jeudi 28 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2007414 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DUBAULT-BIRI & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2020 au greffe du tribunal administratif de Versailles et transmise au tribunal administratif de Melun par ordonnance n° 2004493 du 15 septembre 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) A Povoa, représentée par Me Dumont, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés des années 2013 et 2014, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée des années 2013 à 2015 et des amendes mis en recouvrement à son encontre ;
2°) de lui accorder le bénéfice des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- la procédure d'imposition méconnaît les dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales ;
- la procédure est entachée d'irrégularité par l'absence de débat contradictoire et par la violation des droits de la défense ;
- c'est à tort que l'administration a rejeté la comptabilité ;
- la reconstitution de recettes présente un caractère fondamentalement vicié ;
- par voie de conséquence, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée, les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, les amendes et les intérêts de retard ne sont pas justifiés ;
- la majoration de l'article 1729 du code général des impôts n'est pas justifiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2020, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) A Povoa, qui exploite un restaurant traditionnel portugais, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, étendue au 31 décembre 2015 en matière de taxe sur le chiffre d'affaires, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire d'une proposition de rectification en date du 19 décembre 2016. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période vérifiée ont été mis en recouvrement à son encontre le 15 mars 2018. L'intéressée a présenté une réclamation le 26 février 2020 rejetée par décision du directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne en date du 24 juin suivant. Par la requête précitée, la société sollicite la décharge des impositions émises à son encontre.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales : " I.- Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les limites prévues au I de l'article 302 septies A du code général des impôts (). II.- Par dérogation au I, l'expiration du délai de trois mois n'est pas opposable à l'administration : () 4° En cas de graves irrégularités privant de valeur probante la comptabilité. Dans ce cas, la vérification sur place ne peut s'étendre sur une durée supérieure à six mois () ".
3. La requérante soutient que la vérification de comptabilité est irrégulière en ce qu'elle a excédé le délai de trois mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société, d'une part, disposait, au cours de la période vérifiée, d'une caisse enregistreuse qui n'éditait pas de bande de contrôle " papier " détaillant les ventes réalisées et qui ne permettait pas de sauvegarder ses données sous forme de fichier informatique et, d'autre part, n'a pas conservé les doubles de tickets-clients datés et numérotés. De telles constatations suffisent à établir que la comptabilité était entachée de graves irrégularités la privant de toute valeur probante, ainsi que l'a constaté l'administration dans son procès-verbal du 21 juillet 2016 et justifient que la vérification de comptabilité pouvait, comme en l'espèce, s'étendre sur une durée maximale de six mois. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales doit ainsi être écarté.
4. En second lieu, dans le cas où la vérification de comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat. Au cas particulier, il résulte des mentions non contestées de la proposition de rectification du 19 décembre 2016 que la vérificatrice a rencontré les représentants de la requérante lors de deux visites dans les locaux de la société et, à la demande de cette dernière, au cours de plusieurs interventions dans ceux de son expert-comptable, avant d'organiser une réunion de synthèse dans les locaux du cabinet d'expertise-comptable le 21 novembre 2016. La société n'apporte aucun élément de nature à établir que la vérificatrice se serait refusée à tout échange de vues lors de ces nombreuses interventions avec sa gérante ou l'expert-comptable mandaté, ni qu'elle aurait ainsi été privée de la possibilité d'avoir avec l'administration, au cours de cette vérification, un débat oral et contradictoire. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
5. En premier lieu, si la requérante conteste la remise en cause du caractère probant de sa comptabilité, elle n'est pas fondée à le soutenir eu égard aux graves irrégularités qu'elle comportait ainsi qu'il a été dit au point 3.
6. En deuxième lieu, pour reconstituer les recettes de l'activité du restaurant de la société, la vérificatrice s'est fondée sur les conditions d'exploitation de la société résultant du traitement des tickets de 35 journées d'exploitation de mai à octobre 2016 et des réponses au questionnaire établi contradictoirement avec la gérante le 14 octobre 2016. La vérificatrice a alors procédé à l'analyse statistique des tickets clients afin de déterminer la quote-part de chaque produit dans le chiffre d'affaires total en distinguant les boissons des repas. S'agissant des repas, la vérificatrice a utilisé la catégorie " poulets-grillades " correspondant au plus fort taux de vente, à savoir 32,80 %, en déterminant le poids de chaque portion pour les grillades et l'unité pour le poulet afin de calculer le nombre de plats vendus au regard des achats en la matière et du prix moyen dans cette catégorie et, enfin, d'aboutir au chiffre d'affaires reconstitué pour ces repas, auquel a été appliqué un taux de pertes, d'offerts et de consommation du personnel de 15 %. S'agissant des boissons, la vérificatrice a dépouillé l'ensemble des achats par exercice et a valorisé chacune des catégories en appliquant également un taux de pertes, d'offerts et de consommation du personnel de 15 %.
7. La requérante conteste la méthode ainsi utilisée en soutenant que le service aurait dû additionner, pour déterminer le chiffre d'affaires repas, les poulets-grillades et les menus correspondant à 60 % du chiffre d'affaires, afin d'obtenir " une méthode de reconstitution plus précise ", que la reconstitution du chiffre d'affaires boissons est invraisemblable dès lors qu'elle aboutit pour l'année 2013 à la moitié du chiffre d'affaires du restaurant, alors que ces ventes représentent entre 6 et 15 % conformément aux données habituelles dans ce secteur, que la marge appliquée aux poulets-grillades est supérieure à celle appliquée aux autres catégories, alors qu'une méthode plus précise de reconstitution aurait consisté à déterminer le prix de vente d'un repas en ventilant de manière réaliste ce prix suivant les catégories de repas et les marges correspondantes, que les cafés auraient dû être exclus de la reconstitution, que pour 2013, le poids de la poitrine de porc et des poulets est erroné et que la méthode des ratios aurait permis également d'obtenir un résultat plus précis.
8. Toutefois, il résulte de l'instruction que les cafés inclus dans les menus ont été extournés de la reconstitution du chiffre d'affaires des boissons, puisque déjà pris en compte dans la reconstitution du chiffre d'affaires des repas. Par ailleurs, la requérante n'établit pas l'existence de l'erreur dont elle se prévaut dans le poids de la poitrine de porc et des poulets au titre de l'année 2013. Enfin, la société qui ne produit aucune pièce justificative à l'appui de ses écritures, n'établit pas que les méthodes alternatives qu'elle propose pour la reconstitution de ces recettes seraient plus précises que celles utilisées par le service au regard des conditions véritables d'exploitation du restaurant. Dans ces conditions, la méthode mise en œuvre par la vérificatrice ne peut pas être considérée comme excessivement sommaire ou radicalement viciée dans son principe.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. -Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel () ". Aux termes de l'article 269 du même code : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit : () c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits () ".
10. Il résulte de l'instruction que la vérificatrice a déterminé le chiffre d'affaires non déclaré à partir duquel elle a calculé la taxe sur la valeur ajoutée collectée omise en prenant en compte un taux réduit pour les repas et certaines boissons et un taux normal pour les autres boissons. La société n'est pas fondée à en demander la décharge pour les motifs déjà évoqués aux points 6 à 8.
11. En quatrième lieu, si la requérante conteste les suppléments d'impôt sur les sociétés et les amendes mis à sa charge, elle se borne à se prévaloir de l'irrégularité de la procédure d'imposition, du caractère erroné du montant des recettes reconstituées et de leur absence de pertinence et de fondement. Toutefois, un tel moyen ne peut qu'être écarté au regard de ce qui a été dit précédemment.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
12. Si la requérante se prévaut des commentaires des BOI-CF-IOR-10-20 et BOI-CF-IOR-10-40, ces doctrines ne comportent aucune interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.
Sur les pénalités :
13. En premier lieu, les moyens de la requérante tirés de la décharge par voie de conséquence des majorations et intérêts de retard émis à son encontre doivent, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, être écartés.
14. En second lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
15. D'une part, la proposition de rectification du 19 décembre 2016 cite les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts et comporte le fondement légal de la majoration appliquée aux impositions en litige, à savoir l'existence d'importantes omissions de recettes et la connaissance par la gérante de l'existence de ces infractions. Par suite, l'application de cette majoration est suffisamment motivée.
16. D'autre part, il résulte de ces dispositions que la majoration pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
17. En l'espèce, le service a constaté que la comptabilité présentait de graves irrégularités, que la reconstitution de recettes effectuée à partir des conditions d'exploitation de la société révélait des omissions de recettes importantes sur l'ensemble de la période vérifiée, que la gérante de la société ne pouvait ignorer le volume total des recettes, de sorte que les infractions constatées ont été commises en toute connaissance de cause et que la bonne foi ne pouvait être retenue. Il en résulte que le service a suffisamment justifié tant de l'élément matériel des inexactitudes et des omissions relevées dans les déclarations fiscales au sens des dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts que de l'élément intentionnel de ces infractions, tiré de la volonté d'éluder l'impôt.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin de décharge doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions au titre des frais de justice doivent également être rejetées.
Sur les conclusions tendant à bénéficier du sursis de paiement :
19. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent privées d'objet.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de sursis de paiement.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL A Povoa est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) A Povoa et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.
Le rapporteur,
Signé : P. Meyrignac Le président,
Signé : N. Le Broussois
Le greffier,
Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026