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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1907239

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1907239

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1907239
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantWTAP AVOCATS - WEYL TAULET AROUI PIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août et 10 décembre 2019, Mme A D, représentée par Me Taulet demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures:

1°) d'annuler la décision du 6 février 2019 par laquelle le recteur de l'académie de Créteil l'a radiée des cadres et l'a admise à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité à compter du 7 juin 2015, ensemble la décision implicite de rejet prise sur son recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'administration de la réintégrer dans les cadres avec toutes les conséquences de droit et de fait et de procéder au réexamen de sa situation pour qu'il soit statué sur sa reprise à temps partiel thérapeutique, et ce sous astreinte par jour de retard que le tribunal voudra bien fixer ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 6 février 2019 est entachée d'un défaut de signature de son auteur et d'incompétence et que le nom de l'auteur de l'ampliation n'est pas lisible;

- elle n'est pas motivée en fait ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute d'avoir été informée de la tenue de la séance de la commission de réforme et de ses droits;

- elle est entachée d'une rétroactivité illégale ;

- l'administration ne pouvait prononcer sa mise à la retraite d'office plus de trois années et demi après sa demande initiale alors que son état de santé s'est considérablement amélioré à partir de septembre 2018 et qu'elle était revenue sur sa demande d'admission à la retraite d'office ;

- le rapport du docteur C, pièce n°3 communiquée par le recteur, n'avait pas à l'être s'agissant d'un document couvert par le secret médical et que le mémoire du recteur ne pouvait y faire référence.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 octobre 2019 et 10 mars 2020, le Rectorat de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré du défaut de motivation n'est pas opérant ;

- les autres moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 octobre 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite. ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ortin, en présence de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, professeure certifiée en lettres modernes exerçait au lycée Samuel Champlain de Chennevières (Val-de-Marne) avant de bénéficier d'un congé de longue maladie du 7 juin 2010 au 6 juin 2011 puis d'un congé de longue durée pour la période du 7 juin 2011 au 6 juin 2015. Par courrier daté du 11 septembre 2014, le rectorat de l'académie de Créteil l'informait que le comité médical avait émis un avis favorable à la prolongation de son congé de longue durée du 7 septembre 2014 au 6 juin 2015 à demi-traitement en émettant à titre d'observation que l'inaptitude constatée était définitive et totale à toutes fonctions et qu'il fallait prévoir la constitution d'un dossier de retraite. Par arrêté du 26 mai 2015, la rectrice de l'académie de Créteil l'a déclarée définitivement inapte à toute fonction à compter du 7 juin 2015. Le 6 décembre 2016, le rectorat de l'académie de Créteil accusait réception de sa demande d'admission à la retraite et de son dossier de liquidation de pension reçu le même jour. Par courrier daté du 6 décembre 2018, le rectorat informait Mme D que la commission de réforme avait émis, lors de sa séance du 13 novembre 2018, un avis favorable à sa mise à la retraite pour invalidité à compter du 7 juin 2015. Par courrier daté du 17 décembre 2018, le rectorat lui demandait la transmission de sa demande de retraite. Par courrier daté du 16 janvier 2019, le rectorat de l'académie de Créteil informait Mme D que le comité médical avait émis, lors de sa séance du 7 septembre 2018, un avis favorable à son inaptitude définitive et totale à toutes fonctions à compter du 7 juin 2015. Par arrêté daté du 6 février 2019 notifiée à l'intéressée le 14 février 2019, le recteur de l'académie de Créteil a radié des cadres Mme D et l'a admise à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité à compter du 7 juin 2015. Par courrier daté du 12 avril 2019, transmis par télécopie le même jour et reçu par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du 15 avril 2019, Mme D a formé un recours gracieux contre cette décision ayant fait naître une décision implicite de rejet. Mme D demande l'annulation de l'arrêté du 6 février 2019 ensemble la décision implicite de rejet rendu sur le recours gracieux formé contre cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 18 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable à la date de la réunion de la commission de réforme, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " () Le fonctionnaire intéressé et l'administration peuvent, en outre, faire entendre le médecin de leur choix par le comité médical ou la commission de réforme. " Aux termes de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 précité : " La commission de réforme ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance ; un praticien de médecine générale ou le spécialiste compétent pour l'affection considérée doit participer à la délibération. / Les avis sont émis à la majorité des membres présents. /Lorsqu'un médecin spécialiste participe à la délibération conjointement avec les deux praticiens de médecine générale, l'un de ces deux derniers s'abstient en cas de vote. /La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages rapports et constatations propres à éclairer son avis. /Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instruction, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. /Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. /La commission de réforme, si elle le juge utile, peut faire comparaître le fonctionnaire intéressé. Celui-ci peut se faire accompagner d'une personne de son choix ou demander qu'une personne de son choix soit entendue par la commission de réforme. / L'avis formulé en application du premier alinéa de l'article L. 31 du code des pensions civiles et militaires de retraite doit être accompagné de ses motifs. /Le secrétariat de la commission de réforme informe le fonctionnaire : /-de la date à laquelle la commission de réforme examinera son dossier ; /-de ses droits concernant la communication de son dossier et la possibilité de se faire entendre par la commission de réforme, de même que de faire entendre le médecin et la personne de son choix. /L'avis de la commission de réforme est communiqué au fonctionnaire sur sa demande ; /Le secrétariat de la commission de réforme est informé des décisions qui ne sont pas conformes à l'avis de la commission de réforme. "

3. Il ressort des pièces du dossier que le courrier daté du 28 octobre 2018 produit en défense informant Mme D de l'examen de son dossier par la commission de réforme lors de sa séance du 13 novembre 2018 ainsi que de ses droits à consulter le dossier, à faire parvenir ses observations et à être entendue par la commission a été adressé à une adresse erronée, le numéro de la rue ne correspondant pas à celui du domicile de la requérante dont l'administration avait pourtant connaissance. Le rectorat ne produit en outre aucun justificatif d'envoi et de réception effective de ce courrier alors que la requérante conteste avoir été informée de la date de réunion de la commission de réforme et avoir été informée de ses droits. Il n'établit pas ainsi, contrairement à ses affirmations, que le courrier daté du 28 octobre 2018 a bien été adressé à l'intéressée conformément aux dispositions de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 précité. Une telle omission a privé la requérante d'une garantie et constitué une irrégularité de nature à entacher la légalité des décisions attaquées.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que si Mme D a saisi l'administration, le 6 décembre 2016, d'une demande de mise à la retraite anticipée pour invalidité, il apparaît toutefois qu'elle n'a ensuite pas confirmée celle-ci lorsque l'administration lui a demandé, le 17 décembre 2018, de transmettre sa demande de mise à la retraite afin de compléter son dossier. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier du 4 février 2019, reçu par l'administration le 6 février 2019, que Mme D a formé un recours contre l'avis du comité médical du 7 septembre 2018 émettant un avis en faveur d'une inaptitude définitive et totale à toute fonction à compter du 7 juin 2018 et sollicité la saisine du comité médical supérieur, une nouvelle expertise ainsi qu'une reprise de ses fonctions dans le cadre d'un temps partiel thérapeutique, précisant d'ailleurs dans ce même courrier que sa mise à la retraite était devenue sans objet. Ainsi, la décision du 6 février 2019 qui se réfère expressément et uniquement à la demande de l'intéressée du 6 décembre 2016 s'est fondée sur des faits matériellement inexacts, le rectorat n'étant plus saisi d'une demande de mise à la retraite anticipée. Par suite le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits ne peut qu'être accueilli.

5. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que Mme D est fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. En raison des motifs qui la fondent, l'annulation des décisions attaquées implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, d'enjoindre au recteur de l'académie de Créteil, de réintégrer Mme D et de prendre rétroactivement les mesures nécessaires pour la placer dans une position régulière à l'expiration de ses droits à congé de longue durée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par Mme D.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 février 2019 par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a radié Mme D des cadres de l'Education nationale et l'a admise à faire valoir ses droits à la retraite, ensemble la décision implicite de rejet rendue sur le recours gracieux formé contre cette décision sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au Recteur de l'Académie de Créteil de réintégrer Mme D et de prendre les mesures nécessaires pour la placer dans une position régulière à l'expiration de ses droits à congé de longue durée, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : L'Etat (Rectorat de l'académie de Créteil) versera à Mme D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au Rectorat de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller,

Rendue public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La rapporteure,

S. B

Le président,

S. DEWAILLY La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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