jeudi 30 juin 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1908673 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SEBBAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 septembre 2019, Mme B A, représentée par Me Sebban, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014, pour un montant total de 88 358 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas bénéficié d'un dialogue contradictoire avec le vérificateur ;
- le montant des bases retenues pour la taxation en matière de taxe sur la valeur ajoutée collectée, à partir des encaissements bancaires, est erroné au titre de l'année 2014 ;
- à cet égard, elle présente plusieurs documents comptables, notamment des extraits du grand livre issu d'un logiciel comptable et les balances ;
- l'administration n'a pris en compte aucun montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre des années 2013 et 2014 ;
- la majoration de 100 % qui lui a été appliquée sur le fondement de l'article 1732 du code général des impôts n'est pas justifiée dès lors qu'elle avait entrepris de transférer dès la fin de l'année 2015 sa résidence à l'étranger.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2020, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, qui exerce une activité professionnelle d'agent commercial, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période allant du 1er juillet 2012 au 31 décembre 2014. Estimant que le contrôle n'a pu avoir lieu du fait de la requérante, celle-ci n'ayant donné aucune suite aux courriers qui lui ont été adressés au cours de la procédure de contrôle, le vérificateur a dressé le 24 novembre 2015 un procès-verbal pour opposition à contrôle fiscal et a évalué d'office les bases d'imposition en application des dispositions de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales. A l'issue des opérations de contrôle, par une proposition de rectification en date du 6 juin 2016, le service a procédé à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, assortis des intérêts de retard et de la majoration de 100 % prévue par l'article 1732 a) du code général des impôts. Ces impositions ont été mises en recouvrement par avis du 16 décembre 2016. L'administration fiscale a rejeté, par une décision du 26 juillet 2019, la réclamation d'assiette présentée par la requérante le 26 avril 2018 et complétée le 26 septembre suivant. Par la présente requête, Mme A sollicite la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales : " Les bases d'imposition sont évaluées d'office lorsque le contrôle fiscal ne peut avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers () ".
3. Il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification du 6 juin 2016, que l'avis de vérification daté du 14 septembre 2015 qui proposait une première intervention le 9 octobre 2015 au lieu d'exercice de l'activité de Mme A, a été envoyé par lettre recommandée au siège de l'entreprise situé à Vincennes, et a été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Par courrier du 12 octobre 2015 adressé selon les mêmes modalités et constituant une première mise en garde, l'administration a informé l'intéressée des conséquences d'une opposition à contrôle fiscal et formulé une nouvelle proposition de rendez-vous le 5 novembre 2015. Cette lettre a été retournée à l'administration avec la mention " destinataire inconnu à cette adresse ". Une autre lettre du même jour, envoyée en courrier simple, a été adressée à la deuxième adresse connue de l'administration, à Saint-Mandé, et n'a pas été retournée. Ce double envoi a été renouvelé le 28 octobre 2015 selon les mêmes modalités, et demeuré sans effet. L'administration fiscale a considéré que cette attitude caractérisait une opposition à contrôle fiscal au sens des dispositions précitées de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales, et a adressé à l'intéressée un procès-verbal pour opposition à contrôle daté du 24 novembre 2015.
4. Mme A, qui ne conteste pas la matérialité des faits ainsi exposés, fait toutefois valoir qu'elle s'est absentée à l'étranger durant le dernier trimestre de l'année 2015 et que, par suite, l'administration fiscale a méconnu le caractère contradictoire de la procédure. Toutefois, la requérante, qui n'établit ni même n'allègue avoir préalablement avisé l'administration fiscale d'un quelconque changement d'adresse, ne saurait utilement invoquer la circonstance, au demeurant non établie, qu'elle était en déplacement, dès lors qu'il appartenait à celle-ci de prendre les mesures nécessaires pour que ses courriers lui soient remis ou retransmis et d'informer l'administration de cette situation en lui communiquant sa nouvelle adresse. Il apparaît, dans ces conditions, que le contrôle n'a pu avoir lieu, non du fait du vérificateur, qui a accompli toutes les diligences pouvant être attendues de lui, mais en raison du comportement de l'intéressée, laquelle, sans désigner de personne habilitée à la représenter, s'est placée en situation d'opposition à contrôle fiscal.
5. Par suite, l'administration, qui n'a pas méconnu le principe du contradictoire, était légalement fondée à faire usage, à son encontre, de la procédure d'évaluation d'office de ses bases d'imposition prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales.
Sur le bien-fondé des impositions :
6. En vertu des dispositions de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, les bases imposables de l'activité de Mme A ayant été régulièrement évaluées d'office, celle-ci supporte la charge de la preuve de l'exagération des bases d'imposition en litige.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée collectée :
7. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. ". Aux termes de l'article 266 du même code : " 1. La base d'imposition est constituée : / a. Pour () les prestations de services (), par toutes les sommes, valeurs, biens ou services reçus ou à recevoir () par le prestataire en contrepartie de ces opérations, de la part de l'acheteur, du preneur ou d'un tiers () ".
8. Mme A n'ayant présenté aucune comptabilité ni aucun autre document au vérificateur, ce dernier a retenu, pour déterminer les recettes passibles de taxe sur la valeur ajoutée, au taux normal, les encaissements figurant au crédit des trois comptes bancaires de l'intéressée, consistant en des remises de chèques et des virements, présumés relever de l'activité professionnelle de l'intéressée à défaut de justificatif. Il a ainsi déterminé un chiffre d'affaires imposable à la taxe sur la valeur ajoutée de 267 370,15 euros au titre de la période du 1er juillet au 31 décembre 2013, et de 92 424,22 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014. D'une part, l'activité de celle-ci consistant en des prestations de services, l'administration a pu à bon droit, compte tenu du défaut de présentation de la comptabilité, déterminer le montant brut du chiffre d'affaires imposable à la taxe sur la valeur ajoutée à partir des encaissements bancaires. D'autre part, contrairement à ce que soutient l'intéressée, les sommes portées au crédit du compte bancaire n° 0000431341Z62 ouvert auprès de l'établissement LCL en 2014 ne sont pas identiques aux crédits constatés sur ce même compte au titre de l'année 2013, de sorte qu'ils constitueraient, selon la requérante, un simple " copier-coller ". Par ailleurs, si Mme A produit notamment, pour contester les éléments ainsi retenus, la balance générale et l'extrait du grand livre établi au titre des exercices clos en 2013 et 2014, ces pièces ont été éditées en 2019, postérieurement aux périodes vérifiées, et ne sont accompagnées, en tout état de cause, d'aucune pièce justificative. Mme A, sur qui repose la charge de la preuve, ne démontre pas que les sommes litigieuses ne constituaient pas un chiffre d'affaires ou encore se rapportaient à des prestations de services qui devaient être rattachées à un autre exercice. Ainsi, les documents dont se prévaut la requérante, qui n'ont pas été présentés lors de la vérification de comptabilité et qui proviennent d'une reconstitution postérieure à ce contrôle, ne sauraient invalider le montant de taxe sur la valeur ajoutée collectée retenu par l'administration, en l'absence de pièce de nature à établir que les sommes en cause n'avaient pas à être incluses dans la base imposable à la taxe sur la valeur ajoutée.
9. Par suite, Mme A n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée mis à sa charge.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible :
10. Aux termes du I de l'article 271 du code général des impôts: " 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. () 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance. II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ".
11. Si Mme A fait valoir que le service a refusé de prendre en compte un quelconque montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible, elle n'a fourni, ni devant l'administration ni dans le cadre de ses présentes écritures, aucune facture faisant état de taxe sur la valeur ajoutée qu'elle pouvait déduire. Ainsi, après avoir établi que la taxe sur la valeur ajoutée à collecter devait être calculée sur les bases de recettes ainsi reconstituées, le service était fondé, en l'absence de toute facture ou document en tenant lieu, de refuser tout droit à déduction de taxe sur la valeur ajoutée.
Sur les pénalités :
12. Aux termes de l'article 1732 du code général des impôts : " La mise en œuvre de la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales entraîne : a. L'application d'une majoration de 100 % aux droits rappelés ou aux créances de nature fiscale qui doivent être restituées à l'Etat () ".
13. Ainsi qu'il a été dit aux points 3 et 4 du présent jugement, l'opposition de Mme A au contrôle fiscal justifiait l'évaluation d'office de ses bases d'imposition en application de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales. Il s'ensuit que la pénalité de 100 % prévue par l'article 1732 du code général des impôts qui lui a été infligée est justifiée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie pour la période en litige. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Vincent, présidente,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Van Daële, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2022.
La rapporteure,
M. C
La présidente,
A. VINCENT
Le greffier,
G. NGASSAKI
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026