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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005251

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005251

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP SAIDJI & MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 juillet 2020 et 19 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Moreau, demande au tribunal:

1°) d'annuler la décision du 15 avril 2020 par laquelle le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a rejeté sa demande de mutation et la décision du 18 juin 2020 rejetant son recours gracieux contre la décision du 15 avril 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation de réexaminer sa demande de mutation pour rapprochement de conjoint dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat ( ministère de l'éducation nationale ) une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 18 juin 2020 rejetant son recours gracieux a été prise par une autorité incompétente;

- le refus de mutation est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le ministère de l'éducation nationale a ajouté une condition à la loi en accordant une priorité à un fonctionnaire sollicitant sa réintégration après un détachement sur un autre poste que celui qu'il occupait antérieurement et qu'il n'est pas justifié que ce fonctionnaire ait sollicité son affectation au sein de l'académie de Montpellier;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le ministre a attribué un poste à un agent ne bénéficiant pas d'une priorité légale;

- il est entaché d'une erreur de droit en refusant de mettre en œuvre la priorité légale dont elle bénéficie au titre du rapprochement de conjoint au motif que l'affectation professionnelle de celui-ci était future et que son dernier avis d'imposition du couple mentionne une adresse commune.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2022, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 février 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourdin,

- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, inspectrice d'académie-inspectrice pédagogique régionale depuis le 1er août 2017 affectée au rectorat de l'académie de Créteil, a demandé, le 12 février 2020, sa mutation au sein de l'académie de Montpellier au titre du rapprochement de conjoint. Par décision du 15 avril 2020, le ministre en charge de l'éducation nationale et de la jeunesse a rejeté sa demande. Par décision du 18 juin 2020, la même autorité a rejeté le recours gracieux qu'elle avait formé le 17 avril 2020 contre le refus de mutation du 15 avril 2020. Mme B demande l'annulation de la décision du 15 avril 2020, ensemble la décision de rejet rendue le 18 juin 2020 sur son recours gracieux.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. En premier lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir des vices propres entachant la décision du 18 juin 2020 rejetant son recours gracieux formé contre le refus de mutation du 15 avril 2020. En tout état de cause, Mme C D, signataire de la décision du 18 juin 2020 est cheffe du service de l'encadrement, adjointe à la directrice des ressources humaines du ministère de l'éducation nationale, a été nommée par un arrêté du 4 juillet 2017 régulièrement publié au Journal officiel de la République française n° 157 du 6 juillet suivant et reconduite dans ses mêmes fonctions par arrêté du 29 juin 2018, publié au Journal officiel de la République française n°0150 du 1er juillet 2018. En vertu de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, elle dispose d'une délégation à l'effet de signer, au nom du ministre, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Le service de l'encadrement regroupe deux sous-directions, dont celle de la gestion des carrières des personnels d'encadrement, chargée de la gestion individualisée des personnels d'inspection, de direction et des personnels d'encadrement supérieur selon les articles 4 et 6 de l'arrêté du 17 février 2014 fixant l'organisation de l'administration centrale des ministères de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur et de la recherche. Dès lors, le moyen tiré de ce que le rapport de saisine du conseil de discipline a été signé par une autorité incompétente ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part aux termes du quatrième alinéa de l'article 22 du décret n°85-986 du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions, à l'issue de son détachement : " () Le fonctionnaire a priorité, dans le respect des règles fixées aux deux derniers alinéas de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, pour être affecté au poste qu'il occupait avant son détachement. () "

4. D'autre part, aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 visée ci-dessus, dans sa rédaction alors en vigueur : " I. - L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. / II. - Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées à l'article 62 bis, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée : / 1° Au fonctionnaire séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles, ainsi qu'au fonctionnaire séparé pour des raisons professionnelles du partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité s'il produit la preuve qu'ils se soumettent à l'obligation d'imposition commune prévue par le code général des impôts ; / () / / IV. - Les décisions de mutation tiennent compte, dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat, des lignes directrices de gestion en matière de mobilité prévues à l'article 18 de la présente loi. ".

5. Il résulte de ces dispositions que, lorsque dans le cadre d'un mouvement de mutation, un poste a été déclaré vacant, alors que des agents se sont portés candidats dans le cadre de ce mouvement, l'administration doit procéder à la comparaison des candidatures dont elle est saisie en fonction, d'une part, de l'intérêt du service et d'autre part, si celle-ci est invoquée, de la situation de famille des intéressés, appréciée compte tenu des priorités fixées par les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984. L'administration doit également tenir compte de l'ancienneté dans le corps, de l'expérience professionnelle et du grade des candidats ainsi que des caractéristiques du poste à pourvoir. Le juge exerce un contrôle restreint sur le refus d'une administration de faire droit à une demande de mutation d'un agent public.

6. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de la décision du 18 juin 2020 que l'académie de Montpellier disposait de deux postes vacants IA-IPR et sur l'un desquels l'administration a procédé la mutation d'un inspecteur à l'issue de son détachement. D'une part, il est constant également que celui-ci ne pouvait bénéficier de la priorité instituée par l'article 22 du décret du précité dès lors que cette mutation n'a pas porté sur le poste qu'il occupait avant son détachement. Ce n'est d'ailleurs pas le motif ayant fondé la décision du ministre en charge de l'éducation nationale, le ministre s'étant contenté dans sa décision du 18 juin 2020 d'informer Mme B qu'un poste avait été pourvu par un agent réintégré. Il ne s'est donc pas fondé sur l'existence d'une priorité dont bénéficierait celui-ci. Dès lors l'erreur de droit résultant de la priorité accordée à la réintégration d'un fonctionnaire en détachement sur un poste qui n'était pas celui qu'il occupait avant son détachement n'est pas établie. D'autre part, pour justifier son choix d'affectation, le ministre a précisé que le fonctionnaire réintégré justifiait d'une situation personnelle particulière en tant que père d'un enfant lourdement handicapé limitant sa mobilité géographique. La circonstance que ce fonctionnaire n'ait pas émis le souhait d'être affecté dans l'académie de Montpellier est indifférente dès lors qu'à la différence des candidats à la mutation, il n'était pas tenu de formuler une demande et devait, en tout état de cause, être affecté sur un poste. En l'absence de poste dans l'académie de sa résidence, l'administration qui devait notamment apprécier la situation familiale de chacun des candidats, a proposé à ce fonctionnaire une affectation la plus proche de sa résidence. Mme B, qui n'invoque ni dans sa demande de mutation ni dans son recours gracieux aucune autre circonstance personnelle que celle relative au rapprochement de conjoint, ne justifie pas que le ministre aurait dû privilégier sa situation familiale par rapport à celle d'un agent parent d'un enfant autiste. Il s'ensuit que l'administration n'a pas commis d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation sur la situation familiale des deux candidats.

7. En troisième lieu, s'agissant du second fonctionnaire affecté dans l'académie de Montpellier au titre du mouvement annuel de 2020, Mme B soutient que le ministre a commis une erreur en nommant un fonctionnaire ni marié, ni pacsé alors qu'elle-même bénéficiait d'une priorité légale. Dans sa décision de rejet du 18 juin 2020, le ministre en charge de l'éducation nationale a explicité les motifs de sa décision du 15 avril 2020 en indiquant que les deux postes à pourvoir avaient été attribués à un inspecteur bénéficiant d'une priorité ainsi qu'un inspecteur réintégré dans le corps des IA-IPR. S'il n'est pas contesté ainsi qu'il a été dit précédemment que l'un des postes a été attribué à un inspecteur à l'issue de son détachement, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le deuxième poste aurait été attribué à un inspecteur bénéficiant d'une priorité légale. Dans son mémoire en défense, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse sollicite une substitution de motif en retenant que l'un des postes a été attribué à une autre inspectrice au regard de l'intérêt du service.

8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. En l'espèce, le ministre expose que si Mme B et l'inspectrice nommée disposaient d'une même ancienneté dans les fonctions d'IA-IPR et d'un parcours professionnel équivalent dans la diversité des fonctions qu'elles ont occupées, l'inspectrice mutée bénéficiait toutefois d'une connaissance étendue des exigences de l'académie de Montpellier pour y avoir exercé l'essentiel de sa carrière en qualité d'institutrice de 1984 à 1993, de professeure certifiée de 1993 à 2008 et de personnel de direction de l'établissement d'enseignement et de formation de 2008 à 2017. S'il ne fournit aucune pièce en justifiant, Mme B ne conteste pas de manière précise la matérialité des faits, qui est exposée de manière suffisamment circonstanciée pour être tenue pour établie. En outre, la bonne connaissance de son académie par un inspecteur pédagogique régional constitue un atout précieux conforme à l'intérêt du service, sans que la requérante en se bornant à faire état de sa propre expérience ne remette en cause l'appréciation de l'intérêt du service par l'administration. Ainsi, alors qu'il résulte des dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 précité que l'intérêt du service doit primer, le motif invoqué par l'administration dans son mémoire en défense auquel la requérante a pu répliquer, n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation ou d'erreur de droit, de nature à justifier la décision attaquée, quand bien même Mme B justifie d'une priorité légale. Il résulte de l'instruction que le ministre aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif et que cette substitution ne prive pas la requérante d'une garantie procédurale liée au motif substitué, étant observé que la consultation obligatoire de la commission mixte paritaire a été supprimée.

10. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante les motifs relatifs à l'affectation future de son conjoint et à la mention d'une résidence commune dans le dernier avis d'imposition, qui figurent dans un courriel informel qui lui a été adressé le 17 avril 2020 par le recteur de l'académie de Créteil, autorité subordonnée à l'auteur de la décision et qui n'ont pas ensuite été repris par le ministre, ne peuvent être regardés comme révélant les motifs de la décision attaquée. Par suite, ils ne peuvent utilement être invoqués à l'encontre dans la décision du ministre de l'éducation nationale ayant refusé de faire droit à la demande de mutation de Mme B.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : la requête de Mme B est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

S. BOURDIN

Le président,

S. DEWAILLY La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

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