vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1805308 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | RENAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juin 2018 et le 30 mars 2021, M. A B, représenté par Me Renaud, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la proposition de rectification du 9 novembre 2015 n'est pas suffisamment motivée au regard de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, notamment quant aux articles cités, à la confusion de patrimoine entre la SARL Chez Omar et celui de M. A, à la reconstitution des recettes non comptabilisées de la SARL Chez Omar ; en outre la proposition de rectification adressée à la SARL Chez Omar ne précisait pas que les recettes omises constituaient des distributions de bénéfices imposables à l'impôt sur le revenu ; elle ne précise pas le montant des rectifications du résultat de la SARL Chez Omar qui constituent des revenus distribués ;
- la présomption d'appréhension des revenus distribués de la société ne peut lui être opposée dès lors qu'il n'est pas le seul maître de l'affaire ;
-la reconstitution de recettes de la SARL Chez Omar est viciée : les recettes ont été reconstituées de façon non concertée avec le gérant s'agissant des consommations du personnel, des offerts et des vins bouchonnés, qui ont été largement sous-évalués ; le service n'a pas établi que le pourcentage " boissons/repas " résultant de sa comptabilité serait anormalement élevé ; l'évaluation par le service des achats non comptabilisés est erronée, dès lors qu'il s'agit d'une évaluation forfaitaire, sans critère objectif, et sans lien avec les données réelles de l'entreprise, respectivement établie à 10%, 20% et 10% au titre des années 2012, 2013 et 2014.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2018, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 1er octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au
2 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Vergnaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Chez Omar dont M. B est le gérant et l'associé, a été soumise à une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014. A l'issue de ce contrôle, le service a imposé entre les mains de M. B les revenus distribués de la SARL Chez Omar, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Suite à une réclamation du requérant, le service a maintenu les impositions supplémentaires au titre des années 2013 et 2014. Le requérant demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre des années 2013 et 2014.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales :
" L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
3. Le requérant soutient que la proposition de rectification, dont il n'a pas eu connaissance, cite confusément l'article 109-1-1° et 109-1-2° du code général des impôts, que la confusion de patrimoine entre la SARL Chez Omar et celui de M. A n'est pas expliquée, qu'elle n'expose pas comment les recettes non comptabilisées de la SARL Chez Omar ont été reconstituées, que la proposition de rectification adressée à la SARL Chez Omar ne précisait pas que les recettes omises constituaient des distributions de bénéfices imposables à l'impôt sur le revenu et ne précise pas le montant des rectifications du résultat de la SARL Chez Omar qui constituent des revenus distribués.
4. Il résulte toutefois de l'instruction, d'une part, que la proposition de rectification a été régulièrement notifiée par courrier recommandé avec accusé de réception, qui a été présenté le 14 novembre 2015, et qui est revenu avec la mention " pli avisé non réclamé ". D'autre part, la proposition de rectification précise le fondement légal des rehaussements, à savoir l'article 109-1 du code général des impôts, ainsi que leurs montants pour les années 2012 à 2014, qui sont retracés dans un tableau des conséquences financières. Le même document indique que ces revenus sont taxés à l'impôt sur le revenu en tant que revenus de capitaux mobiliers. Il résulte ainsi de ce qui précède que la proposition de rectification du 14 novembre 2015, est suffisamment motivée et que l'administration n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales. Enfin, l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification adressée à la SARL Chez Omar, à la supposer établie, est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'égard de M. B, en vertu du principe de l'indépendance des procédures d'imposition.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
Quant à la reconstitution de recettes de la SARL Chez Omar :
5. Il résulte de l'instruction que le requérant ne conteste pas que la comptabilité de la SARL Chez Omar a été rejetée à bon droit par le service. En revanche, M. B critique la méthode de reconstitution retenue qu'il considère comme radicalement viciée ou excessivement sommaire.
6. En premier lieu, M. B soutient que la reconstitution de recettes de la SARL Chez Omar est viciée, au motif que les recettes ont été reconstituées de façon non concertée avec le gérant s'agissant des consommations du personnel, des offerts et des vins bouchonnés, qui ont été largement sous-évalués. Il résulte toutefois des éléments produits, et notamment de la proposition de rectification datée du 9 novembre 2015, notifiée à la SARL Chez Omar, que le service, pour reconstituer le chiffre d'affaires de la SARL Chez Omar au titre des années 2012, 2013 et 2014, a utilisé la méthode des liquides. S'agissant de la consommation du personnel, l'administration fiscale a prononcé en cours d'instance un dégrèvement correspondant à la prise en compte de l'évaluation proposée par la société en matière de consommation de softs et d'eau minérale par son personnel. Par suite, compte tenu de ce dégrèvement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'évaluation des consommations du personnel retenue par l'administration fiscale en dernier lieu serait erronée. Ensuite, le requérant n'apporte pas d'élément selon lequel la SARL Chez Omar pratiquerait des offerts sur les vins et ni selon lequel le taux d'offert retenu par l'administration en cours de contrôle, à savoir 10 % des alcools, 10% du champagne, et 75% des alcools de figue, serait insuffisant. Enfin, s'agissant des pertes, en se bornant, d'une part, à faire observer que l'administration a retenu un taux inférieur à celui retenu pour les vins en pichet et, d'autre part, à produire les résultats d'une enquête réalisée par le Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux faisant état d'un taux de vins bouchonnés sur les vins de Bordeaux de 2,38 % sur une période de onze ans, le requérant n'apporte pas d'élément suffisant permettant d'estimer que le pourcentage de pertes de vins en bouteille de 1% retenu par le service dans le cadre du contrôle contradictoire serait insuffisant. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En deuxième lieu, M. B soutient que le service n'a pas établi que le pourcentage " boissons/repas " résultant de sa comptabilité serait anormalement élevé. Il résulte de l'instruction que le service s'est fondé sur un échantillon de notes dépouillées contradictoirement le 1er octobre 2015 par l'administration, en présence de l'expert-comptable de la SARL Chez Omar. Ont été exclues de cet échantillon, en accord avec l'expert-comptable de la SARL Chez Omar, certaines notes illisibles et par suite inexploitables. En outre, le requérant, qui ne conteste pas le rejet de la comptabilité, n'apporte pas d'éléments suffisants pour estimer que l'évaluation du pourcentage " boissons/repas " aurait été effectuée par le service sur la base d'une sous-évaluation des prix des vins consommés par la clientèle, ni que les notes établies durant les mois de septembre et d'octobre ne seraient pas représentatives de l'activité effective. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
8. En troisième lieu, M. B soutient que l'évaluation par le service des achats non comptabilisés est erronée, dès lors qu'il s'agit d'une évaluation forfaitaire, sans critère objectif, et sans lien avec les données réelles de l'entreprise, respectivement établie à 10%, 20% et 10% au titre des années 2012, 2013 et 2014. Toutefois, M. B n'apporte aucun élément, notamment des factures, qui permettrait de justifier de la réalité de charges déductibles qui seraient supérieures à 20% pour les trois années litigieuses. Le moyen ne peut qu'être écarté.
Quant aux autres moyens :
9. Aux termes des dispositions du 1. de l'article 109 du code général des impôts :
" Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ". Il résulte de ces dispositions que le contribuable ayant accepté les rectifications ou s'étant abstenu de répondre à la proposition de rectification dans le délai légal de trente jours supporte la charge de prouver tant l'absence d'appréhension par ses soins des sommes réputées distribuées par la société que l'absence de réalité ou l'inexactitude du montant de la distribution.
10. En premier lieu, le requérant soutient qu'il ne peut être qualifié de seul maître de l'affaire, dès lors d'une part que la seule qualité d'associé majoritaire n'est pas suffisante, que deux autres personnes sont mandataires de fonctionnement du compte en banque de la société, et que son neveu, en plus de son emploi de " responsable de salle ", signe des chèques aux fournisseurs, encaisse les chèques, et dispose d'une carte achats chez le fournisseur " Métro ". A supposer qu'il soit considéré comme seul maître de l'affaire, ce ne peut être qu'à compter du
8 avril 2013, date depuis laquelle il dispose de la majorité des parts de la société.
11. S'il incombe en principe à l'administration d'apporter la preuve de l'appréhension des revenus par un gérant qui ne serait pas considéré comme seul maître de l'affaire, ce principe ne peut, toutefois, recevoir application que dans le respect des dispositions législatives et réglementaires qui gouvernent la charge de la preuve. Il résulte en l'espèce de l'instruction et il n'est pas contesté, que M. B s'est abstenu, à la suite de la présentation régulière du courrier lui notifiant les rectifications en litige, de contester ces dernières. Ainsi, en application des dispositions de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, il lui appartient par conséquent de démontrer, notamment, le caractère exagéré des impositions qu'il conteste. S'il soutient qu'il n'était pas le seul maître de l'affaire, M. B n'établit pas qu'il n'aurait pas été le bénéficiaire réel des revenus considérés comme distribués par la SARL Chez Omar suite à la procédure de vérification de comptabilité dont cette dernière a fait l'objet. Au demeurant, il résulte de l'instruction que M. B est gérant et associé de la SARL Chez Omar depuis 2008, qu'il détient depuis 2013 les deux tiers des parts, qu'il dispose de la signature sociale et d'une procuration bancaire. S'il soutient que son associé est impliqué dans la gestion de l'entreprise, il ne l'établit pas. Par ailleurs, la seule circonstance que son neveu, employé de la société, participe à certains actes de gestion, n'est pas de nature à établir que le requérant n'aurait pas appréhendé les revenus en cause. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le service a procédé aux rectifications en litige.
12. Enfin, à supposer que M. B ait entendu contester les majorations pour manquement délibéré, il résulte des éléments produits, et notamment de la proposition de rectification, que, pour justifier l'application de la majoration de 40%, l'administration fiscale invoque, d'une part, les irrégularités qui entachent la comptabilité, l'importance de l'écart entre le montant des chiffres d'affaires déclarés et le montant des chiffres d'affaires reconstitués, soit 938 022 euros contre 1 206 068 euros au titre de l'année 2012, 999 476 euros contre
1 429 258 euros au titre de l'année 2013, et 1 048 337 euros contre 1 376 296 euros au titre de l'année 2014, et, d'autre part, le caractère répété de ces manquements. Eu égard notamment à l'importance des droits éludés par M. B, à la répétition de ces manquements sur plusieurs années, l'administration fiscale établit la volonté délibérée du contribuable d'éluder l'impôt. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander la décharge de la majoration de 40% prévue à l'article 1729 du code général des impôts.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander décharge, en droits et pénalités, des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mis à sa charge au titre des années 2013 et 2014.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre des frais liés à l'instance.
15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Allègre, premier conseiller,
M. Dumas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 4 novembre 2022.
Le rapporteur,
E. ALLEGRELe président,
D. LALANDE
La greffière,
C. KIFFER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026