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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005510

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005510

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005510
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantREYNOLDS FLORA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2001179 du 22 juillet 2020, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Caen a renvoyé au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête de M. A B.

Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Caen le 2 juillet 2020 et au greffe du tribunal administratif de Melun le 22 juillet 2020 sous le n° 2005510, M. B, représenté par Me Reynolds, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2020 en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte temporaire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du préfet de Seine-et-Marne la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de fait ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité entachant la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2020, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

5 septembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoire du 23 septembre 2006 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais, né le 5 avril 1989, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 14 mai 2020, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit d'office. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. B soutient que le préfet de Seine-et-Marne a entaché la décision portant refus de renouveler son titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré régulièrement en France le 11 août 2013 et y réside depuis cette date sans discontinuité. Ses parents, qui bénéficient de la protection subsidiaire, résident sur le territoire français avec leurs deux autres enfants mineurs, nés en France. A l'appui de son argumentation M. B produit plusieurs documents de nature à attester d'une communauté de vie avec une ressortissante de nationalité française avec laquelle il a déclaré en mairie une union libre depuis le 21 juin 2018 ainsi que cela ressort de l'attestation sur l'honneur établie le 15 juillet 2019. Il a, depuis le

11 mars 2020, conclu un pacte civil de solidarité avec sa compagne. Il produit, en outre, des attestations par lesquelles tant les membres de sa famille que celles de sa compagne attestent de la stabilité de leur relation ainsi que des liens affectifs qui les unissent. Il suit de là que, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. B est fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne a entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés par le requérant, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 mai 2020 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour et par voie de conséquence, la décision du même jour l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Compte tenu du motif d'annulation retenu, le présent jugement implique, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, qu'il soit enjoint au préfet de

Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B un titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne), une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 mai 2020 en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B un titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

M. Delmas, premier conseiller,

Mme Réchard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

S. C

L'assesseur le plus ancien,

S. DELMASLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2005510

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