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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203710

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203710

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantLANGUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2022, et des mémoires enregistrés le 19 septembre 2022 et le 3 juin 2024, Mme C, représentée par la SCP Vallée-Languil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 juillet 2022 par laquelle le directeur des ressources humaines du groupe hospitalier du Havre a refusé de reconnaître imputable au service l'accident dont elle a été victime le 8 octobre 2021 ;

2°) d'enjoindre au groupe hospitalier du Havre de reconnaître cet accident imputable au service ;

3°) de mettre à la charge du groupe hospitalier du Havre une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

-est entachée d'incompétence de son signataire ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article 35-2 du décret du 19 avril 1988, dès lors que le groupe hospitalier du Havre a fait application de ce texte alors qu'elle ne demandait pas son placement en congé, qu'il lui a opposé à tort le non-respect du délai de déclaration de 15 jours alors que ce délai ne s'applique pas en cas de déclaration incomplète, et enfin qu'il appartenait à son employeur de solliciter des pièces complémentaires en cas de déclaration incomplète ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des faits dès lors que les faits s'étant produits pendant le temps et sur les lieux du service ils sont présumés être imputables à celui-ci.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2023, le groupe hospitalier du Havre conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-la réalité d'un accident n'est pas établie, faute de fait accidentel ;

-la déclaration était tardive, faute pour Mme C d'avoir indiqué avant l'expiration du délai de 15 jours à compter des faits le siège des lésions subies.

Par ordonnance du 13 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 1 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

-le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Baude, premier conseiller,

-les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est agente du groupe hospitalier du Havre depuis juillet 2010, titularisée en juin 2012. Initialement aide-soignante elle a été affectée, pour des motifs tenant à son aptitude physique, à compter d'août 2014 sur des missions administratives de gestion des arrêts de travail au sein de la direction des ressources humaines. A la suite d'une réunion avec son encadrante le 7 octobre 2021 elle a transmis le 13 octobre 2021 à son employeur, par l'intermédiaire d'une organisation syndicale, une déclaration d'accident de service. Par une décision du 18 juillet 2022 le directeur des ressources humaines (DRH) a rejeté sa demande de reconnaissance d'un accident de service. Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du cinquième alinéa de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique : " Le directeur () peut déléguer sa signature, dans des conditions déterminées par décret ".

3. La décision attaquée a été signée par M. A, directeur des ressources humaines qui bénéficiait, par une décision du directeur général de l'établissement du 4 octobre 2021 régulièrement publiée, d'une délégation aux fins de signer " tous actes administratifs () concernant les affaires de cette direction ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions qui refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir doivent être motivées, c'est-à-dire " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La décision vise les textes législatifs et réglementaires dont elle fait application, notamment les dispositions citées ci-dessous du décret du 19 avril 1988, et mentionne explicitement le motif tiré de l'absence de transmission d'un certificat médical. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, l'article 35-2 du titre VI Bis " congé pour invalidité temporaire imputable au service " du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière dispose : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à l'autorité investie du pouvoir de nomination dont il relève une déclaration d'accident de service, d'accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits / La déclaration comporte : 1° Un formulaire précisant les circonstances de l'accident ou de la maladie. Ce formulaire est transmis par l'autorité investie du pouvoir de nomination à l'agent qui en fait la demande, dans un délai de quarante-huit heures suivant celle-ci et, le cas échéant, par voie dématérialisée, si la demande le précise ; 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident ou de la maladie ainsi que, s'il y a lieu, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant () ".

7. Par ailleurs, aux termes de l'article 35-3 du même décret : " I. La déclaration d'accident de service ou de trajet prévue à l'article 35-2 est adressée à l'autorité investie du pouvoir de nomination dont relève le fonctionnaire, dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident () III. Dans tous les cas, lorsque l'accident de service, l'accident de trajet ou la maladie professionnelle entraîne une incapacité temporaire de travail, le fonctionnaire adresse à l'autorité investie du pouvoir de nomination dont il relève, dans le délai de quarante-huit heures suivant son établissement, le certificat médical prévu au 2° de l'article 35-2 () / IV. Lorsque les délais prévus aux I et II ne sont pas respectés, la demande de l'agent est rejetée. En cas d'envoi de l'avis d'interruption de travail au-delà de ce délai de quarante-huit heures, le montant de la rémunération afférente à la période écoulée entre la date d'établissement de l'avis d'interruption de travail et la date d'envoi de celui-ci à l'autorité investie du pouvoir de nomination peut être réduit de moitié () / Les délais prévus aux I, II et III ne sont pas applicables lorsque le fonctionnaire entre dans le champ de l'article L. 169-1 du code de la sécurité sociale ou s'il justifie d'un cas de force majeure, d'impossibilité absolue ou de motifs légitimes ".

8. Il ressort des pièces du dossier que pour rejeter la demande de Mme C tendant à la reconnaissance d'un accident de service le DRH du groupe hospitalier du Havre s'est fondé sur la circonstance que le certificat médical visé à l'article 35-2 du décret précité ne lui avait pas été transmis dans le délai de 15 jours de l'article 35-3, et que le certificat transmis ultérieurement ne mentionnait pas le siège des lésions et avait été transmis plus d'un mois après l'accident. Il résulte toutefois des dispositions précitées qu'elles sont applicables aux cas dans lesquels l'agent victime d'un accident du travail demande à bénéficier d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C a sollicité, à l'occasion de sa demande de reconnaissance d'accident de service, le bénéfice d'un tel congé. Mme C est ainsi fondée à soutenir que le groupe hospitalier du Havre a fait une inexacte application des dispositions du décret n°88-386 du 19 avril 1988 en lui opposant la méconnaissance du délai de 15 jours de l'article 35-3 du décret, alors qu'elle ne sollicitait pas l'application à son égard des dispositions de son article 35-2. Par suite le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli.

9. L'administration peut toutefois, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

10. Aux termes de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié à l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ".

11. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

12. Le groupe hospitalier du Havre, en soutenant qu'aucun fait accidentel ne s'est produit le 7 octobre 2021, doit être regardé comme demandant au juge de substituer ce motif à celui, erroné, tiré de la tardiveté de la demande de reconnaissance d'un accident de service.

13. Il ressort des pièces du dossier que le 7 octobre 2021, à l'occasion d'une réunion interne du service DRH - absentéisme, à laquelle participaient Mme C, deux de ses collègues et leur supérieure hiérarchique, consacrée à la nouvelle organisation des procédures de gestion des arrêts - maladie ordinaire, la supérieure hiérarchique, dans un contexte marqué par l'hostilité de deux des agents, dont Mme C, à cette nouvelle organisation, leur a fait observer que les procédures actuelles ne répondaient pas aux besoins des services, qu'ils n'avaient pas appliqué ses consignes le 5 octobre 2021, et qu'ils n'étaient pas force de proposition alors qu'elle était ouverte à leurs suggestions. Ces observations, à supposer même qu'elles aient été exprimées avec vivacité de la part de l'encadrante, ne sont pas de nature à caractériser un comportement excédant les limites du pouvoir hiérarchique. Par ailleurs ni le rapport du cabinet Emergence du 4 novembre 2022, qui n'est pas consacré à la réorganisation du service DRH - absentéisme ou aux relations de travail dans ce service, ni la délibération du CHSCT du groupe hospitalier du Havre du 25 novembre 2021, qui concerne les agents de la direction des ressources humaines en général, ne sont de nature à établir l'existence au cours de cette réunion, qui n'est pas même mentionnée dans ces pièces, de comportements ou de propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Par suite le groupe hospitalier du Havre est fondé à soutenir que les propos tenus par la supérieure hiérarchique de Mme C le 7 octobre 2021 ne peuvent être regardés comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets, au demeurant non établis médicalement, qu'ils ont pu produire sur l'agent. Il suit de là que la substitution de motif doit être accueillie et que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont est entachée la décision attaquée doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 juillet 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er :La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au Groupe Hospitalier du Havre.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Baude, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

Le rapporteur,

F. -E. BaudeLa présidente,

A. Gaillard Le greffier,

H. Tostivint

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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