mercredi 24 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203213 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DERBALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime demande d'ordonner l'expulsion immédiate de M. F A et Mme E C, occupants d'un local au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) géré par l'association SOS Solidarités situé 33, rue César Franck, apt 1021 à Rouen.
Vu :
- la décision par laquelle le président a désigné M. D comme juge des référés ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles versées au cours de l'audience pour les défendeurs.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Après avoir régulièrement convoqué à une audience publique :
- le préfet de la Seine-Maritime ;
- et M. A et Mme C.
Après la présentation du rapport, au cours de l'audience publique du 23 août 2022, à 9 h 30, ont été entendues :
- les observations de Me Derbali, pour M. A et Mme C, qui conclut au rejet de la requête au motif que le préfet ne justifie pas de l'urgence à intervenir en référé concernant une famille composée d'une épouse malade et de deux enfants ; que la demande se heurte à une contestation sérieuse dans la mesure où Mme C doit subir une opération chirurgicale lourde à très brève échéance ;
- et les observations et précisions des personnes accompagnant M. A et Mme C, qui soulignent les difficultés pour obtenir une solution d'hébergement stable et indiquent qu'une nouvelle demande d'admission au titre de l'état de santé de Mme C sera prochainement déposée après qu'une précédente a essuyé un refus, qui sera d'ailleurs contesté.
A l'issue de l'audience est intervenue la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. " Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. "
2. M. A et son épouse Mme C, ressortissants bangladais, sont entrés en France au cours du mois d'août 2019. Ils étaient accompagnés de leur fille B née en 2012 et ont eu une seconde, Zuha, née en France en 2021. Pendant l'instruction de leur demande d'asile, ils ont bénéficié d'un hébergement dans les conditions prévues par les dispositions du code de l'action sociale et des familles au sein d'un CADA géré par l'association SOS Solidarités à Rouen à compter du 28 janvier 2020. La demande d'asile de M. A et de son épouse a été rejetée, en dernier lieu, par décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CADA) du 16 février 2021, notifiées le 19 février suivant. La demande d'asile de l'enfant B a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 6 août 2020, notifiée le 2 septembre suivant. La demande d'asile de l'enfant Zuha a été rejetée, en dernier lieu, par une décision de la CNDA du 25 octobre 2021, notifiée le 18 mars 2022. Par ailleurs, un refus de séjour a été opposé à Mme C par décision du 27 juin 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Par un courrier du 20 avril 2022, ce préfet a vainement mis en demeure les intéressés de quitter le CADA dans le délai de 15 jours à compter de la notification de cet ordre, intervenue le 26 avril 2022, date de distribution du pli. Dans ces conditions, le droit de M. A et Mme C et de leurs deux enfants d'être hébergés en CADA a pris fin depuis le rejet définitif des demandes d'asile.
3. Les besoins d'accueil des demandeurs d'asile et le nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile sont justifiés de façon suffisamment précise par les données actualisées en juin 2022 versées au dossier, qui font état d'une situation de tension élevée quant aux places disponibles dans les diverses structures d'accueil des demandeurs d'asile, surtout en Seine-Maritime, compte tenu des disponibilités du dispositif national d'accueil des demandeurs d'asile ainsi que du taux de présence indue dans les structures d'accueil. Ces données ne sont pas sérieusement contredites par les intéressés.
4. Les ressortissants étrangers dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire - situation dans laquelle se trouvent M. A et Mme C - n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence. Toutefois, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale peut être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, en cas de circonstances exceptionnelles. En l'espèce, la production, au cours de l'audience publique, d'un certificat remis à la demande de Mme C et d'une demande d'avis neurochirurgical et d'examen par imagerie par résonnance magnétique (IRM) adressée à un confrère, tous deux datés du 18 août 2022 et établis par un médecin généraliste, faisant état, d'une part, de lombosciatiques chroniques avec troubles sphinctériens et, d'autre part, de ménorragies, métrorragies ainsi que d'une suspicion d'adénomyose également anciennes ne suffisent pas, contrairement à ce qui a été soutenu au cours de l'audience, à estimer qu'une intervention chirurgicale lourde est préconisée à brève échéance. Il résulte des débats que M. A et Mme C, dont le préfet signale qu'ils n'ont donné aucune suite aux offres d'aide au retour proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, n'ont engagé aucune démarche effective en vue d'une solution alternative de relogement ou hébergement. Si Mme C affirme vouloir contester la décision du 27 juin 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'instruire sa demande d'admission en qualité d'étranger malade et si elle indique s'apprêter à déposer une nouvelle demande d'admission au séjour en cette qualité, elle n'en justifie pas. Aucun élément concernant la situation particulière des deux enfants n'est, hormis l'évocation de leur jeune âge, de nature à caractériser une situation exceptionnelle. Par suite, en l'absence de justifications suffisantes de vaines tentatives pour mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence depuis le rejet des demandes d'asile et précision faite que le maintien indu dans un CADA au détriment des demandeurs d'asile ne peut être, en fait, subordonné la situation de tension générale de l'offre du parc de lieux d'hébergement d'urgence par des associations et les services compétents de l'Etat, la situation de vulnérabilité du couple de défendeurs et de leurs enfants ne constitue pas, dans les circonstances de l'espèce, des circonstances exceptionnelles qui ôteraient à la demande d'expulsion du CADA son caractère d'urgence.
5. Toutefois, si la libération des lieux en cause par M. A et Mme C présente un caractère d'urgence et d'utilité qui ne se heurte à aucune contestation sérieuse, il y a lieu, pour leur permettre de faire valoir le droit à un hébergement d'urgence qu'il leur incombe d'exercer, d'accorder un délai d'un mois avant la mise à exécution d'office de cette mesure.
6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Seine-Maritime est fondé à demander d'enjoindre à M. A et Mme C, qui ont perdu la qualité de demandeur d'asile, d'évacuer sous cette condition le local qu'ils occupent sans droit ni titre dans le CADA de Rouen géré par l'association SOS Solidarités.
ORDONNE :
Article 1er : Il est enjoint à M. A et Mme C ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer les lieux qu'ils occupent dans le CADA géré par l'association SOS Solidarités situé 33, rue César Franck, apt 1021 à Rouen.
Article 2 : Le préfet de la Seine-Maritime est autorisé à procéder, passé un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, avec le concours de la force publique si nécessaire, à l'expulsion de M. A et Mme C.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. F A et Mme E C.
Copie en sera transmise au préfet de la Seine-Maritime, au procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Rouen, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à l'association SOS Solidarités.
Fait à Rouen, le 24 août 2022.
Le juge des référés,
Signé :
P. D
La greffière,
Signé :
N. PROTIN-LEMIERE
N°2203213
npl
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026