mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201032 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | TSARANAZY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 mars 2022, le 15 juillet 2022 et le 7 septembre 2022, Mme B E, représentée par Me Tsaranazy, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre la somme de 1 200 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, subsidiairement, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme E soutient que :
* Le refus de séjour :
- est entaché d'incompétence de son auteur ;
- est entaché d'erreur de droit dès lors que le préfet a subordonné la délivrance du titre demandé à la détention d'un visa ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations des articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
* L'obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- repose sur un refus de séjour illégal.
* La décision fixant le pays de destination :
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 juin 2022 et le 26 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 9 février 2022 admettant Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 4 juillet 2022 fixant la clôture de l'instruction au 18 juillet 2022 à 12h ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles versées le 18 juillet 2022 pour Mme E.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007 relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le préfet a produit, le 12 septembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, un mémoire dont il n'est pas tenu compte.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. Minne, président de chambre,
- et les observations de Me Coffin, substituant Me Tsaranazy pour Mme E.
Connaissance prise de la note en délibéré, produite le 13 septembre 2022, pour Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante gabonaise, déclare être entrée en France le 19 septembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle défère au tribunal l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. Par arrêté du 9 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2021-158 du 10 septembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. D C, directeur des migrations et de l'intégration, pour signer les décisions relatives au séjour des étrangers et les mesures d'éloignement. Les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination attaquées doivent, par suite, être écartés.
Sur le refus de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "
4. En ayant relevé que la requérante, entrée sous couvert d'un visa, s'était maintenue irrégulièrement sur le territoire national à compter de l'expiration de sa durée de validité, le préfet s'est borné à prendre en considération un aspect de la présence de l'intéressée en France et n'a pas subordonné la délivrance de la carte de séjour " vie privée et familiale " de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à une condition de détention d'un visa d'entrée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application du premier alinéa de cet article doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si Mme E justifie être entrée régulièrement en France pendant la durée de validité de son visa de court séjour délivré par les autorités françaises au Gabon, il peut être tenu pour établi, au vu des pièces du dossier, qu'elle se maintient irrégulièrement en France depuis le mois d'août 2021, compte tenu des démarches qu'elle y a engagées. S'il n'est pas contesté en défense que Mme E a conclu un pacte civil de solidarité (PACS) le 15 juillet 2020 avec une ressortissante française, aucune justification d'une vie commune précédente à ce pacte, antérieur d'une année et demi seulement à la décision de refus de séjour attaquée, n'est versée au dossier. En outre, si la requérante se prévaut de la stabilité et de l'ancienneté de ses liens sur le territoire français, il ressort de ce qui vient d'être évoqué que la communauté de vie entre les partenaires de PACS est récente tout comme l'entrée en France de la requérante. L'insertion sociale sur le territoire français n'est pas suffisamment caractérisée par l'adhésion de l'intéressée à une association en décembre 2021, quelques jours avant l'édiction de la mesure attaquée et la seule attestation produite ne permet pas d'établir la réalité de toute insertion sociale particulière. De plus, elle n'est pas dépourvue de toute attache au Gabon, son pays d'origine, où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 30 ans. De surcroît, si Mme E invoque l'insertion scolaire de sa fille sur le territoire, elle ne fait état d'aucun obstacle à ce que sa fille poursuive sa scolarité au Gabon. Enfin, le mariage de la requérante avec sa partenaire le 15 juillet 2022, célébré postérieurement à la décision attaqué mais qui témoigne de l'intensité de l'union, ne fait pas obstacle à ce que l'intéressée retourne dans son pays d'origine, pour y solliciter un visa de conjointe de Française et où son épouse pourrait la rejoindre comme elles l'ont fait avant la dernière entrée en France. Dans ces conditions et compte tenu notamment du caractère limité d'une éventuelle séparation, le préfet n'a pas, en ayant refusé de délivrer à Mme E le titre de séjour demandé, porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au sens des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En troisième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'enfant mineure de Mme E, entrée avec elle sur le territoire, a vocation à la suivre dans son pays d'origine où elle pourra poursuivre sa scolarité. Le préfet de la Seine-Maritime n'a, par suite, pas méconnu l'intérêt supérieur de la jeune A. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
8. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à exciper, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de l'illégalité de la décision refusant à Mme E la délivrance d'un titre de séjour.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination reposerait sur une obligation de quitter le territoire français illégale doit être écarté.
10. En second lieu, Mme E produit, à l'appui du moyen tiré de ce qu'elle encourt un risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Gabon, du fait notamment de son homosexualité, des extraits d'un article publié par le quotidien Le Monde, le 12 novembre 2020, sous le titre " Deux femmes arrêtées pour avoir simulé un mariage homosexuel " énonçant qu'en dépit de la dépénalisation de l'homosexualité au Gabon, ses citoyens y restent fortement hostiles. La requérante produit également un extrait d'un rapport de situation sur le Gabon de l'OFPRA du 28 janvier 2018 indiquant que les Gabonais restent très hostiles à l'homosexualité. Toutefois, ces documents, relativement anciens, sont insuffisants à caractériser l'existence d'un risque réel de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour de Mme E au Gabon. Dès lors, en l'absence de menace réelle, personnelle et actuelle pesant sur la requérante, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à Me Nomenjanahary Tsaranazy et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président de chambre,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le président-rapporteur,
P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,
H. JEANMOUGIN
Le greffier,
N. BOULAY
N°2201032
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026