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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2004104

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2004104

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2004104
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 10 juin 2020, 8 novembre 2022 et 15 mai 2023, la société anonyme (SA) Ficap, représentée par Me Tournoud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge partielle des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 janvier 2013, à hauteur de la somme de 116 907 euros, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 400 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le rappel de taxe sur la valeur ajoutée correspondant à l'inscription au crédit du compte " TVA à régulariser " d'une somme de 158 067 euros à la clôture de l'exercice 2013 doit être limité à la somme de 41 160 euros ;

- l'administration fiscale ne pouvait rappeler la taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de la somme de 116 907 euros, laquelle est afférente à des prestations de services pour lesquelles ni le fait générateur ni l'exigibilité de la taxe ne sont intervenus au cours de l'année 2013 ;

- l'encaissement du prix de ces prestations est intervenu postérieurement à 2013 ;

- la seule mention " TVA sur les débits " figurant sur les factures qu'elle a émises ne permet pas de la faire regarder comme ayant régulièrement formulé une option de paiement de la taxe sur la valeur ajoutée d'après les débits, prévue par les dispositions de l'article 77 de l'annexe III du code général des impôts, alors que le service ne produit pas sa déclaration écrite auprès du service des impôts permettant de démontrer qu'elle aurait exercé une telle option ;

- en conséquence, l'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée relative à ses prestations de services devait coïncider avec ses encaissements.

Par des mémoires en défense enregistrés les 17 novembre 2020, 13 décembre 2022 et 31 mai 2023, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens soulevés par la société Ficap ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Daële ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

La société Ficap a produit une note en délibéré, enregistrée le 7 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La société Ficap, qui exerce notamment une activité de fabrication et de vente de convoyeurs industriels, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2013. Par une proposition de rectification du 12 juillet 2016, l'administration fiscale lui a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2013. Le service a partiellement maintenu les rectifications envisagées en réponse aux observations présentées par la société le 16 septembre 2016. La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a émis, le 10 mai 2019, un avis favorable au maintien des rectifications envisagées et les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 18 novembre 2019. La réclamation d'assiette présentée par la société le 6 janvier 2020 a été rejetée par l'administration fiscale par une décision du 5 juin 2020. Par la requête susvisée, la société Ficap demande au tribunal de prononcer la décharge partielle, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 janvier 2013, à hauteur de la somme de 116 907 euros.

2. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel () ". Aux termes de l'article 269 du code général des impôts, relatif à l'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée : " () / 2. La taxe est exigible : () / c) Pour les prestations de services, lors de l'encaissement des acomptes, du prix de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. / () ". Aux termes de l'article 77 de l'annexe III au code général des impôts : " 1. Les redevables qui effectuent des opérations passibles de la taxe sur la valeur ajoutée lors de l'encaissement du prix ou de la rémunération et qui entendent acquitter cette taxe d'après les débits doivent en faire la déclaration écrite auprès du service des impôts dont ils relèvent pour son paiement. / () elle demeure valable tant que les redevables n'expriment pas, par demande écrite, leur désir de revenir au régime du paiement d'après les encaissements ".

3. En application de ces dispositions, la taxe devient exigible lors de l'encaissement du prix des prestations de services, ou, sur option du redevable, d'après les débits. Un prestataire de services qui indique sur les factures qu'il émet la taxe sur la valeur ajoutée acquittée sur les débits, indication qui donne naissance au droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée facturée, ne peut se prévaloir du fait qu'il relève légalement du régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur les encaissements même s'il n'a pas opté pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée d'après les débits.

4. Lorsqu'il est saisi, postérieurement à la clôture de l'instruction et au prononcé des conclusions du rapporteur public, d'une note en délibéré émanant d'une des parties à l'instance, il appartient dans tous les cas au juge administratif d'en prendre connaissance avant la séance au cours de laquelle sera rendue la décision. S'il a toujours la faculté, dans l'intérêt d'une bonne justice, de rouvrir l'instruction et de soumettre au débat contradictoire les éléments contenus dans la note en délibéré, il n'est tenu de le faire à peine d'irrégularité de sa décision que si cette note contient soit l'exposé d'une circonstance de fait dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et que le juge ne pourrait ignorer sans fonder sa décision sur des faits matériellement inexacts, soit d'une circonstance de droit nouvelle ou que le juge devrait relever d'office.

5. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a constaté, lors des opérations de contrôle, que le compte " TVA à régulariser " de la société Ficap présentait, à la clôture de l'exercice 2013, un solde créditeur de 158 066,61 euros, sans que la société ne déclare la taxe sur la valeur ajoutée collectée ainsi comptabilisée. Après avoir constaté que les factures émises par la société requérante portaient la mention " TVA sur les débits ", le service a estimé que la taxe sur la valeur ajoutée exigible était celle constatée à la date de ces débits (facturations) et a ainsi constaté une insuffisance de déclaration de la taxe sur la valeur ajoutée collectée. Si la société requérante soutient qu'elle n'a pas exercé d'option pour le paiement sur les débits et que, par suite, l'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée relative à ses prestations de services doit coïncider avec ses encaissements, qui ne sont pas intervenus en 2013, elle ne conteste pas, avant la clôture de l'instruction, avoir mentionné sur les factures adressées à ses clients que la taxe était acquittée d'après les débits, ce qui a eu pour effet de rendre la taxe sur la valeur ajoutée exigible à la facturation en même temps qu'elle a permis à ses clients de la déduire à cette date, alors même qu'elle n'aurait pas expressément formulé d'option auprès du service des impôts lui permettant d'acquitter la taxe d'après ses débits. Par ailleurs, la circonstance qu'elle a régularisé postérieurement à la période d'imposition en litige les montants dus dans sa déclaration postérieure, modèle CA3, de juin 2014, est sans incidence sur la détermination de la taxe due au titre de celle-ci. Dans ces conditions, le rappel de taxe sur la valeur ajoutée est fondé à hauteur de la somme contestée de 116 907 euros.

6. Il résulte de ce qui précède que la société Ficap n'est pas fondée à demander la décharge partielle des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2013, ainsi que des pénalités correspondantes. Doivent être également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Ficap est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Ficap et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

Signé : M. VAN DAËLE

La présidente,

Signé : I. BILLANDON

Le greffier,

Signé : G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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