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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2006693

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2006693

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2006693
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantLE CORRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 août 2020 et 5 mars 2023, Mme C née A, représentée par Me C, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 24 août 2020 du ministre de l'intérieur et des outre-mer lui refusant le versement de la somme totale de 107 329,41 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subi ;

2°) de condamner le ministre de l'intérieur et des outre-mer à lui verser la somme totale de 107 329,41 euros, au titre des préjudices qu'elle estime avoir subi, assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 avril 2020 ;

3°) de mettre à la charge du ministre de l'intérieur et des outre-mer une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la responsabilité de l'administration :

- l'administration a commis une faute en s'abstenant de prendre les mesures destinées à faire cesser des faits de harcèlement moral et de discrimination ;

- l'administration a commis une faute en s'abstenant de mettre en œuvre son obligation de sécurité et de résultat.

En ce qui concerne les préjudices :

- elle a subi un préjudice patrimonial, économique et financier d'un montant de 5 776,47 euros ;

- elle a subi un préjudice résultant de troubles dans ses conditions d'existence d'un montant de 11 552,94 euros ;

- elle a subi un préjudice résultant de son déficit fonctionnel permanent d'un montant de 20 000 euros ;

- elle a subi un préjudice d'agrément d'un montant de 15 000 euros ;

- elle a subi un préjudice moral d'un montant de 20 000 euros ;

- elle a subi un préjudice lié au refus de l'effectivité de l'obligation de sécurité de résultat d'un montant de 20 000 euros ;

- elle a subi un préjudice sexuel d'un montant de 15 000 euros ;

- elle a subi un préjudice patrimonial, économique et financier d'un montant de 5 776,47 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 avril 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rehman-Fawcett,

- et les conclusions de M. Lacote, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C née A, a intégré les cadres de la fonction publique, à compter du 1er septembre 2001, en qualité d'adjointe administrative de la police nationale. A compter du mois de novembre 2006, elle a été affectée au ministère de la défense en qualité de secrétaire administrative de classe normale. En 2021, elle a été détachée dans le corps des secrétaires administratifs de l'intérieur et de l'outre-mer, en qualité de secrétaire administrative de classe normale. En 2013, elle a été intégrée dans ce corps. En 2015, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées lui a reconnu la qualité de travailleur handicapé pour une durée de 5 ans. A compter du 1er juin 2017, elle a été recrutée sur un poste de chef de l'unité des affaires générales au sein de la direction centrale du recrutement et de la formation de la police nationale (DCRFPN). Le 24 juillet 2019, elle a demandé à bénéficier de deux jours de télétravail, qui a été transmise au service juridique du ministère. Le 26 septembre 2019, elle a chuté sur son lieu de travail, chute qui n'a pas été reconnue comme un accident de service. A compter du 30 septembre 2020, elle a été placée en congé maladie. Le 1er janvier 2020, elle a été promue secrétaire administrative de classe supérieure. Le 31 mars 2020, elle a formulé une demande indemnitaire préalable sollicitant le versement d'un montant de 107 329,41 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subi pour des faits de harcèlement moral et de discrimination. Une décision implicite de rejet est née le 24 août 2020. Mme C née A demande au tribunal de condamner le ministre de l'intérieur et de l'outre-mer à lui verser la somme de 107 329,41 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi pour des faits de harcèlement moral et de discrimination.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de rejet de sa demande indemnitaire :

2. Cette décision de rejet a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme C née A qui, en formulant les conclusions analysées ci-dessus, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein-contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de rejet de sa demande indemnitaire ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la recherche de la responsabilité :

S'agissant des faits de discrimination à raison d'un handicap :

3. D'une part, aux termes de l'article 6 de la loi susvisée du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " La liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires. / Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. / Toutefois des distinctions peuvent être faites afin de tenir compte d'éventuelles inaptitudes physiques à exercer certaines fonctions () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 1er de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 modifiée : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement de () son état de santé, de sa perte d'autonomie, de son handicap, () / Constitue une discrimination indirecte une disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence, mais susceptible d'entraîner, pour l'un des motifs mentionnés au premier alinéa, un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d'autres personnes, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne soit objectivement justifié par un but légitime et que les moyens pour réaliser ce but ne soient nécessaires et appropriés. Enfin, l'article 4 de cette loi dispose que : " Toute personne qui s'estime victime d'une discrimination directe ou indirecte présente devant la juridiction compétente les faits qui permettent d'en présumer l'existence. Au vu de ces éléments, il appartient à la partie défenderesse de prouver que la mesure en cause est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. / Le fait que la victime ait seulement poursuivi l'objectif de démontrer l'existence d'un agissement ou d'une injonction discriminatoire n'exclut pas, en cas de préjudice causé à cette personne, la responsabilité de la partie défenderesse. ".

5. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à la valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Premièrement, la requérante soutient qu'elle a été victime de discrimination du fait notamment d'un refus de lui accorder une nouvelle bonification indiciaire (NBI), d'un refus de lui autoriser à suivre des formations, d'un refus de lui accorder une autorisation spéciale d'absence pour rendez-vous en milieu hospitalier, d'un refus d'octroi de deux jours de télétravail par semaine et d'une tentative de sanction déguisée par un reclassement dans un poste inférieur. Il résulte cependant de l'instruction, que la requérante a bénéficié d'une nouvelle bonification indiciaire à compter du 26 mars 2018, par un arrêté du 15 mai 2018. Si elle allègue qu'elle a essuyé un premier refus pour l'octroi de la NBI, et qu'elle a dû par la suite exercer un recours hiérarchique pour se voir verser cette bonification qui aurait dû avoir une portée rétroactive à compter de sa prise de poste, ayant obtenu gain de cause, ceci n'est pas suffisant pour faire présumer d'une situation de discrimination. De plus, si la requérante allègue, que sa supérieure hiérarchique lui a refusé l'accès à plusieurs formations en mars 2019, il résulte de ses propres écritures, qu'elle a pu suivre de nombreuses formations au cours l'année 2018, et que les formations sollicitées en 2019 portaient sur des matières informatiques, que sa supérieure hiérarchique pouvait refuser compte tenu de l'absence de lien direct avec les responsabilités de sa fiche de poste. De même, si la requérante allègue qu'elle aurait formulé une demande pour bénéficier d'une autorisation spéciale d'absence pour rendez-vous en milieu hospitalier, l'existence d'une telle demande ou le refus de l'administration de la lui accorder ne sont pas établis.

7. Deuxièmement, il résulte de l'instruction que la requérante a demandée, le 24 juillet 2019, à bénéficier de deux jours de télétravail par semaine, en conformité avec les préconisations du service médical de prévention. Par un courriel du 12 septembre 2019, l'administration lui a indiqué que le bénéfice du télétravail n'était pas compatible avec les fonctions managériales qu'elle exerçait dans son poste actuel. Si la requérante estime que ce refus constitue une mesure discriminatoire prise à son encontre, il résulte cependant de l'instruction que la requérante occupe une fonction de cheffe de l'unité des affaires générales, qui selon sa fiche de poste est un emploi de type " coordonnateur d'administration générale ", dans le cadre duquel, elle a notamment pour responsabilité l'encadrement et l'animation des équipes chargées de la gestion du courrier, des archives ainsi que les conducteurs de la direction. A ce titre, il lui appartenait dans ce groupe d'encadrer une équipe de dix agents, notamment secrétaires et adjoints administratifs et que ces responsabilités managériales représentaient 70 à 80 % de son activité professionnelle. Dans ces conditions, le refus de lui accorder deux jours de télétravail par semaine, ne permet pas de faire présumer l'existence d'une discrimination. De même, si la requérante soutient que l'administration, à la suite de ce refus de télétravail, lui a proposé des reclassements sur des postes comportant des responsabilités moindres, ce qui constituerait une sanction déguisée, il résulte de l'instruction que la requérante n'a jamais été contrainte d'accepter ces postes et que, dans le cadre d'une réorganisation des services, l'administration s'est en revanche efforcée de lui proposer un nouveau poste adapté à ses compétences professionnelles et aménagé pour correspondre aux préconisations de la médecine de prévention quant à son handicap. A cet égard, si la requérante allègue que la saisine du service juridique et du haut fonctionnaire au handicap concernant sa demande de télétravail est une mesure discriminatoire, une telle allégation n'est étayée par aucune pièce. De surcroît, la saisine d'instances tierces, bien que susceptible de prolonger le délai de réponse à la demande de l'intéressée, doit être regardée comme une garantie supplémentaire au bénéfice de la requérante, destinée à identifier un poste représentant une solution pérenne, conforme aux préconisations de la médecine de prévention et répondant aux attentes professionnelles de la requérante.

8. Troisièmement, l'administration fait valoir en défense que la requérante n'a pas été discriminée, puisqu'elle a été promue au grade de secrétaire administrative de classe supérieure le 1er décembre 2020, qu'elle a bénéficié du versement d'un complément indemnitaire annuel (CIA) et d'une prime de résultat exceptionnel ainsi que d'appréciations positives sur sa manière de servir dans ses comptes rendus d'entretien professionnel de 2018 et 2019. La requérante allègue pour sa part, que son CIA de 2019 serait inférieur de 50 euros à son CIA de 2018 et que la prime de résultat exceptionnel aurait été octroyée compte tenu de la qualité de ses relations avec la cheffe d'état-major. S'agissant de sa promotion au grade de secrétaire administrative de classe supérieure, la requérante allègue, sans l'établir, qu'elle aurait pu bénéficier une telle promotion antérieurement. De tels éléments ne sont pas de nature à faire présumer l'existence d'une discrimination.

9. Quatrièmement, si la requérante soutient que l'administration a refusé d'engager une médiation avec elle et le syndicat afin de remédier au défaut d'aménagement de ce poste, il résulte toutefois de l'instruction que l'administration a saisi le service juridique du ministère et le haut fonctionnaire au handicap alors que la requérante était en congé maladie afin d'identifier une solution et lui proposer un poste aménagé à son retour. Ce moyen ne saurait donc prospérer.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C née A n'est pas fondée à rechercher la responsabilité du ministère de l'intérieur et des outre-mer en raison de faits de discrimination.

S'agissant des faits de harcèlement moral :

11. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ".

12. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêt un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir commis de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui, le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime devant alors être intégralement réparé.

13. Mme C née A soutient qu'elle a été victime de harcèlement moral, dans la mesure notamment où elle a été contrainte dès décembre 2017 de signaler des dysfonctionnements dans son service, la codification référentielle des métiers de l'Etat de sa fiche de poste a été modifié dans une intention purement vexatoire, elle a été victime de pressions lors de son accident survenu le 26 septembre 2019, à la suite duquel sa supérieure hiérarchique lui a indiqué qu'elle était tenue déclarer son accident dans un délai de quarante-huit heures, l'administration a refusé de suivre les préconisations de la médecine de prévention, une contractuelle a été installée dans son bureau contre son gré, ses entretiens professionnels de 2018 et 2019 se sont prolongés pour des durées excessives et ont été éprouvants et elle n'a pas été informée par sa supérieure hiérarchique directe de son inscription au tableau d'avancement pour le grade de secrétaire administrative de classe supérieure pour l'année 2020.

14. Premièrement, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 20 décembre 2017 adressé à sa supérieure hiérarchique et à la cheffe d'état-major, la requérante a sollicité un entretien de soutien opérationnel à la suite de sept mois d'activité dans son service et y a fait état des dysfonctionnements dans son service, de son souhait de disposer d'une clé USB, de l'état d'avancement de la mise en œuvre de logiciel ou encore de l'arrivée d'une contractuelle dans son bureau en février 2018. S'il ressort à l'évidence de ce courrier qu'il existe des lacunes dans la communication et les directives au sein de la chaîne hiérarchique, ces faits ne sont pas, en tant que tels, de nature à faire présumer des agissements constitutifs de harcèlement moral. A cet égard, si la requérante soutient qu'elle était opposée à l'installation d'une contractuelle dans son bureau, il résulte du courrier précité, qu'elle a été informé de cette décision dès le mois de décembre 2017, et qu'en tout état de cause l'installation de cette contractuelle dans son bureau n'excède pas les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

15. Deuxièmement, si la requérante soutient que sa fiche de poste a été modifiée dans une intention vexatoire, il résulte toutefois de l'instruction que cette modification est consécutive aux demandes de la requérante pour bénéficier d'un changement de RIFSEEP qui corresponde au référentiel des métiers de l'Etat figurant sur sa fiche de poste. A cet égard, la cheffe d'état-major, avec qui la requérante, selon ses propres écritures, entretenait de bonnes relations, a refusé cette modification de RIFSEEP ce qui a conduit à la modification des codes figurant sur la fiche de poste de la requérante, afin que ces derniers correspondent au RIFSEEP perçu par la requérante. Dans ces circonstances, de tels éléments ne sont pas de nature à faire présumer une situation de harcèlement moral. De même, si la requérante soutient que ces deux entretiens professionnels de 2018 et 2019 ont tous deux été d'une durée excessive et, compte tenu de leur déroulement, constituent des agissements constitutifs d'un harcèlement moral, il résulte toutefois de la lecture de ces comptes rendus, qu'ils font état d'appréciations positives de la requérante. A ce titre, l'entretien au titre de l'année 2017, réalisé le 6 février 2018, évalue la manière de servir de la requérante de manière soit " satisfaisante " soit " très satisfaisante ", de même, les appréciations littérales soulignent que la requérante est " dynamique, intelligente et réactive ". Des appréciations de même nature sont portées pour l'entretien au titre de l'année 2018, réalisée le 26 mars 2019, et les appréciations littérales sont signées tant par la supérieure hiérarchique de la requérante que par la cheffe d'Etat-major du service. A la vérité, s'il résulte de l'instruction des difficultés d'ordre personnel entre la requérante et sa supérieure hiérarchique, notamment étayées par des témoignages d'une collègue de la requérante du 25 septembre 2019 et du 1er mars 2023, il résulte de ce qui précède que ces difficultés n'ont conduit ni à une dépréciation du travail de la requérante, ni à entraver sa progression de carrière. Par ailleurs, si la requérante allègue qu'un agissement constitutif d'un harcèlement moral est révélé par le fait que sa supérieure hiérarchique a choisi de ne pas l'informer de son inscription au tableau d'avancement de promotion au grade de secrétaire administrative de classe supérieure, une telle omission, au demeurant plutôt favorable à la requérante, est insuffisante pour être considérée comme un agissement constitutif d'un harcèlement moral.

16. Troisièmement, il résulte de l'instruction que la requérante a été victime d'une chute le 26 septembre 2019 sur son lieu de travail. Si la requérante allègue que le refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de cette chute par la commission de réforme est constitutif d'un harcèlement moral, une telle allégation n'est étayée par aucune pièce et doit par suite être écartée. De même, pour regrettable que soit l'information erronée transmise à la requérante par sa supérieure hiérarchique quant au délai de quarante-huit heures pour la déclaration d'un arrêt maladie, cette erreur n'est pas suffisante à elle seule pour faire présumer un agissement constitutif de harcèlement moral. Enfin, la décision de l'administration ne de pas accéder à la demande de télétravail de la requérante à l'issue de son congé maladie, ne peut être interprétée comme un refus d'aménagement de poste faisant présumer l'existence d'un harcèlement moral, d'une part parce que l'administration a fait le choix de transmettre la demande de télétravail de la requérante, qui était assortie de nombreuses citations de textes légaux règlementaires, au service juridique pour disposer de la solution la plus adéquate à la situation de l'intéressée, d'autre part parce que la demande de la requérante a également été transmise au haut fonctionnaire au handicap. De tels agissements ne peuvent faire présumer d'agissements constitutifs de harcèlement moral, mais témoignent au contraire d'une volonté d'apporter une solution la plus adaptée possible aux exigences de la requérante, qui en tout état de cause, souhaitait se maintenir sur son poste de cheffe d'unité des affaires générales au sein de la direction centrale du recrutement et de la formation de la police nationale.

17. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C née A aurait été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral. De plus, l'autorité administrative ne peut être regardée comme ayant failli à son obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de ses agents.

En ce qui concerne le droit à réparation de Mme C née A :

18. Il résulte des motifs précédemment exposés que la requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité du ministre de l'intérieur et de l'outre-mer pour des faits de harcèlement moral, ni de discrimination à raison de son handicap. Par suite, les demandes de réparation présentées sur ces fondements doivent être rejetées.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C née A n'est pas fondée à demander la condamnation du ministre de l'intérieur et de l'outre-mer à lui réparer les préjudices qu'elle estime avoir subi. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées, y compris celles tendant au paiement des intérêts et de leur capitalisation, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C née A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C née A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

C. REHMAN-FAWCETT

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ;

Pour expédition conforme,

La greffière,

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