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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203111

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203111

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203111
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantADDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 27 juillet 2022 et le 6 mars 2024, M. et Mme C et B A, représentés par Me Adda, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des cotisations sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme A soutiennent que :

- la procédure d'imposition suivie a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales dès lors qu'ils n'ont pas été destinataires des comptes de la société à responsabilité limitée (SARL) FPR qu'ils ont sollicités et qui ont été utilisés pour qualifier d'avantage occultes les sommes en litige ;

- la SARL FPR, dont l'administration estime qu'elle leur a distribué des revenus, a supporté davantage de dépenses que celles retenues par le service ;

- le taux de charges retenu doit être revu à la hausse dans la mesure où il se situe à 95 % pour les entreprises exerçant une activité similaire ;

- les sommes considérées comme distribuées ne peuvent pas être regardées comme ayant été appréhendées dès lors que l'administration n'apporte pas la preuve qu'il est le maître de l'affaire en sa qualité de dirigeant de fait ni qu'il disposait d'un pouvoir de gestion exclusif ;

- les revenus de capitaux mobiliers ne peuvent pas être regardés comme des distributions ou revenus occultes dès lors que la rémunération de leur gérance a été comptabilisée sous forme explicite.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 23 décembre 2022 et le 2 avril 2024, la directrice spécialisée du contrôle fiscal Nord conclut :

1°) au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement consenti ;

2°) au rejet du surplus de la requête.

La directrice soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation personnelle portant sur l'année 2015. Les rectifications résultant de ce contrôle, au cours duquel ils ont été regardés comme bénéficiaires de revenus distribués de la part de la SARL FPR, leur ont été adressées par courrier du 11 décembre 2018. Le service a maintenu les rehaussements le 15 mars 2019 en réponse aux observations des contribuables. Les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement pour un montant total de 272 821 euros. La réclamation des époux A a fait l'objet d'une décision de rejet du 31 mai 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 2 avril 2024, postérieure à l'introduction de la requête, la directrice du contrôle fiscal Nord a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, de 264 136 euros au titre de l'année 2015. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. Le caractère distinct des procédures de contrôle visant une entreprise passible de l'impôt sur les sociétés et ses associés ne fait pas, par lui-même, obstacle à ce que l'administration fiscale exploite, dans le cadre de l'examen de la situation fiscale personnelle d'un contribuable, des informations obtenues dans le cadre de la vérification de comptabilité de la société dont il est associé dès lors qu'elle respecte les droits et garanties du contribuable, notamment les exigences énoncées à l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales.

4. Tout d'abord, il n'est pas contesté que les requérants ont sollicité de l'administration fiscale qu'elle leur communique l'ensemble des documents ayant été utilisés pour mettre à leur charge les rehaussements en litige. Ensuite, si l'administration fiscale fait valoir que les impositions restant en litige n'ont pas été établies à partie des relevés bancaires de la SARL FPR, elle n'apporte aucun élément au soutien de cette affirmation alors que l'ensemble des rehaussements ont été regardés comme des revenus distribués par la SARL FPR au profit des contribuables. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration leur aurait communiqué les relevés des comptes bancaires de la SARL FPR. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que les comptes bancaires de la SARL FPR, qui ont été utilisés pour déterminer l'ensemble des rehaussements, ne leur ont pas été communiqués, de sorte que les exigences de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ont été méconnues.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. et Mme A sont fondés à demander la décharge des impositions restant en litige.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : A concurrence de la somme de 264 136 euros, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme A tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des cotisations sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 2 : M. et Mme A sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des cotisations sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ainsi que des pénalités correspondantes demeurant en litige.

Article 3 : L'État versera à M. et Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et B A et à la directrice de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

T. DEFLINNE

Le président,

P. MINNE

Le greffier,

N. BOULAY

N°2203111

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