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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1909626

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1909626

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1909626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET COLL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 octobre 2019 et 7 janvier 2022, Mme B C, représentée par Me Coll , demande au tribunal , dans le dernier état de ses écritures:

1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle le ministre de la justice a refusé de faire droit à sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner l'Etat (le ministre de la justice) à lui verser la somme de 33 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi du fait des fautes de l'administration ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (le ministre de la justice) la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le ministère de la justice a commis une faute en ne réévaluant pas tous les trois ans sa rémunération conformément aux termes de son contrat et des dispositions de l'article 1-3 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application de l'article 7 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat;

- l'administration n'a pas respecté les termes de son contrat relatif à sa rémunération, en n'augmentant pas son salaire alors qu'elle a été placée à temps plein à compter du 13 décembre 2017 ;

- ces fautes lui ont causé des préjudices matériels et moraux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2020, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête .

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Leboeuf , rapporteure publique,

- et les observations de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, architecte, a été recrutée pour exercer les fonctions de chef d'unité patrimoine et équipement à la mission des services pénitentiaires pour l'Outre-mer, à temps incomplet, raison de 80% de la durée légale hebdomadaire, par contrat à durée déterminée à compter du 15 mai 2006. Par arrêté du 27 octobre 2016, Mme C a été placée en congé de grave maladie du 10 février 2016 au 9 août 2016. Un arrêté du 15 septembre 2017, a mis fin, à compter du 16 septembre 2017, à son autorisation d'exercer ses fonctions à temps partiel thérapeutique et l'a rétablie dans ses fonctions à temps plein. Par un second arrêté du même jour, Mme C a été autorisée à exercer ses fonctions à temps partiel à 80% de la durée hebdomadaire de service, pour une durée d'un an à compter du 16 septembre 2017. Par arrêté du 3 mai 2018, il a été mis fin à son autorisation d'exercer ses fonctions à temps partiel à compter du 13 décembre 2017 et elle a été rétablie dans ses fonctions à temps plein. Par arrêté du 15 avril 2019, Mme C a été placée en congé de grave maladie du 13 décembre 2017 au 12 juin 2018, renouvelé jusqu'au 12 décembre 2020. Par une lettre datée du 18 juillet 2019, Mme C a demandé l'indemnisation des préjudices résultant du défaut de réévaluation de son traitement tous les trois ans et de son droit à bénéficier d'une rémunération correspondant à son contrat de travail et à son temps de travail. Suite au silence gardé par l'administration pendant plus de deux mois sur cette demande, une décision implicite de rejet est née. Mme C demande l'indemnisation des préjudices résultant des fautes de l'administration.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1-3 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application de l'article 7 de la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le montant de la rémunération est fixé par l'autorité administrative, en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience. /La rémunération des agents employés à durée indéterminée fait l'objet d'une réévaluation au moins tous les trois ans, notamment au vu des résultats des entretiens professionnels prévus à l'article 1-4 ou de l'évolution des fonctions. () " Il résulte de ces dispositions que si, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires relatives à la fixation de la rémunération des agents non titulaires, l'autorité compétente dispose d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à l'agent et de la qualification requise pour les exercer, le montant de la rémunération ainsi que son évolution, il appartient au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en fixant ce montant l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. D'autre part, aux termes de l'article 1-4 du décret du 17 janvier 1986 précité : " I.- Les agents recrutés pour répondre à un besoin permanent par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée d'une durée supérieure à un an bénéficient chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à un compte rendu. () ".

3. En l'espèce, contrairement à ce qu'invoque Mme C, ni les termes de son contrat, ni les dispositions de l'article 1-3 du décret du 17 janvier 1986 n'imposent une augmentation automatique de sa rémunération à chaque échéance triennale, l'administration devant au contraire fixer au cas par cas la rémunération au regard des fonctions confiées à l'agent et de la qualification requise pour les exercer. Il résulte du dossier que Mme C a bénéficié de deux augmentations de sa rémunération le 3 décembre 2008 et le 21 novembre 2013, cette dernière réévaluation faisant suite à une note du directeur interrégional de l'administration pénitentiaire appuyant une augmentation de son traitement de 4% alors que la revalorisation moyenne des contractuels du ministère s'élevait à 1% compte tenu de ses qualités professionnelles et de sa disponibilité sans faille, Mme C étant devenue en outre depuis le 1er janvier 2007 chef du département des affaires immobilières. Si le compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2014 mentionne que Mme C, qui occupait encore le poste de chef de département, était très impliquée, son département a été réorganisé courant août 2017 après qu'elle a souhaité quitter ce poste. De même, si elle évoque avoir dû encore assumer une forte charge de travail après cette réorganisation, il résulte de la décision de réorganisation que les responsabilités qu'elle assumait auparavant ont été partagées entre plusieurs agents. Par ailleurs, un poste de secrétaire général a été créé afin de superviser notamment son département, à compter de l'année 2014. Ainsi, Mme C a exercé à compter du second semestre 2017 des fonctions comportant des responsabilités moins nombreuses et il ne résulte pas des pièces du dossier que les fonctions et les missions qui lui ont été confiées aient évolué entre l'année 2014 et l'année 2017, alors qu'elle avait bénéficié d'une revalorisation conséquente en 2013. Dès lors, il n'est pas établi que l'administration aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne revalorisant pas le salaire de Mme C depuis l'année 2014. De même, s'il est établi qu'elle n'a fait l'objet d'aucune évaluation depuis l'entretien du mois de novembre 2014, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette absence d'évaluation a eu une influence sur son niveau de rémunération. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'administration a commis une faute en ne réévaluant pas sa rémunération tous les trois ans.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 13 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application de l'article 7 de la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction applicable au litige :" L'agent non titulaire en activité et comptant au moins trois années de service, atteint d'une affection dûment constatée, le mettant dans l'impossibilité d'exercer son activité, nécessitant un traitement et des soins prolongés et présentant un caractère invalidant et de gravité confirmée bénéficie d'un congé de grave maladie pendant une période maximale de trois ans. /Dans cette situation, l'intéressé conserve l'intégralité de son traitement pendant une durée de douze mois. Le traitement est réduit de moitié pendant les vingt-quatre mois suivants. () " En ce qui concerne l'agent autorisé à exercer ses fonctions à temps partiel, le 2e alinéa de l'article 40 du même décret dispose que : " L'agent non titulaire qui bénéficie d'un congé pour accident du travail ou pour maladie professionnelle ou d'un congé de maladie ou de grave maladie, pendant une période où il a été autorisé à assurer un service à temps partiel, perçoit une fraction des émoluments auxquels il aurait eu droit dans cette situation s'il travaillait à temps plein, déterminée dans les conditions fixées à l'article 34 ci-dessus. A l'issue de la période de travail à temps partiel, l'intéressé qui demeure en congé recouvre les droits de l'agent exerçant ses fonctions à temps plein, s'il n'a pas demandé le renouvellement de l'autorisation d'exercer ses fonctions à temps partiel dans les délais prévus à l'article 36 ci-dessus. "

5. Mme C soutient que le ministre de la justice a commis une faute en ne versant pas la rémunération prévue par son contrat de travail, dès lors qu'à partir du 13 décembre 2017, l'administration a unilatéralement pris la décision de la placer dans ses fonctions à temps plein, sans pour autant la rémunérer à 100% de la quotité de travail. Il résulte effectivement des pièces du dossier que par arrêté du 15 septembre 2017, le ministre de la justice a mis fin à compter du 16 septembre 2017 à l'autorisation de la requérante d'exercer ses fonctions à temps partiel pour motif thérapeutique, l'a rétablie, par un second arrêté du même jour, dans ses fonctions à temps plein et l'a autorisée à exercer ses fonctions à temps partiel à 80% de la durée hebdomadaire de service pour une période d'une année, avant de mettre fin à cette autorisation de travail à temps partiel et de la rétablir dans ses fonctions à temps plein à compter du 13 décembre 2017 par arrêté du 3 mai 2018. Par arrêté du 15 avril 2019, l'intéressée a été placée en congé de grave maladie du 13 décembre 2017 au 12 juin 2018, l'arrêté portant mention d'une quotité de travail à temps plein et d'une rémunération à plein traitement à compter du 13 décembre 2018. Le congé de grave maladie de Mme C a été renouvelé jusqu'au 12 décembre 2020, date à laquelle il a été mis fin à son contrat de travail pour inaptitude physique. L'intéressée a bénéficié d'une rémunération à plein traitement jusqu'au 12 décembre 2018 puis d'une rémunération à demi-traitement à compter du 13 décembre 2018 jusqu'à la date de la fin de son contrat. Toutefois, le contrat de travail conclut le 11 mai 2006 par Mme C, jamais modifié sur ce point, prévoit qu'elle est embauchée dans des fonctions à temps incomplet à raison de 80% de la durée légale hebdomadaire de travail. Sa rémunération est en conséquence fixée en tenant compte de cette durée de travail, qui est une caractéristique de son emploi lui-même et qui diffère de l'autorisation donnée au fonctionnaire d'exercer ses fonctions à temps partiel, qui est régie, s'agissant des agents contractuels par les dispositions des articles 34 à 42 du décret du 17 janvier 1986 précité et intervient à la demande de l'agent. Ainsi, si à l'issue de sa période à temps partiel thérapeutique, l'administration a pris, le 15 septembre 2017, deux arrêtés ayant pour objet, respectivement de placer la requérante à temps plein, puis de l'autoriser à travailler à temps partiel à hauteur de 80%, cette décision semble avoir eu pour objet de rétablir sa quotité de travail initiale de 80%. Elle ne peut en tout état de cause avoir eu pour conséquence de requalifier la situation de Mme C en ce qui concerne la quotité de travail prévue par son contrat alors qu'une telle requalification n'est invoquée par aucune des parties. Partant la décision du 3 mai 2018, qui met fin à l'autorisation de travail à temps partiel et prévoit une quotité de travail à temps plein, quand bien même l'administration peine à en justifier l'existence, n'a pu en tout état de cause avoir d'effet sur la quotité de travail prévu par le contrat de l'intéressée ni, dès lors que la rémunération prévue par ce contrat. En outre, il résulte des bulletins de salaire versés au dossier que le montant de la rémunération qu'elle a perçue correspond pour les douze premiers mois de son congé de grave maladie à la somme prévue par son contrat de travail et qu'au cours des vingt-quatre mois suivant, elle a perçu, conformément aux dispositions de l'article 13 du décret du 17 janvier 1986 précité, une rémunération correspondant à la moitié du traitement prévu par son contrat de travail. Par ailleurs, le courrier du 11 décembre 2018 par lequel, le ministre de la justice l'informe de l'émission prochaine d'un titre de perception, qui ne comporte aucune mise en demeure de payer n'a donné lieu à aucune retenue sur traitement, n'est pas de nature à engager la responsabilité de l'administration. Par suite, Mme C n'établit pas que l'administration aurait commis une faute en ne respectant pas la rémunération prévue par son contrat de travail.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'établit pas l'existence d'une faute de nature à établir l'existence de préjudices tant matériels que moraux en lien avec les fautes alléguées, alors notamment qu'elle n'allègue, ni n'établit avoir sollicité une augmentation de son temps de travail ou avoir travaillé au-delà de la quotité de travail prévue par son contrat à compter du 13 décembre 2017.

7. Il en résulte, sans qu'il soit besoin d'en examiner la recevabilité, que la requête de Mme C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La rapporteure,

S. A

Le président,

S. DEWAILLY La greffière,

H. BOURDAIS

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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