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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1903536

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1903536

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1903536
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 avril 2019, Mme D C, représentée par Me Cissé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 octobre 2018 par laquelle le directeur adjoint chargé des ressources humaines du centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges l'a radiée des cadres ;

2°) de condamner le centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges à lui verser la somme de 25 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges une somme de 1 700 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la procédure de radiation des cadres débute par une mise en demeure qui doit comporter toutes les mentions requises de la décision de section du Conseil d'Etat du 11 décembre 1998 Casagranda n° 147511 ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ; la délégation de compétence consentie à M. B n'a fait l'objet d'aucune publication ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'évolution de son état de santé ainsi que les certificats médicaux produits auraient dû conduire à une suspension de la procédure de radiation des cadres ;

- l'irrégularité de la procédure de radiation des cadres a généré de nombreux préjudices ; elle a perdu le bénéfice d'un emploi à durée indéterminée et la sécurité de l'emploi ; elle a perdu la jouissance de son logement et une procédure d'expulsion a été engagée contre elle ; elle a accumulé une dette locative de 5 487 euros ; le préjudice subi peut être évalué à la somme de 25 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2019, le centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges, représenté par sa directrice générale en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable pour tardiveté ;

- les moyens invoqués par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er septembre 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 21 septembre 2020 à 12 heures.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 20 mars 2019.

Les parties ont été informées, le 13 juillet 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par Mme C tiré du défaut de liaison du contentieux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n° 2014-1133 du 3 octobre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, aide-soignante titulaire, exerçant ses fonctions au sein du centre hospitalier intercommunal (CHI) de Villeneuve-Saint-Georges depuis le 2 décembre 2013, est absente du service depuis le 8 juillet 2018. Par courrier du 16 août 2018, le directeur adjoint, chargé des ressources humaines lui a demandé de transmettre, dans les quarante-huit heures, un justificatif de son absence. Par courrier du 8 octobre 2018, après avoir constaté la persistance de son absence, il l'a mise en demeure de reprendre ses fonctions avant le 15 octobre 2018 et l'a informé qu'à défaut, elle serait radiée des effectifs sans procédure disciplinaire préalable dans le cadre d'un licenciement pour abandon de poste. Cette mise en demeure étant demeurée infructueuse, Mme C a, par décision du 24 octobre 2018 du directeur adjoint chargé des ressources humaines, été radiée des cadres à compter du 15 octobre 2018. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il encourt d'une radiation de cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est ni présenté ni n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé. Elle peut alors procéder à la radiation de l'agent pour abandon de poste.

3. En premier lieu, aux termes de l'article D. 6143-33 du code de la santé publique : " Dans le cadre de ses compétences définies à l'article L. 6143-7, le directeur d'un établissement public de santé peut, sous sa responsabilité, déléguer sa signature ". Aux termes de l'article D. 6143-34 de ce code : " Toute délégation doit mentionner : / () ; 2° La nature des actes délégués ; / () ". Selon l'article D. 6143-35 du même code : " Les délégations mentionnées à la présente sous-section () sont notifiées aux intéressés et publiées par tout moyen les rendant consultables. () ". Enfin, l'article R. 6143-38 du même code dispose, dans sa version applicable au litige, que : " Sans préjudice des obligations de publication prévues par d'autres dispositions du présent code, les décisions des directeurs des établissements publics de santé et les délibérations non réglementaires de leurs conseils de surveillance sont notifiées aux personnes physiques et morales qu'elles concernent. Leurs décisions et délibérations réglementaires sont affichées sur des panneaux spécialement aménagés à cet effet et aisément consultables par les personnels et les usagers. Lorsque ces décisions ou délibérations font grief à d'autres personnes que les usagers et les personnels, elles sont, en outre, publiées au bulletin des actes administratifs de la préfecture du département dans lequel l'établissement a son siège ".

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 6143-38 du code de la santé publique, lequel fixe le régime de publicité des actes des établissements de santé, que, pour être exécutoires, les décisions portant délégation de signature, qui revêtent un caractère réglementaire, doivent faire l'objet d'un affichage dans les conditions précédemment rappelées. Les dispositions également précitées de l'article D. 6143-35 du code de la santé publique ne dérogent pas à l'article

R. 6143-38 du même code, qui s'applique sans préjudice des obligations de publication prévues par d'autres dispositions de ce même code.

5. En l'espèce, il ressort de la décision contestée du 24 octobre 2018 qu'elle a été signée par M. B, directeur adjoint, chargé des ressources humaines. En vertu d'une décision n° 154/2017 du directeur général du CHI de Villeneuve-Saint-Georges du 1er septembre 2017 portant, notamment, attribution de fonction et délégation de signature à M. B, ce dernier disposait d'une délégation à l'effet de signer la décision en litige. L'absence, à cet égard, de la mention : " Pour le directeur et par délégation " à côté de sa signature n'a pas été de nature à entacher d'illégalité cette décision du 24 octobre 2018. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision n° 154/2017 du 1er septembre 2017 aurait fait l'objet d'une publication, il est, en revanche, établi qu'elle a fait l'objet d'un affichage, ainsi que cela ressort du certificat d'affichage produit par le CHI de Villeneuve-Saint-Georges, ce qui n'est pas contesté par la requérante. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision critiquée du 24 octobre 2018 doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

7. Il ressort des termes de la décision en litige, qui indique en objet " radiation des cadres ", que le directeur adjoint, chargé des ressources humaines a précisé qu'il avait été demandé à Mme C de régulariser ses absences injustifiées depuis le 8 juillet 2018, et ce, à deux reprises, soit les 16 août et 8 octobre 2018 et que ses absences demeuraient toujours injustifiées. Il ajoute que, dans ces conditions, " conformément à la réglementation dans de telle situation ", elle était informée qu'elle était radiée des cadres à compter du 15 octobre 2018 et qu'elle ne ferait plus partie des effectifs de l'établissement. Cette motivation, alors que la mise en œuvre d'une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste repose sur des critères prétoriens et que l'abandon de poste est caractérisé dès lors que le fonctionnaire, en refusant de rejoindre son poste sans raison valable, se place dans une situation telle qu'il rompt le lien entre l'agent et son service, comporte l'énoncé suffisamment précis des considérations qui constituent le fondement de la décision en litige. Mme C était ainsi parfaitement à même de comprendre les motifs ayant déterminé l'appréciation de l'administration alors même que la décision en litige n'a pas mentionné la notion d'abandon de poste. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la lettre de mise en demeure du

8 octobre 2018, qui indique à Mme C qu'elle ne justifie pas de ses absences depuis le

8 juillet 2018, que, d'une part elle est avisée de ce que si elle ne reprenait pas ses fonctions avant le délai qui lui était imparti ou si elle ne produisait pas de justificatif d'absence, elle risquait d'être radiée des effectifs de l'établissement, et d'autre part que cette radiation des effectifs serait effective sans que soit mise en place une procédure disciplinaire préalable. Par suite, contrairement à ce que soutient Mme C, la lettre du 8 octobre 2018 comportait l'information selon laquelle la requérante encourrait un risque de radiation des cadres en cas d'absence de reprise de ses fonctions et qu'une telle mesure interviendrait sans qu'elle ne puisse bénéficier des garanties de la procédure disciplinaire. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, pour radier des cadres Mme C pour abandon de poste, le directeur adjoint, chargé des ressources humaines du CHI de Villeneuve-Saint-Georges a estimé qu'en dépit de la lettre du 16 août 2018 et de la mise en demeure du 8 octobre 2018, elle n'avait pas justifié de ses absences depuis le 8 juillet 2018. Si Mme C soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la procédure de radiation des cadres aurait dû être suspendue compte tenu de l'évolution de son état de santé et des certificats médicaux, elle ne produit aucun document probant à l'appui de son argumentation ni de justification d'ordre matériel ou médical pertinente qui l'aurait empêchée de manifester un lien avec le service. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le CHI de Villeneuve-Saint-Georges, que Mme C n'est pas fondée, par les moyens qu'elle invoque, à demander l'annulation de la décision en litige du

24 octobre 2018 par laquelle le directeur adjoint, chargé des ressources humaines a prononcé sa radiation des cadres.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'indemnisation :

11. Il résulte de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction résultant du décret n° 2016-1480 du 2 novembre 2016, qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si l'administration n'a pas produit ou n'a pas soutenu, dans son mémoire en défense, que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

12. Il ressort des pièces du dossier qu'en réponse à la demande du tribunal du

26 avril 2019 de régulariser sa requête en application de l'article R. 412-1 du code de justice administrative, Mme C a produit une lettre du 4 février 2019 par laquelle elle a demandé au CHI de Villeneuve-Saint-Georges " de revoir le motif de la rupture du contrat de travail sur l'attestation d'employeur destinée à Pôle Emploi " et lui a indiqué qu'elle avait le droit " d'avoir les paiements de [s]es congés payés avant [s]on arrêt maladie du 4 août 2017 et [s]on compte épargne temps payés ". Toutefois, cette demande, compte tenu de ses termes, ne peut être regardée comme constituant une demande indemnitaire préalable formée auprès du centre hospitalier. Il suit de là que les conclusions présentées par la requérante tendant à être indemnisée des préjudices subis résultant de la décision de sa radiation des cadres pour abandon de poste à concurrence de la somme de 25 000 euros sont, en l'absence de liaison du contentieux, irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHI de Villeneuve-Saint-Georges, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme C au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Cissé et au centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

M. Delmas, premier conseiller,

Mme Rechard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le rapporteur,

S. A

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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