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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2003538

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2003538

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2003538
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET TACHNOFF-TZAROWSKY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 3 août 2018 et le 28 avril 2023 au greffe du tribunal administratif de Montreuil qui les a transmis au tribunal administratif de Melun par une ordonnance n° 1807371 du 12 mai 2020, M. et Mme B D, représentés par Me Tachnoff-Tzarowsky, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre des années 2012 et 2013 ;

2°) de continuer à disposer du sursis légal de paiement conformément aux dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales.

Les requérants soutiennent que :

- l'exercice d'une activité occulte au sens de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales n'est pas justifié ;

- les bénéfices commerciaux reconstitués ne sont pas établis ;

- les revenus de capitaux mobiliers sont contestables ;

- la procédure d'examen de situation fiscale personnelle a excédé la durée d'un an prévue par les dispositions de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales ;

- la procédure d'imposition est viciée en l'absence de convocation à la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2020, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 mai 2023 :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2011 à 2013, à l'issue duquel ils ont été rendus destinataires d'une proposition de rectification le 24 septembre 2015. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux au titre des années 2012 et 2013 ont été mis en recouvrement à leur encontre le 30 avril 2016. Des réclamations d'assiette ont été présentées les 28 juin et 8 juillet 2016 et rejetées partiellement par décision du directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris en date du 8 juin 2018. Par la requête précitée, les intéressés demandent la décharge des impositions en cause.

Sur la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, ou des revenus d'exploitations agricoles imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal () ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure : () 3° Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens du troisième alinéa de l'article L. 169 () ", selon lequel " L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite ".

3. Il résulte de l'instruction que par un protocole d'accord enregistré le 24 avril 1997, la SCI Renaissance, dont le gérant et détenteur de 99 % des parts sociales était M. D, s'est engagée à verser une indemnité forfaitaire de 228 624 euros par prélèvement sur les loyers à la SCI Happy dont la gérante et détentrice de 99 % des parts sociales est Mme A C, épouse D, au motif de l'empiètement, au demeurant non établi, d'un immeuble appartenant à cette première société sur une parcelle appartenant à cette deuxième société. La SCI Renaissance a été placée, par jugement du 19 décembre 2002, en liquidation judiciaire clôturée pour insuffisance d'actif le 23 septembre 2010. Il résulte également de l'instruction, d'une part, que cette société, représentée par M. D, a notamment signé un contrat bail commercial le 2 janvier 2013, soit à une date où elle n'existait plus, avec la société Lutecimmo et, d'autre part, que la vérificatrice a constaté que plusieurs autres contrats de bail commercial avaient été signés avant et après la clôture de la procédure de liquidation avec d'autres sociétés et que les loyers y afférents avaient été encaissés sur les comptes bancaires de M. D et de tiers, dont la fille de ce dernier. Il résulte de ce qui précède que l'administration établit que M. D a exercé au cours des années vérifiées une activité commerciale de gestion de biens immobiliers au titre de laquelle il n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, n'a pas fait connaître cette activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce et donc qu'il a exercé une activité occulte au sens de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, sans que les requérants puissent utilement se prévaloir d'un acte notarié du 30 janvier 2017, postérieur aux opérations de contrôle, qui a attribué la propriété de l'immeuble appartenant initialement à la SCI Renaissance à M. D et à Mme E en indivision. C'est donc à juste titre que les impositions en litige ont été émises selon la procédure de taxation d'office.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales dans sa version alors en vigueur : " () Sous peine de nullité de l'imposition, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification. () La période mentionnée au troisième alinéa est portée à deux ans en cas de découverte, en cours de contrôle, d'une activité occulte () ".

5. Les requérants soutiennent que l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales dès lors qu'il a débuté le 18 juin 2014 pour se terminer le 28 septembre 2015. Toutefois, la durée de cet examen a été prorogée à deux ans à la suite de la découverte de l'activité occulte exercée par M. D ainsi qu'il a été dit au point 3. Le moyen précité ne peut donc qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 56 du livre des procédures fiscales : " La procédure de rectification contradictoire n'est pas applicable : () 4° Dans les cas de taxation ou évaluation d'office des bases d'imposition () ". L'article L. 59 du même livre dispose que : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis () de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires () ". Aux termes de l'article L. 59 A du même livre : " I. - La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient lorsque le désaccord porte : 1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition ; 2° Sur les conditions d'application des régimes d'exonération ou d'allégements fiscaux en faveur des entreprises nouvelles, à l'exception de la qualification des dépenses de recherche mentionnées au II de l'article 244 quater B du code général des impôts ; 3° Sur l'application du 1° du 1 de l'article 39 et du d de l'article 111 du même code relatifs aux rémunérations non déductibles pour la détermination du résultat des entreprises industrielles ou commerciales, ou du 5 de l'article 39 du même code relatif aux dépenses que ces mêmes entreprises doivent mentionner sur le relevé prévu à l'article 54 quater du même code ; 4° Sur la valeur vénale des immeubles, des fonds de commerce, des parts d'intérêts, des actions ou des parts de sociétés immobilières servant de base à la taxe sur la valeur ajoutée, en application du 6° et du 1 du 7° de l'article 257 du même code () ".

7. M. et Mme D ont fait l'objet de rehaussements des bénéfices industriels et commerciaux tirés des locations précitées selon la procédure de taxation d'office et de rehaussements de leurs revenus de capitaux mobiliers selon la procédure de redressement contradictoire. Les requérants ne sont dès lors pas fondés à soutenir que l'administration les aurait irrégulièrement privés pour les bénéfices industriels et commerciaux de la possibilité de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, dont la consultation n'est prévue que dans le cadre de la procédure de redressement contradictoire. Par ailleurs, les revenus de capitaux mobiliers ne relèvent pas de la compétence de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires conformément aux dispositions précitées de l'article L. 59 A du livre des procédures fiscales. Le moyen tiré de ce que les requérants auraient été privés de la garantie de saisir cette commission doit donc être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne les bénéfices industriels et commerciaux,

8. Il résulte de l'instruction que l'administration a constaté que la SCI Renaissance, propriétaire d'un immeuble situé dans le 11ème arrondissement de Paris, n'avait plus d'existence juridique depuis le prononcé de la clôture de la procédure de liquidation judiciaire en 2010, que lors d'une visite sur place, l'ensemble des locaux étaient occupés, que des baux commerciaux avaient été signés avec six sociétés occupant cet immeuble, que la SCI Happy n'avait bénéficié d'aucun versement de loyer au titre de cet immeuble avant le 21 octobre 2013 et que les loyers versés avant cette date avaient été appréhendés par M. D et des tiers. La vérificatrice a, lors de la procédure de contrôle, demandé aux requérants des précisions sur les comptes bancaires sur lesquels avaient été encaissés les loyers tirés de cet immeuble, ainsi que tout élément de nature à établir l'existence de loyers inférieurs à ceux retenus par le service ou de périodes de vacance des locaux, sans obtenir de réponse de leur part. L'administration a donc considéré que l'activité relevait des bénéfices industriels et commerciaux et a reconstitué les loyers annuels appréhendés en prenant en compte les montants mensuels de ces loyers tels qu'encaissés par la SCI Happy à compter du mois d'octobre 2013.

9. En premier lieu, si les requérants font état de ce que la plupart des locataires ne paient plus leurs loyers depuis plusieurs années et de ce que tous les loyers réglés par les locataires ont été encaissés sur le compte de la SCI Happy, ils ne produisent aucune pièce justificative à l'appui de leurs allégations, alors que la charge de la preuve leur incombe.

10. En second lieu, M. et Mme D soutiennent que les rehaussements en cause se rattachaient à la catégorie des revenus fonciers, en ce qu'ils ont été perçus par la SCI Happy. Toutefois, outre qu'antérieurement au 21 octobre 2013, cette dernière n'avait perçu aucun loyer, il est constant que celle-ci n'était pas propriétaire des locaux loués, de sorte que de tels revenus ne peuvent, en tout état de cause, pas constituer des revenus fonciers.

En ce qui concerne les revenus de capitaux mobiliers,

11. Pour contester les impositions en cause, les requérants se bornent à invoquer " les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de la procédure concernant la société Lutecimmo ". Toutefois, en l'absence de production des éléments relatifs à cette procédure à l'appui de leurs écritures, ils n'assortissent pas ce moyen des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant et en tout état de cause, la requête présentée par cette société a été rejetée par jugement n° 1717509/2-2 du tribunal administratif de Paris en date du 2 mai 2019, confirmé par ordonnance n° 19PA02128 de la cour administrative de Paris en date du 4 décembre suivant.

Sur les pénalités :

12. N'étant contestée que pour les motifs précités qui ainsi qu'il a été dit précédemment doivent être écartés, la majoration de l'article 1728 du code général des impôts est justifiée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme D à fin de décharge des impositions supplémentaires mises à leur charge au titre des années 2012 et 2013 doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à bénéficier du sursis de paiement :

14. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent donc privées d'objet.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B D et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ledamoisel, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé : P. MEYRIGNAC La présidente,

Signé : C. LEDAMOISEL

Le greffier,

Signé : G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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