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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1905316

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1905316

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1905316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLE SQUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 8 juin 2019, 7 novembre 2020, 19 novembre 2020, 1er février 2021, 7 juillet 2021 et 20 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Le Squer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2018 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne lui a notifié un indu d'aide personnalisée au logement et de revenu de solidarité active d'un montant de 4 234,14 euros pour la période de décembre 2016 à décembre 2018 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne de restituer les sommes récupérées dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- l'omission de déclaration par l'intéressée des salaires perçus par sa petite-fille au titre d'emplois saisonnier sur la période de mai 2016 à décembre 2018, soit 455,64 euros, n'aurait eu aucune incidence sur le montant de son allocation personnalisée au logement compte tenu de la modicité de ces salaires ;

- elle n'a voyagé que trois fois à l'étranger, notamment pour assister à des funérailles ; si elle perçoit des aides ponctuelles de membres de sa famille, c'est pour financer ces voyages ou pouvoir se nourrir les mois où ses revenus ne lui le permettent pas ;

- contrairement à ce que mentionne le rapport de contrôle elle ne peut percevoir de loyer puisqu'elle n'est propriétaire d'aucun bien ; les virements perçus par sa fille sont destinés à régler des dépenses engagées pour le compte de celle-ci.

Par un mémoire, enregistré le 30 juin 2020, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Les éléments de la procédure ont été communiqués au département de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense, en dépit d'une mise en demeure adressée le 25 mars 2021.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, le rapport de de M. Israël, premier conseiller, a été entendu et la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A est allocataire de l'aide personnalisée au logement et du revenu de solidarité active. Ses droits ont été révisés à la suite d'un contrôle domiciliaire effectué par la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne. Ainsi, par une décision du 17 décembre 2018 la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne lui a notifié un indu d'aide personnalisée au logement et de revenu de solidarité active d'un montant de 4 234,14 euros, dont 598,14 euros au titre du revenu de solidarité active, pour la période de décembre 2016 à décembre 2018. La requérante a formé deux recours. Le premier, introduit devant la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne le 29 janvier 2019, a été rejeté le 17 mai 2019 en tant qu'il portait sur l'aide personnalisée au logement. Le second, formulé devant le président du conseil départemental de Seine-et-Marne le 6 février 2019 à propos du revenu de solidarité active, l'a été le 30 avril 2019. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision du 17 décembre 2018.

Sur la recevabilité des conclusions et la portée du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental ". D'autre part, aux termes de l'article R. 351-51 du code de la construction et de l'habitation et de l'habitation alors en vigueur : " A l'exception des décisions faisant suite à une demande de remise gracieuse de dette, les contestations des décisions prises en matière d'aide personnalisée au logement ou de prime de déménagement par les organismes ou services payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge.

3. Les recours administratif effectués respectivement les 29 janvier et 6 février 2019 par Mme A devant la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne et le président du conseil départemental de Seine-et-Marne, conformément aux dispositions précitées, contre la décision de la caisse d'allocations familiales du Seine-et-Marne du 17 décembre 2018 mettant à sa charge des indus de revenu de solidarité active et d'aide personnalisée au logement ayant un caractère obligatoire, les décisions de rejet des 30 avril et 17 mai 2019 se sont substituées à la décision initiale. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête de Mme A dirigées contre la décision du 17 décembre 2018 et de regarder les conclusions de la requête, concernant ces indus, comme dirigées contre les seules décisions des 30 avril et 17 mai 2019 qui s'y sont substituées.

Sur le bien-fondé des indus :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. Il est revalorisé le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 351-3 du code de la construction et de l'habitation alors applicable : " Le montant de l'aide personnalisée au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1. La situation de famille du demandeur de l'aide occupant le logement et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer / 2. Les ressources du demandeur et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer. () ". Aux termes de l'article R. 351-5 du même code : " Les ressources prises en considération pour le calcul de l'aide personnalisée [au logement] sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer ".

6. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que les avantages en nature que reçoivent les bénéficiaires du revenu de solidarité active doivent être intégrés dans les ressources prises en compte pour la détermination du montant de l'allocation à laquelle ils peuvent prétendre. A cet égard, les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " au sens du 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière.

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la première fraction des indus litigieux mis à la charge de la requérante provient de l'absence de déclaration par l'intéressée des salaires perçus par sa petite-fille entre les mois de décembre 2016 et décembre 2018, et de leur réintégration dans les ressources à prendre en compte pour déterminer les droits de l'intéressée aux prestations précitées. Mme A soutient, d'une part, que le montant qui aurait dû être déclaré sur la période du contrôle, à savoir de mai 2016 à décembre 2018, était modeste puisqu'il s'élevait à la somme de 455,64 euros, et, d'autre part, qu'elle n'a pas bénéficié des sommes perçues par sa petite-fille. Toutefois, il résulte des dispositions précitées que pour déterminer le montant dû à un bénéficiaire des deux prestations litigieuses, l'intégralité des ressources de chaque personne composant le foyer doit être déclarée à la caisse d'allocations familiales. Par suite, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a tenu compte des revenus perçus par la petite-fille de Mme A, aussi modestes soient-ils, pour calculer les droits au revenu de solidarité active et à l'aide personnalisée au logement dont Mme A était bénéficiaire au cours de la période considérée.

8. En second lieu, il résulte de l'instruction que la deuxième fraction des indus litigieux mis à la charge de la requérante résulte d'une omission de déclaration des ressources perçues de la part de proches à hauteur de la somme totale de 11 602,69 euros sur la période de mai à octobre 2018. Mme A soutient que ces sommes constituent d'aides ponctuelles destinées, d'une part, à lui permettre de se déplacer à l'étranger, de payer son loyer et de subvenir à ses besoins, d'autre part, de régler les frais liés au logement parisien de sa fille qui, du fait de ses obligations professionnelles, se déplace fréquemment à l'étranger. Toutefois, alors que la requérante n'établit pas, par les pièces produites, avoir effectivement procédé à des remboursements pour sa fille, il résulte des termes des dispositions citées au point 5 que l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, doivent être prises en compte dans le calcul du montant du revenu de solidarité active et de l'aide personnalisée au logement. En outre, les pensions alimentaires ne peuvent rentrer dans l'exception à déclaration prévue au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles précité, dès lors qu'elles ne sauraient être assimilées à des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier, ni à des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille. Par suite, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a estimé que les versements litigieux devaient être pris en compte dans le calcul des ressources de Mme A pour la détermination du montant de ses allocations de revenu de solidarité active et d'aide personnalisée au logement.

9. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des

30 avril et 17 mai 2019 par lesquelles le département de Seine-et-Marne et la caisse d'allocations familiales ont confirmé ces indus d'aide personnalisée au logement et de revenu de solidarité active.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne de restituer à la requérante les sommes récupérées doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au département de Seine-et-Marne et au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

Le rapporteur,

D. Israël

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

A. Starzynski

La République mande et ordonne au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales et au préfet de Seine-et-Marne chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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