qui est dit au point 5 que d'autres pièces du dossier ont permis au service instructeur d'identifier les plantations amenées à être supprimées. Enfin, l'arrêté accordant le permis de construire porte sur la parcelle cadastrée identifiée sous la référence AT 229p, issue de la division en deux lots de la parcelle 229, correspondant au terrain d'assiette d'une superficie de 223,09 m². Par suite, le moyen tiré de ce que le plan de masse ne permettrait pas d'apprécier la superficie de la construction ainsi que la végétation existante doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens tirés de la méconnaissance des articles du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie :

10. En premier lieu, aux termes de l'article 3.2 " Implantation des constructions par rapport aux limites séparatives " du règlement applicable en zone UBA1 du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie : " Dans la bande de constructibilité renforcée / Dans une bande de 15 m comptée perpendiculairement depuis l'alignement, les constructions peuvent s'implanter sur les limites séparatives. En cas de retrait, elles doivent observer une distance au moins égale à la moitié de la hauteur de la construction, avec un minimum de 3 m vis-à-vis de la limite séparative (). Si la limite séparative de fond de terrain est située dans la bande de constructibilité renforcée, le retrait de la construction par rapport à la limite séparative de fond de terrain devra être de 3 m minimum, cette distance pouvant être réduite à zéro pour des terrains d'une profondeur inférieure à 10 m existants à la date d'approbation du PLU () ".

11. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le projet s'insère dans la bande de constructibilité renforcée, le pétitionnaire peut l'implanter soit sur les limites séparatives, soit en retrait de celles-ci, avec dans cette dernière hypothèse des règles de recul minimal.

12. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle n° 229p, dont la largeur est inférieure à 15 mètres, est située dans la bande de constructibilité renforcée et que le projet de construction est implanté en limite séparative latérale et de fond de terrain. Par suite, les requérants, qui ne peuvent utilement invoquer les règles de retrait, ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions précitées.

13. En second lieu, aux termes de l'article 3.4 " Emprise au sol " du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie applicable au secteur UBA1 : " L'emprise au sol des constructions ne peut excéder 45 % de la superficie du terrain. Dans les périmètres du réseau structurant de transport en commun urbain (), l'emprise au sol des constructions ne peut excéder 55 % de la superficie du terrain. ".

14. Il ressort des pièces du dossier que le projet de construction s'implante sur une parcelle d'une superficie de 223,09 m² et a une emprise au sol de 93,44 m², laquelle n'excède donc pas le rapport prévu par l'article 3.4 du règlement précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article 4.1.1 UBA1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie : " Les constructions, installations ou aménagements, tant au point de vue de leur situation, de leur volume que de leur aspect, ne doivent porter atteinte ni au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, ni aux perspectives monumentales et doivent s'insérer harmonieusement au bâti et au paysage environnants en tenant compte de leur caractère dominant. () ".

16. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants au sens des dispositions précitées, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité des lieux avoisinants du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

17. En l'espèce, les requérants font valoir que le projet en litige consiste en une construction moderne atypique qui se caractérise par une toiture en ardoise de couleur noire, ainsi que par la réalisation en façade sur la devanture côté voirie d'une structure de type chien assis, laquelle par son aspect extérieur, porterait manifestement atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants constitués par des maisons de facture traditionnelle de type classique aux toitures de couleur brique. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet en litige se situe au sein d'un quartier composé de maisons d'habitation assez hétérogènes, dont les tons des toitures sont variés et ne se limitent pas à la couleur brique. A proximité du projet de construction, certains pavillons présentent des combles dotés d'ouvertures comparables. Dans ces conditions, le projet ne porte pas atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis de construire méconnaît l'article 4.1.1 précité doit être écarté.

18. Enfin, aux termes de l'article 6.1.3 " Norme de stationnement " du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie, applicable à toutes les zones : " La norme de stationnement est différenciée selon la destination ou la sous-destination des constructions et de leur localisation. () Zone III / Logement supérieur à 2 pièces principales : 1,5 ".

19. Les requérants soutiennent que le projet de construction, qui se situe en zone III de stationnement du règlement plan local d'urbanisme, nécessite la réalisation de trois places de stationnement, dès lors qu'il porte sur une maison d'habitation s'ajoutant à la maison d'ores et déjà implantée sur la parcelle voisine. Il ressort des pièces du dossier que les deux places de stationnement prévues pour le projet de construction de la maison d'habitation qui comporte plus de deux pièces principales sont suffisantes au regard des dispositions précitées. Dès lors, le projet, qui dispose d'un nombre de places de stationnement suffisant, ne méconnait pas ces dispositions.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune du Grand-Quevilly, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants le paiement à la commune du Grand-Quevilly ainsi qu'à M. D d'une somme de 1 500 euros au titre des frais que chacun de ceux-ci a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : M. et Mme E verseront à la commune du Grand-Quevilly et à M. D la somme de 1 500 euros chacun au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et Mme G E, à M. A D et à la commune du Grand-Quevilly.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Berthet-Fouqué, président,

M. Le Duff, premier conseiller, et Mme Thielleux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

V. F

Le président,

Signé

J. Berthet-FouquéLa greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. HUSSEIN

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