vendredi 8 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1910883 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CALLON AVOCAT & CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 décembre 2019 et 25 juillet 2022, Mme B A, représentée par la Selarl Callon avocat et conseil, agissant par Me Callon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Fontenay-sous-Bois à lui payer une somme globale de 11 601 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, assortie des intérêts à taux légal à compter de sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Fontenay-sous-Bois une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- la commune de Fontenay-sous-Bois a commis une faute engageant sa responsabilité en ne tenant pas une promesse d'engagement sur la période du 1er février au 30 juin 2019, comme enseignante de chant lyrique, qui lui avait été initialement faite, dès lors qu'elle a en définitive été recrutée sur la seule période du 1er au 28 février 2019 ;
- elle a subi du fait de cette promesse non tenue un préjudice matériel constitué des rémunérations attendues sur le poste concerné, s'évaluant à 5 176 euros, ainsi que de la prime d'activité dont elle avait vocation à bénéficier en complément des rémunérations précitées, s'établissant à 126 euros mensuels soit la somme de 756 euros ;
- elle a subi à raison de la même faute un préjudice matériel qu'elle estime à la somme de 4 669 euros, tenant à la perte de chance de percevoir une indemnisation plus importante au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE), dès lors que la période de cotisation a été plus courte qu'escomptée ;
- il a en outre résulté de la même faute un préjudice moral, devant être réparé par le paiement d'une somme de 1 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2022, la commune de Fontenay-sous-Bois, représentée par Me Pierson, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que les prétentions indemnitaires de la requérante soient ramenées à de plus justes proportions, et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, elle n'a commis aucune faute ;
- à titre subsidiaire, les préjudices ne sont pas établis, ni dans leur existence en lien avec la faute alléguée, ni dans leur étendue, faute de justification suffisante.
Par une lettre du 14 septembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 10 octobre 2023 sans information préalable.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 19 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leconte,
- et les conclusions de M. Florian Gauthier-Ameil, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a présenté sa candidature en réponse à une offre d'emploi publiée le 29 novembre 2018 pour assurer une mission de remplacement au poste d'enseignant de chant lyrique dans les cadres d'emploi de la commune de Fontenay-sous-Bois. Par un courrier du 2 janvier 2019, le maire de Fontenay-sous-Bois a informé Mme A que sa candidature était retenue, pour l'exercice des fonctions concernées du 1er février au 30 juin 2019, en remplacement d'un agent. Puis, par un courrier du 1er février 2019, l'autorité territoriale a informé l'intéressée que son recrutement sur le poste d'enseignant de chant lyrique interviendrait sur la seule période du 1er au 28 février 2019. Par un courrier réceptionné par la commune de Fontenay-sous-Bois le 5 août 2019, Mme A a formé une demande indemnitaire préalable tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison d'une promesse de recrutement non tenue sur la période du 1er mars au 30 juin 2019. Par la présente requête, Mme A demande la condamnation de la commune à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de cette promesse non tenue.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
Sur le principe de responsabilité :
2. Si la responsabilité de l'administration est susceptible d'être retenue en cas de promesse non tenue, il appartient au demandeur de démontrer l'existence d'un engagement ferme et précis qui n'aurait pas été respecté à son égard.
3. Tout d'abord, pour soutenir qu'elle a fait l'objet d'une assurance de recrutement, Mme A se prévaut du courrier du 2 janvier 2019 mentionné au point 1, par lequel le maire de Fontenay-sous-Bois l'a informée que sa candidature était retenue. Il résulte des termes de ce courrier, qui énonce, s'agissant du poste d'enseignante de chant lyrique, " vous pourrez prendre vos nouvelles fonctions du 1er février au 30 juin 2019 ", un engagement clair et précis de recrutement sur l'intégralité de la période ainsi mentionnée. Contrairement à ce que fait valoir la commune en défense, les termes de cet engagement, sans équivoque, ne subordonnent pas celui-ci au maintien d'un besoin en remplacement de la professeure occupant le poste, quand bien même il est mentionné que les fonctions en litige seront exercées " en remplacement d'un[e] agent[e] ". En outre, il n'est pas contesté que cette agente était alors en congé de longue maladie jusqu'au 10 juin 2019 et que la requérante, ayant questionné l'administration, n'a obtenu aucune autre information lui permettant de douter de la durée de sa mission. Dès lors, les seules réserves énoncées au recrutement en cause, par le courrier du 2 janvier 2019, tiennent à des conditions, d'aptitude physique et de mentions portées au casier judiciaire, qui se sont révélées remplies. Dans ces conditions, quand bien même les horaires de travail et le montant de rémunération n'ont pas été précisés dans ce courrier, Mme A, qui a signé sa fiche de poste le 4 janvier 2019 et a obtenu une simulation de rémunération au cours du même mois, est fondée à soutenir qu'elle était titulaire d'une assurance de recrutement, en qualité d'enseignante de chant lyrique, sur une période courant jusqu'au 30 juin 2019 inclus.
4. Ensuite, pour contester qu'elle aurait unilatéralement rompu sa promesse, la commune de Fontenay-sous-Bois invoque en particulier une proposition faite à Mme A, au cours d'un entretien du 31 janvier 2019, qu'elle aurait refusée, d'assurer jusque fin juin 2019 des cours de rattrapage au bénéfice des élèves du cours de chant lyrique. Toutefois, alors qu'une telle proposition n'a donné lieu à aucun écrit, la requérante en conteste la réalité, en sorte que, à supposer même des pourparlers oralement engagés au cours de l'entretien en cause, il n'est pas établi l'existence d'une proposition émise par la commune, de nature à la regarder comme ayant recherché à honorer sa promesse sur la période en litige, et, ainsi, Mme A comme étant à l'origine de la rupture de l'engagement dont elle était titulaire.
5. Il résulte des constatations opérées aux points précédents que Mme A est fondée à soutenir qu'en la recrutant, en définitive, pour le seul mois de février 2019, la commune de Fontenay-sous-Bois a rompu une promesse à son égard. Cette rupture d'engagement est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de cette commune.
Sur les préjudices :
6. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
7. En premier lieu, Mme A soutient qu'elle a subi un préjudice financier correspondant selon elle aux rémunérations qui auraient pu lui être versées par la commune de Fontenay-sous-Bois si elle avait finalement été recrutée jusqu'au 30 juin 2019. Toutefois outre l'absence de service fait, il ne résulte pas de l'instruction que cette commune, en rompant au début du mois de février 2019 sa promesse de recrutement pour les mois de mars à juin 2019, ait privé la requérante d'une chance sérieuse de percevoir les rémunérations en cause, ni de la possibilité de retrouver un emploi durant la période en litige ou de bénéficier d'un revenu de remplacement. Par suite, le préjudice invoqué étant sans lien direct et certain avec la faute retenue, aucune indemnité ne peut être allouée à ce titre.
8. En deuxième lieu, il ne résulte pas davantage de la faute commise par la commune de Fontenay-sous-Bois, en lien direct et certain avec celle-ci, une perte de chance sérieuse pour Mme A de bénéficier de la prime d'activité en complément des revenus professionnels qu'elle était susceptible de percevoir sur la période en litige, alors qu'au surplus l'éligibilité à cette prime dépend d'un ensemble de ressources perçues par un foyer. Par suite, la requérante n'est pas fondée à réclamer une indemnité à ce titre.
9. En troisième lieu, il en est de même des droits à l'indemnisation du chômage que Mme A aurait pu acquérir si elle avait été recrutée de mars à juin 2019, alors qu'au surplus l'intéressée n'allègue pas même avoir demandé le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, ni d'ailleurs ne précise la teneur exacte du " manque à gagner d'allocation " qu'elle invoque. Aucune indemnité ne peut dès lors être allouée à ce titre.
10. En dernier lieu, au titre de son préjudice moral, Mme A invoque tout particulièrement le choc subi à l'annonce par la commune de Fontenay-sous-Bois de la reprise de l'enseignante de chant lyrique qu'elle avait vocation à remplacer, faisant valoir que les informations permettant d'anticiper cette situation lui ont été dissimulées dès son embauche, en dépit de ses interrogations à cet égard, en sorte qu'elle n'a pu prendre aucune disposition de précaution et qu'à la veille de sa prise de fonctions le 1er février 2019, elle s'est trouvée contrainte d'accepter la nouvelle proposition d'un recrutement pour ce seul mois. A cet égard, il résulte de l'instruction que l'autorité territoriale, informée du souhait de l'enseignante de chant lyrique de réintégrer ses fonctions, a saisi le comité médical départemental dès le 7 novembre 2018, soit antérieurement à la publication le 29 novembre 2018 de l'offre d'emploi sur laquelle a postulé Mme A. Or cette dernière, recrutée le 2 janvier 2019, n'a pas été informée de ces circonstances et, nonobstant l'avis favorable du comité médical rendu le 17 janvier 2019 et l'arrêté de réintégration de l'agente en question pris le 21 janvier 2019, l'intéressée n'a été reçue en entretien que le 31 janvier 2019, veille de sa prise de fonctions pour être informée des nouvelles modalités de son engagement. Il sera ainsi fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme A, lequel est parfaitement établi contrairement à ce qu'invoque la commune en défense, en fixant la somme destinée à le réparer à la somme de 900 euros.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Fontenay-sous-Bois est seulement condamnée à payer à Mme A la somme de 900 euros.
Sur les intérêts :
12. Les intérêts moratoires dus en application des dispositions de l'article L. 1231-6 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue à l'administration ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
13. Mme A a droit aux intérêts à taux légal, à compter du 5 août 2019, date de réception par la commune de Fontenay-sous-Bois de sa réclamation indemnitaire préalable, sur la somme qui lui est attribuée par le présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
15. Par application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Fontenay-sous-Bois la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A, non compris dans les dépens. Les mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de la requérante, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement à la commune de la somme demandée par cette dernière au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Fontenay-sous-Bois est condamnée à payer à Mme A la somme de 900 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 5 août 2019.
Article 2 : La commune de Fontenay-sous-Bois versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Fontenay-sous-Bois sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Fontenay-sous-Bois.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Massengo, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 décembre 2023.
La rapporteure,
S. LECONTELa présidente,
I. BILLANDONLa greffière,
C. TRÉMOUREUX
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026