jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2006718 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET F.NAIM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 août 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Katkout, représentée par Me Naïm, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge totale des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2014 à 2016 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises mis à sa charge sur la période du 1er janvier 2014 au 31 mars 2017 pour un montant total, en droits, pénalités et amende de l'article 1759 du code général des impôts, de 3 628 983 euros mis en recouvrement les 17 avril et 17 juillet 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des frais irrépétibles.
La SARL Katkout soutient que :
- la procédure d'imposition est irrégulière puisqu'il n'y a eu aucun dialogue avec le vérificateur et aucun débat oral et contradictoire avant l'envoi des propositions de rectification ;
- la reconstitution de recettes est contestable dès lors que la marge réalisée est très réduite car la SARL intervient sur des marchés populaires pratiquant des prix bas adaptés à la clientèle de ces marchés ; les coefficients entre le chiffre d'affaires et les achats de marchandises retenus sont donc sans lien avec son activité économique ; les entreprises sélectionnées dans la base " DIANE " ne sont pas pertinentes car il s'agit de commerces sédentaires ou de primeurs qui ne travaillent pas sur les marchés des cités ; l'administration aurait dû se rendre sur ces marchés pour recueillir les coordonnées de ses concurrents et calculer leurs marges réalisées ;
- n'ayant pas eu accès aux données utilisées ni à la base " DIANE " précitée, la reconstitution de recettes méconnaît le principe d'égalité des armes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2021, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Freydefont, rapporteur ;
- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que la société à responsabilité limitée Katkout, spécialisée dans la vente de denrées alimentaires sur les marchés, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 mars 2017 à l'issue de laquelle elle s'est vu notifier par deux propositions de rectification des 18 et 19 décembre 2017 des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises ainsi que des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés pour un montant total, en droits, pénalités et amende de l'article 1759 du code général des impôts, de 3 628 933 euros, mis en recouvrement les 17 avril et 17 juillet 2018, ramené à la somme totale de 3 551 096 euros à la suite de dégrèvements partiels prononcés par l'administration. Par la présente requête, la SARL Katkout demande la décharge totale de ces impositions supplémentaires.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes du I de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. ".
3. Dans le cas où la vérification de comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.
4. La SARL Katkout soutient que la procédure suivie est irrégulière puisqu'il n'y a eu aucun dialogue avec le vérificateur et aucun débat oral et contradictoire avant l'envoi des propositions de rectification. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment des deux propositions de rectification, que la première intervention du vérificateur s'est déroulée le 19 mai 2017 dans les locaux de la société comptable CO.GE.FO à la demande de la SARL. Après mise en demeure du 23 mai 2017 de déposer la liasse fiscale 2015 et les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée 2015-2016, seule la liasse fiscale a été remise en main propre le 13 juin 2017 lors d'un second rendez-vous. Lors de ce rendez-vous, a également été demandée la comptabilité de la société qui n'a pas été présentée lors d'un troisième rendez-vous le 28 juin. Un quatrième rendez-vous prévu le 5 juillet a été annulé à la demande de la gérante, Mme B A, et repoussé au 10 juillet, date à laquelle elle était absente. Un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité a alors été dressé le 12 juillet. Le cinquième rendez-vous du 26 juillet a été écourté faute de présentation des documents demandés et le sixième et dernier rendez-vous en date du 24 novembre 2017 a été consacré à la réunion de synthèse. Ainsi, contrairement à ce qui est soutenu, la gérante a eu l'occasion de rencontrer le vérificateur à six reprises et de dialoguer avec lui. Il s'ensuit que l'irrégularité procédurale alléguée tirée de l'absence de débat oral et contradictoire doit être écartée comme manquant en fait.
Sur le bien-fondé des impositions litigieuses :
5. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'avis rendu par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, et lorsque le contribuable n'a pas accepté les rehaussements qui lui avaient été notifiés dans le cadre de la procédure contradictoire, il incombe à l'administration d'apporter la preuve du bien-fondé des suppléments d'impôt. Au cas d'espèce, il est constant que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'a pas été saisie de ce dossier et n'a donc rendu aucun avis. Il appartient dès lors à l'administration fiscale d'établir le bien-fondé des rehaussements notifiés à la SARL Katkout.
7. Il résulte de l'instruction qu'après avoir rejeté la comptabilité de la SARL Katkout comme irrégulière et insincère en l'absence de pièces justificatives des recettes, point qui n'est ici pas débattu, le vérificateur a reconstitué lesdites recettes de la société en lui appliquant un coefficient moyen entre le chiffre d'affaires et les achats de marchandises. Cette méthode est d'ailleurs celle que la SARL a elle-même reconnu avoir appliquée pour déterminer ses recettes en appliquant un coefficient compris entre 1,20 et 1,25 sur ses achats. Toutefois, l'analyse effectuée par l'administration à partir des résultats déclarés a mis en évidence un coefficient réel inférieur compris entre 1,03 et 1,14. Le vérificateur a donc calculé ce coefficient à partir d'un panel d'entreprises sur 170 issues de la base de données publiques " DIANE " et qui ont des données chiffrées comparables à celle de la requérante. Ce panel était composé de 106 entreprises en 2014, 98 en 2015 et 44 en 2016, et le coefficient moyen s'établit respectivement à 1,45 en 2014, 1,49 en 2015 et 1,52 en 2016. Les achats ont été déterminés à partir des réponses obtenues par l'administration dans le cadre de l'exercice de son droit de communication.
8. La SARL requérante ne conteste pas la méthode par coefficients qu'elle a reconnu avoir elle-même utilisée en appliquant un coefficient compris entre 1,20 et 1,25, mais les coefficients retenus par le vérificateur, en faisant valoir que la marge réalisée est très réduite car elle intervient sur des marchés populaires pratiquant des prix bas adaptés à la clientèle de ces marchés (Magenta, Pantin, La Courneuve) et que les coefficients retenus par l'administration sont donc sans lien avec son activité économique. Elle fait également valoir que les entreprises sélectionnées dans la base " DIANE " ne sont pas pertinentes car il s'agit de commerces sédentaires ou de primeurs qui ne travaillent pas sur les marchés des cités. Enfin, elle soutient que le vérificateur aurait dû se rendre sur ces marchés pour recueillir les coordonnées de ses concurrents et calculer leurs marges réalisées. Par cet argumentaire, la SARL Katkout doit être regardée comme soutenant que la reconstitution de ses recettes est viciée et exagérée.
9. Toutefois, l'administration fiscale fait valoir en défense sans être contredite que, contrairement à ce que soutient la société requérante, tous les comparables issus de la base " DIANE " et retenus pour calculer les coefficients sont des commerces de détail alimentaire sur éventaires et marchés et la société requérante y apparaît elle-même. Sur ce panel, le coefficient moyen s'établit à 1,45 en 2014, 1,49 en 2015 et 1,53 en 2016. De plus, si la requérante soutient qu'elle n'a pas eu accès aux données issues de cette base " DIANE ", ces informations sont des données publiques librement accessibles. Enfin, et en tout état de cause, la SARL Katkout ne propose aucune donnée chiffrée susceptible de remettre en cause la méthode utilisée par le service vérificateur. Par cet argumentaire, l'administration, qui supporte la charge la preuve ainsi qu'il a été dit au point 6, montre que les coefficients retenus ne sont ni viciés ni exagérés. Il s'ensuit que l'unique moyen de bien-fondé des impositions litigieuses doit être écarté comme infondé.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il convient de rejeter également les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative relatif aux frais de l'instance non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : La requête de la SARL Katkout est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) Katkout et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Freydefont, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
Le rapporteur,
Signé : C. Freydefont
Le président,
Signé : N. Le Broussois Le greffier,
Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour exécution conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026