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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2007178

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2007178

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2007178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre, JU
Avocat requérantCAYLA DESTREM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 septembre 2020 et le 4 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Cayla-Destrem, demande au tribunal :

1°) d'annuler le compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2019, ensemble la décision du 3 juillet 2020 par laquelle le président de la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine-et-Essonne-Sénart a rejeté sa demande de révision du compte rendu précité ;

2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine-et-Essonne-Sénart, à titre principal, de procéder à la révision du compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2019 par la suppression des appréciations négatives, notamment dans l'appréciation générale, les objectifs " partiellement atteints " et les appréciations " à améliorer ", dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, au réexamen de sa demande de révision, selon les mêmes modalités ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine-et-Essonne-Sénart une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2019 a été établi à l'issue d'une procédure irrégulière, eu égard au défaut de respect du délai de convocation à l'entretien, de transmission de la fiche de poste et de la notification tardive du compte rendu ;

- ce compte rendu est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et repose sur des motifs discriminatoires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2022, la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine-et-Essonne-Sénart, représentée par son président en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine-et-Essonne-Sénart a été enregistré le 25 novembre 2022 et n'a pas été communiqué, en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lopa Dufrénot, vice-présidente en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de Mme Delormas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Uhlen, représentant Mme B et de celle-ci.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, titulaire du grade de bibliothécaire territorial relevant de la catégorie A, a exercé les fonctions de responsable de la média-ludothèque sur le territoire de la commune de Moissy Cramayel, équipement culturel public transféré de plein droit à la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine-et-Essonne-Sénart, à compter du 1er janvier 2018 ainsi que l'emploi notamment de l'intéressée jusqu'au 1er juillet 2020, date de sa mutation auprès d'une autre collectivité. Mme B demande l'annulation du compte rendu de son évaluation professionnelle au titre de l'année 2019 ainsi que la décision du président de la communauté d'agglomération du 3 juillet 2020 rejetant sa demande de révision de ce compte rendu.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 17 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dont las dispositions sont désormais codifiées à l'article L. 521-1 du code général de la fonction publique : " Les notes et appréciations générales attribuées aux fonctionnaires et exprimant leur valeur professionnelle leur sont communiquées. / Les statuts particuliers peuvent ne pas prévoir de système de notation ". Aux termes de l'article 76 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, codifié en partie à l'article L. 521-3 du même code : " Le pouvoir de fixer les notes et appréciations générales exprimant la valeur professionnelle des fonctionnaires dans les conditions définies à l'article 17 du titre Ier du statut général est exercé par l'autorité territoriale au vu des propositions du secrétaire général ou du directeur des services de la collectivité ou de l'établissement. En outre, aux termes de l'article 6 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Les modalités d'organisation de l'entretien professionnel sont les suivantes :1° Le fonctionnaire est convoqué huit jours au moins avant la date de l'entretien par le supérieur hiérarchique direct ; 2° La convocation est accompagnée de la fiche de poste de l'intéressé et d'un exemplaire de la fiche d'entretien professionnel servant de base au compte rendu ; 4° Dans un délai maximum de quinze jours, le compte rendu est notifié au fonctionnaire () ".

3. En outre, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Il est constant que, d'une part, la convocation de Mme B à l'entretien professionnel qui a eu lieu le 29 novembre 2019 est intervenu dans un délai de cinq jours et d'autre part, qu'à cette convocation adressée à l'intéressée, n'était pas annexée sa fiche de poste. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a exercé les fonctions de responsable de la média-ludothèque de Moissy Cramayel depuis de nombreuses années. Il est, de plus, constant que lors du transfert de la structure publique et des emplois afférents à la communauté d'agglomération de la média-ludothèque, la requérante s'est vu notifié une fiche de poste dont elle n'allègue pas qu'elle aurait fait l'objet de modification tenant notamment à ses missions. Au demeurant, celle-ci n'a pas sollicité la communication de sa fiche de poste. Dans ces conditions, la circonstance que l'intéressée n'a pas été destinataire de sa fiche de poste préalablement à son entretien d'évaluation pour l'année 2020, n'a pas eu d'incidence sur le sens de la décision contestée et n'a pas privé cette agente d'une garantie, ni en outre, la circonstance que le délai de convocation à l'entretien professionnel n'est pas excédé cinq jours. Enfin, les modalités de notification du compte-rendu d'entretien professionnel contesté, notamment la tardiveté de sa transmission à l'agente publique sont sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure, dans toutes ses branches, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable à la date de la décision attaquée, désormais codifié à l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race () ".

6. Le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Mme B soutient que le compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2019, tout particulièrement les appréciations portées sur la réalisation des objectifs de l'année écoulée y figurant, présente un caractère discriminatoire au regard de son état de santé. Or, les énonciations que les congés maladie de l'intéressée ne lui ont pas permis de s'impliquer dans une démarche destinée à répondre à l'objectif de " participer et impliquer les agents de son service dans le diagnostic partagé du territoire de la lecture publique ", considérée comme ayant été partiellement atteinte, ni de mettre en place la démarche de formation attendue afin de remplir les objectifs relatifs au " savoir-être : comprendre le cadre " ainsi qu'à l'acquisition des connaissances et une réflexion sur la politique documentaire, objectifs relevés comme ayant été partiellement atteints, ont pour objet d'exposer les incidences d'une circonstance de fait tenant à l'absence de l'intéressée du service, sur les objectifs fixés lors de l'entretien professionnel de l'année précédente, lesquels, pour ce seul motif, ont été en partie satisfaits. Ainsi, ces mentions ne sont pas susceptibles de faire présumer d'une discrimination à l'encontre de la requérante au regard de son état de santé. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " L'entretien professionnel porte principalement sur : 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève / 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des évolutions prévisibles en matière d'organisation et de fonctionnement du service / 3° La manière de servir du fonctionnaire / 4° Les acquis de son expérience professionnelle / 5° Le cas échéant, ses capacités d'encadrement / 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu'il doit acquérir et à son projet professionnel ainsi que l'accomplissement de ses formations obligatoires / 7° Les perspectives d'évolution professionnelle du fonctionnaire en termes de carrière et de mobilité. L'agent est invité à formuler, au cours de cet entretien, ses observations et propositions sur l'évolution du poste et le fonctionnement du service. ". L'article 4 du même décret énonce que les critères à partir desquels la valeur professionnelle du fonctionnaire est appréciée, au terme de cet entretien, fonction de la nature des tâches qui lui sont confiées et du niveau de responsabilité assumé. Ces critères portent notamment sur les compétences professionnelles et techniques, les qualités relationnelles et la capacité d'encadrement ou d'expertise ou, le cas échéant, à exercer des fonctions d'un niveau supérieur. Il résulte des dispositions de l'article 5 du décret du 16 décembre 2014, que l'autorité hiérarchique a l'obligation de synthétiser, de manière motivée, l'appréciation portée sur la valeur professionnelle de l'agent au regard du travail accompli par ce dernier au cours de l'année écoulée, évaluée selon les critères d'efficacité dans l'emploi et la réalisation des objectifs, des compétences professionnelles et techniques mises en œuvre ainsi que des qualités relationnelles.

9. Tout d'abord, nonobstant le reproche allégué du défaut de précision à l'énonciation parmi les faits marquants de l'année 2019, portée sur le compte rendu en litige, de la médiation avec sa supérieure hiérarchique, il est constant qu'a été mis en place ce procédé de règlement des conflits entre Mme B et celle-ci. Alors même qu'elle n'aurait pas reçu de consigne particulière sur le rythme de temps de travail des agents à temps non complet, elle ne conteste pas sérieusement n'avoir, en sa qualité de responsable des agents exerçant au sein de la média ludothèque, qu'en partie satisfait à l'objectif assigné de mettre en place des nouveaux rythmes de temps de travail et d'assurer leur accompagnement dans la réorganisation du réseau par la direction générale du réseau afin d'adapter le planning des agents au sein de la structure. Si Mme B conteste l'appréciation portée sur les objectifs relatifs au savoir-être, à l'acquisition des connaissances et une réflexion sur la politique documentaire, elle n'apporte aucun commencement de preuve des formations accomplies en ressources humaines dont elle se prévaut. En outre, si la création du fonds Littérature africaine a participé de la mise en œuvre de la politique documentaire telle que sollicitée par les élus tout comme l'élaboration de tableaux de répartition budgétaire, il n'est pas contesté que cet objectif devant notamment se traduire par des formations a été partiellement rempli.

10. Il s'ensuit qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à ces titres, l'administration a entaché le compte rendu de l'entretien professionnel contesté d'une erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la manière de servir de l'intéressée.

11. Ensuite, Mme B conteste l'appréciation portée sur ses compétences professionnelles et ses qualités relationnelles comme devant être améliorées. L'évaluateur a constaté, aux termes de son avis mentionné au compte rendu, le contexte particulier du service qui a connu de nombreuses vacances de poste ainsi que le conflit très sérieux de la requérante avec sa supérieure hiérarchique directe depuis 2017 ayant nécessité l'accompagnement de celle-ci par son supérieur hiérarchique dans la gestion managériale de l'équipe. Alors même que l'agente a participé au projet d'administration, à l'opération Diagnostic lecture et aux Assises de la lecture, il ressort des pièces du dossier que les relations avec des collègues, notamment une responsable de secteur, ont été également conflictuelles. En outre, en dépit des éléments que fait valoir Mme B sur la bonne exécution des ordres dans les délais imposés, la sous-dotation du service en ordinateurs, la mise en œuvre de fiche action, l'organisation de réunions de service régulières, le fort taux de réponses du public aux questionnaires élaborés dans le cadre de l'opération précitée Diagnostic lecture et la tenue de la Nuit de la lecture, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en portant une telle appréciation, l'autorité a entaché le compte rendu en litige d'une erreur manifeste.

12. Enfin, en se bornant à noter que le recrutement de deux agents à redynamiser son équipe et à décrire le conflit avec son supérieure hiérarchique directe dont le processus de médiation n'a pas été mené à son terme, la requérante ne critique pas l'appréciation générale de l'autorité administrative qui, nonobstant l'avis de la commission administrative paritaire, n'est pas davantage sur ce point entachée la décision en cause d'une erreur manifeste.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation du compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2019, ni, par conséquent, la décision du 3 juillet 2020 par laquelle le président de la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine-et-Essonne-Sénart a rejeté sa demande de révision du compte rendu précité. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administratives, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine-et-Essonne-Sénart.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 décembre 2022.

La magistrate désignée,

M. CLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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