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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005885

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005885

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBERTRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 août 2020, 10 novembre 2020 et 5 mai 2021, M. A B, représenté par Me Lalanne, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté n° CU.077.521.20.00031 du 2 juillet 2020 par lequel le maire de Villiers-sur-Morin lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif sur la création d'un lot à bâtir sur un terrain situé 12 bis Côte de Dainville ;

2°) d'enjoindre au maire de Villiers-sur-Morin de lui délivrer un certificat d'urbanisme positif ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villiers-sur-Morin une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle contient une motivation par référence et qu'il ne disposait pas du ministère d'avocat lors de l'introduction de sa requête ;

- les dispositions de l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme ne pouvaient pas être appliquées au projet dès lors que le terrain d'assiette du projet ne dispose d'aucune façade à l'alignement ; en tout état de cause, si cet article était néanmoins applicable, ses dispositions seraient applicables uniquement sur la largeur de l'accès donnant sur la voie publique et non sur le reste de la parcelle située en cœur d'îlot ; ainsi, il existe une bande de constructibilité située dans la continuité de l'accès donnant sur l'alignement ;

- les dispositions de l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme sont illégales dès lors qu'elles porteraient une atteinte excessive au droit de construire, attribut du droit de propriété alors que la parcelle se situe en zone urbaine, que seule une bande d'une trentaine de mètres de profondeur sur une largeur de 5 mètres serait constructible et que le rapport de présentation justifie la règle en cause par la volonté de favoriser la densification du tissu urbain tout en prenant en compte la spécificité du coteau et la problématique des accès aux unités foncières.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 décembre 2020 et 14 octobre 2021, la commune de Villiers-sur-Morin, représentée par Me Bertrand, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant n'a pas exposé de faits, ni de moyens fondés en droit, ni de conclusions lors de l'introduction de sa requête ; en outre, le mémoire complémentaire enregistré le 10 novembre 2020 est tardif car il a été enregistré trois mois après l'enregistrement de la requête et quatre mois après la notification de la décision attaquée ;

- aucun moyen de légalité externe n'est soulevé ;

- les dispositions de l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme sont bien opposables au projet ; au surplus, les dispositions de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme ne prévoient pas de règle d'implantation différente ;

- le rapport de présentation peut servir à l'interprétation des dispositions du plan local d'urbanisme ; or, les auteurs du plan local d'urbanisme ont manifesté une volonté non équivoque de préserver le tissu urbain, notamment de la zone UC ; ainsi, le cœur d'îlot de la parcelle litigieuse ne peut accueillir de construction nouvelle ;

- la bande de constructibilité doit être calculée à partir de la voie départementale ;

- le projet est en contradiction manifeste avec les dispositions de l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- les dispositions de l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme sont légales dès lors que les auteurs du plan local d'urbanisme ont souhaité favoriser, comme il leur était loisible de le faire, la préservation des espaces boisés et du tissu urbain de la commune.

Par une lettre du 7 septembre 2021, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 15 octobre 2021 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 4 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- les observations de Me Toihiri, substituant Me Lalanne, représentant le requérant,

- et les observations de Me Bertrand, représentant la commune de Villiers-sur-Morin.

Considérant ce qui suit :

1. Le requérant est propriétaire d'une parcelle cadastrée section AC n° 386 située au 12 bis Côte de Dainville à Villiers-sur-Morin. Le 12 mai 2020, il a sollicité du maire de Villiers-sur-Morin la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel indiquant, en application du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, que son terrain peut être utilisé pour la réalisation d'une opération consistant en la création d'un lot à bâtir destiné à recevoir une construction à usage d'habitation, dont l'accès se ferait depuis la voie départementale située au sud dénommée " la Côte de Dainville ". Par un arrêté n° CU.077.521.20.00031 du 2 juillet 2020, le maire de Villiers-sur-Morin a délivré un certificat d'urbanisme négatif. Par le présent recours, le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques dans la zone UB : " 6.1 Les constructions nouvelles devront être implantées dans une bande de 30 mètres de profondeur, maximum définie à partir de l'alignement des voies publique et privées. / 6.2 Les constructions nouvelles devront être implantées soit : / à l'alignement des voies et emprises publiques, / avec un retrait minimum de 2 mètres des voies et emprises publiques. / 6.3 Seules les annexes et les extensions des constructions existantes à la date d'approbation du présent PLU, peuvent être implantées au-delà de la bande de 30 mètres de profondeur, maximum définie à partir de l'alignement des voies publiques et privées. 6.4 Dans le cas d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur un même terrain, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance, les règles édictées par le plan local d'urbanisme sont appréciées au regard de chaque nouvelle parcelle, par dérogation aux dispositions de l'article R123-10-1 du code de l'urbanisme ". Aux termes de l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques dans la zone UC : " 6.1 Les constructions nouvelles devront être implantées dans une bande de 30 mètres de profondeur maximum définie à partir de l'alignement des voies privées et publiques et emprises publiques. / 6.2 Seules les annexes peuvent être implantées au-delà de la bande de 30 mètres de profondeur, maximum définie à partir de l'alignement des voies et emprises publiques. / 6.3 Les constructions nouvelles devront être implantées avec un retrait minimum de 5 mètres des voies et emprises publiques. () / 6.5 Dans le cas d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur un même terrain, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance, les règles édictées par le plan local d'urbanisme sont appréciées au regard de chaque nouvelle parcelle, par dérogation aux dispositions de l'article R123-10-1 du code de l'urbanisme ". Il résulte de ces dispositions qu'en secteurs UB et UC, les constructions nouvelles doivent en principe être implantées dans une bande de 30 mètres de profondeur définie à partir de l'alignement des voies privées et publiques et emprises publiques.

3. Tout d'abord, si le requérant soutient que ces dispositions ne sont pas applicables à son terrain, qui est situé en second rideau par rapport à la voie publique, d'une part, le règlement du plan local d'urbanisme ne comporte aucune disposition en ce sens, d'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport de présentation du plan local d'urbanisme, que les auteurs du plan local d'urbanisme, comme il leur était loisible de le faire, ont souhaité préserver le tissu urbain dispersé de la zone UC, situé en cœur d'îlot, à flanc de coteau et que cet objectif a été repris par le projet d'aménagement et de développement durables qui prévoit que le tissu urbain doit être développer en cohérence avec les spécificités du territoire et en préservant les espaces naturels et les espaces boisés. Ainsi, il ressort de ces documents que les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme ont notamment pour objet de préserver le tissu urbain dispersé des zones considérées et la faible urbanisation des cœurs d'îlot. Il en résulte qu'elles s'appliquent à toutes les constructions nouvelles, y compris à celles implantées sur les parcelles situées en retrait des voies publiques ou privées. Le moyen tiré de ce que les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme ne sont pas applicables au projet litigieux doit donc être écarté.

4. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux s'implante sur un terrain situé en retrait de la route départementale Côte de Dainville à laquelle il est relié par une bande de terrain de 29 mètres de longueur et de 5 mètres de largeur. Il est constant que la bande de terrain d'assiette du projet est située en zone UB et que le fond de parcelle litigieux est situé en zone UC du règlement du plan local d'urbanisme. Il en résulte que la construction projetée s'implanterait au-delà de la bande de terrain de 29 mètres et, par suite, également au-delà de la bande de constructibilité de 30 mètres de profondeur. Enfin, la circonstance, au demeurant non établie, que des propriétés alentours disposeraient de la même implantation est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, en délivrant un certificat d'urbanisme négatif le maire de Villiers-sur-Morin n'a commis aucune erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres ". Aux termes de l'article L. 151-23 du même code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. / Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent ". L'un et l'autre de ces articles permettent au règlement d'un plan local d'urbanisme d'édicter des dispositions visant à protéger, mettre en valeur ou requalifier un élément du paysage dont l'intérêt le justifie. Des limites au droit à construire ne peuvent être imposées que s'il s'agit du seul moyen permettant d'atteindre l'objectif poursuivi.

6. Si un certificat d'urbanisme ne constitue pas un acte d'application de la réglementation d'urbanisme en vigueur, le moyen tiré de ce que le certificat d'urbanisme opérationnel négatif opposé au requérant serait illégal en raison de l'illégalité affectant les dispositions de l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Villiers-sur-Morin est opérant dès lors le requérant fait valoir que ce certificat méconnaît les dispositions d'urbanisme précitées. Pour démontrer l'illégalité de cette disposition, laquelle impose que les nouvelles constructions s'implantent dans une bande de 30 mètres de profondeur maximum définie à partir de l'alignement des voies privées et publiques et emprises publiques, le requérant soutient qu'elle institue une limitation excessive du droit des propriétaires des terrains à disposer de leurs biens car elle rend inconstructible le fond de parcelle situé en cœur d'îlot en zone urbaine alors que le projet de construction n'est pas visible depuis l'espace public, qu'il existe des constructions en second rang et que les auteurs du plan local d'urbanisme ont souhaité densifié le tissu urbain. Toutefois, cette disposition a institué une simple prescription relative à l'utilisation des sols et non une limitation du droit des propriétaires des terrains à disposer de leurs biens. Ainsi, elle ne porte pas une atteinte excessive au droit de propriété. En tout état de cause, ainsi qu'il a été exposé au point 3, les auteurs du plan local d'urbanisme ont souhaité préserver le tissu urbain dispersé de la zone UC, situé en cœur d'îlot, à flanc de coteau, développer le tissu urbain en cohérence avec les spécificités du territoire et préserver les espaces naturels et protéger les espaces boisés. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité des dispositions de l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que le requérant n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2020 par lequel le maire de Villiers-sur-Morin lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villiers-sur-Morin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du requérant une somme de 1 500 euros au bénéfice de la commune de Villiers-sur-Morin.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera la somme de 1 500 euros à la commune de Villiers-sur-Morin sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Villiers-sur-Morin.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Jeannot, première conseillère,

Mme Blanc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

La rapporteure,

F. CLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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