jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2004491 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CALLON AVOCAT & CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 juin 2020, Mme E D, représentée par la Selarl Callon Avocat et Conseil, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 octobre 2019 par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a rejeté sa demande d'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 29 juin 2018, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) de la renvoyer devant le département du Val-de-Marne afin qu'il soit de nouveau statué sur sa demande d'imputabilité au service dans le délai de trois mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du département du Val-de-Marne la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée en fait ;
- l'accident dont elle a été victime étant survenu sur le lieu de travail et pendant le temps de service, il est incontestablement imputable au service ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions applicables à sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2020, le département du
Val-de-Marne, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il y a lieu de substituer d'office à l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du
13 juillet 1983 sur lequel sont fondées la décision du 14 octobre 2019 de la directrice adjointe des ressources humaines du département du Val-de-Marne et la décision implicite de rejet du recours gracieux du 13 décembre 2019, les dispositions de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, seules en vigueur au 5 juillet 2018, date de la déclaration d'accident dont se prévaut Mme D.
Par une ordonnance du 18 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
31 mars 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- l'ordonnance n° 53-2017 du 19 janvier 2017 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, adjointe territoriale administrative principale de seconde classe, exerce ses fonctions au musée d'art contemporain du Val-de-Marne en qualité d'agent d'accueil, chargée de la billetterie. Le 29 juin 2018, elle a eu une altercation avec sa supérieure hiérarchique, à l'origine d'une " crise d'angoisse aigue et d'un mal être réel au travail ", au cours de laquelle celle-ci aurait exigé " de façon agressive et violente " qu'elle et ses collègues changent de poste " sous menace de rapport ". Les sapeurs-pompiers qui sont intervenus, le jour même, pour la prendre en charge l'ont dirigée vers les urgences du centre hospitalier universitaire de Bicêtre. Mme D a été placée en arrêt de travail à compter du 2 juillet 2018, prolongé jusqu'au
24 juillet 2018. Le 5 juillet 2018, elle a renseigné une déclaration d'accident de service / travail, qu'elle a transmise à la responsable administrative et financière du musée, qui l'a signée le
10 juillet 2018. Le 20 juillet 2018, le médecin, que Mme D a consulté, a établi le certificat médical initial d'accident de travail et constaté un " syndrome anxio-dépressif réactionnel ". La commission de réforme, réunie le 23 septembre 2019, a émis un avis défavorable à la reconnaissance de cet évènement comme un accident de service. Par une décision du 14 octobre 2019, le président du conseil départemental du Val-de-Marne a décidé de ne pas reconnaître l'imputabilité au service de l'accident déclaré par Mme D. Par la présente requête, la requérante demande l'annulation de cette décision, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'alinéa 4 de l'article L. 3221-3 du code général des collectivités territoriales : " Le président du conseil départemental est le chef des services du département. Il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, donner délégation de signature en toute matière aux responsables desdits services ". Mme C B, directrice adjointe des ressources humaines, signataire de la décision attaquée du 14 octobre 2019, bénéficiait, en vertu des arrêtés du 9 juillet 2015 et du 5 juillet 2017, publiés au recueil des actes administratifs du département respectivement les 20 juillet 2015 et 20 juillet 2017, d'une délégation à l'effet de signer l'ensemble des actes relatifs au personnel au nombre desquels figurent ceux relatifs aux accidents du travail. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'acte, qui manque en fait, ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un accident déclaré par un agent doit être regardée comme " refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ", au sens du 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, et est ainsi au nombre des décisions qui, en application de cet article, doivent être motivées.
4. En l'espèce, la décision contestée mentionne les différentes étapes de la procédure, le rapport du médecin agréé, le rapport hiérarchique, l'avis émis par la commission de réforme le 23 septembre 2019 et précise les motifs à raison desquels le président du conseil départemental du Val-de-Marne a décidé, conformément à l'avis de la commission de réforme, de ne pas reconnaître l'imputabilité au service de l'accident déclaré par Mme D. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait de la décision critiquée du 14 octobre 2019, qui ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " (). / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service / () ".
6. Les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, créé par l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique et instituant un congé pour invalidité temporaire imputable au service ne sont entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 12 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique. Or, en tout état de cause, à la date du 5 juillet 2018, date à laquelle Mme D a déclaré auprès de son administration l'accident dont elle se prévaut, ainsi que cela ressort des pièces du dossier, soit antérieurement à l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019, aucune disposition ne rendait applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 instituant une présomption d'imputabilité au service de tout accident survenu dans le temps et le lieu du service.
7. Il en résulte que les dispositions applicables au présent litige sont celles de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, aux termes desquelles : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / ; 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident (). Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. / () ". Constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent. Il appartient au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel évènement, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.
8. En l'espèce, Mme D soutient que l'état de stress post-traumatique dont elle souffre résulterait de l'altercation survenue sur son lieu de travail et pendant le temps de service, qui l'aurait opposée à sa supérieure hiérarchique au sujet de ses conditions de travail. Ainsi qu'il a été dit au point 1. du présent jugement, Mme D a eu une altercation avec sa supérieure hiérarchique, à l'origine d'une " crise d'angoisse aigue et d'un mal être réel au travail ", au cours de laquelle celle-ci aurait exigé " de façon agressive et violente " qu'elle et ses collègues changent de poste " sous menace de rapport ". Les sapeurs-pompiers qui sont intervenus, le jour même, pour la prendre en charge l'ont dirigée vers les urgences du centre hospitalier universitaire de Bicêtre. Le médecin qu'elle a consulté, le 2 juillet 2018, l'a placée en arrêt de travail à compter du 2 juillet 2018, prolongé jusqu'au 24 juillet 2018. Le 5 juillet 2018, Mme D a renseigné une déclaration d'accident de service / travail, qu'elle a transmise à la responsable administrative et financière du musée, qui l'a signée le 10 juillet 2018. Le 20 juillet 2018, le médecin que
Mme D a initialement consulté a établi le certificat médical initial d'accident de travail et constaté un " syndrome anxio-dépressif réactionnel ". Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la supérieure hiérarchique de Mme D aurait, au cours de l'échange qui les a opposé le 29 juin 2018, eu des propos et adopté un comportement qui auraient excédé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique en lui demandant, ainsi que le prévoit sa fiche de poste, de venir renforcer les effectifs du service en raison de circonstances particulières tirées de l'absence de plusieurs collègues. Par ailleurs, en se bornant à alléguer que l'accident dont elle estime être victime trouve son origine dans un nouvel incident avec sa supérieure hiérarchique,
Mme D n'apporte aucun élément à l'appui de son allégation de nature à expliciter les conditions de survenance de cet accident. Dans ces conditions, la requérante n'apporte aucun élément de nature à démontrer un événement soudain et violent susceptible de caractériser un accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur elle. Dans ces conditions et compte tenu de l'avis défavorable émis par la commission de réforme, réunie le 23 septembre 2019, le président du conseil départemental du Val-de-Marne a pu refuser de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident invoqué par Mme D.
9. Compte tenu des considérations ainsi énoncées, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le président du conseil départemental du Val-de-Marne aurait entaché la décision critiquée d'erreur d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du
14 octobre 2019 par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a rejeté sa demande d'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 29 juin 2018, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme D, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Val-de-Marne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme D demande sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au président du conseil départemental du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
Le rapporteur,
F. A
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026