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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200282

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200282

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantKENGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Kengne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer, sans délai, une carte de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'État en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- S'agissant de la décision portant refus de séjour :

o elle a été prise sans respect de son droit à être entendu ;

o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- S'agissant de la décision portant fixation du pays de renvoi : elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

-

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucune obligation de quitter le territoire français n'a été prise à l'encontre de M. B et que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 23 février 2022 admettant M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- le courrier du 22 mai 2023 par lequel les parties ont été informées, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du fait que l'obligation de quitter le territoire français attaquée n'existe pas ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité nigériane, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'aurait obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine.

2. Il est constant que, par l'arrêté attaqué, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas obligé M. B, sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à quitter le territoire français mais a seulement rappelé à l'intéressé que compte tenu du refus de lui délivrer un titre de séjour, il était tenu de quitter le territoire. Les conclusions de M. B dirigées contre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation d'un pays de renvoi qui n'existent pas sont donc irrecevables.

3. En premier lieu, la décision refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour a été prise en réponse à sa demande de titre de séjour. L'intéressé a pu, lors de la présentation de cette demande et pendant le temps de son instruction, porter à la connaissance du préfet l'ensemble des éléments qu'il souhaitait. Il n'est dès lors, et en tout état de cause, pas fondé à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, né en 1976, est entré en France en 2016, que ses demandes d'asile ont été rejetées en 2017 et en 2018 et qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 3 avril 2018 ainsi que d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 16 octobre 2020, dont la légalité n'a pas été remise en cause par les juridictions administratives. S'il se prévaut de la relation nouée avec une compatriote titulaire d'une carte de résident et mère d'un enfant de nationalité française né en 2010, et de leurs trois enfants nés en 2017, 2018 et 2021, les pièces qu'il produit ne permettent pas de démontrer, au jour de la décision, l'ancienneté d'une communauté de vie. Sa compagne n'exerçait pas d'activité professionnelle à la date de la décision en litige et le requérant ne se prévaut, pour lui-même, d'aucune perspective sérieuse d'insertion professionnelle. Il ne fait valoir aucune insertion sociale particulière. Il n'établit pas être dépourvu de toute attache au Nigéria où il a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans, où il pourra solliciter un visa de long séjour et où sa famille pourra lui rendre visite le temps de l'instruction de sa demande de visa. Sa situation ne présente pas de caractère humanitaire ou exceptionnel. Dès lors, en ayant refusé à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, compte tenu des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de celles de l'article L. 435-1 du même code, des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas recevable à demander l'annulation d'une obligation de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine et n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gabriel Kengne et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

H. JEANMOUGIN Le président,

Signé

P. MINNE Le président,

P. MINNE

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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