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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2009211

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2009211

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2009211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAZEAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2020, M. A C, représenté par Me Mazeas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 octobre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil à compter de sa demande d'asile en " procédure accélérée " dans un délai de sept jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre cette même somme à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1979, a sollicité l'asile sur le territoire français le 9 mars 2020. Ayant déjà sollicité l'asile auprès des autorités italiennes en 2017, l'intéressé a fait l'objet le 15 mai 2020 de deux arrêtés du préfet de Seine-et-Marne portant transfert vers les autorités italiennes et assignation à résidence. Par une décision du 16 octobre 2020 dont M. C demande l'annulation, l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été accordées.

2. En premier lieu, la signataire de la décision attaquée, Mme D B, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Melun, a reçu délégation de signature du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration par décision n° NORV2015635S en date du 22 juin 2020 aux fins de signer notamment la décision en litige de suspension des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'incompétence.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les articles L. 744-1, L. 744-6 et L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que l'intéressé a accepté les conditions matérielles d'accueil le 9 mars 2020, qu'il s'est vu notifier un courrier du 9 décembre 2020 l'informant de l'intention de l'OFII de suspendre ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté ses obligations en s'abstenant de se présenter aux autorités, et que ce motif justifie la suspension de ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, la décision contestée énonce suffisamment les considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région () ". Au regard de l'incompatibilité des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, il est possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, au demandeur d'asile qui a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

5. Si le requérant soutient qu'il n'a jamais reçu de convocation lui demandant de se rendre auprès des autorités chargées de l'asile, il ressort des pièces du dossier que M. C ne s'est pas rendu à deux convocations des 10 et 24 septembre 2020 dont l'OFII établit qu'il avait été régulièrement informé par courrier du 5 août 2020, dont l'accusé de réception est signé par l'intéresse. Par suite, c'est à bon droit que l'OFII a estimé que M. C s'est soustrait volontairement au contrôle des autorités en charge de l'asile et a suspendu, sur le fondement de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, le directeur général de l'OFII a pu légalement considérer que le bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil pouvait être suspendu.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Mazeas.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

S. Norval-GrivetLe président,

T. GallaudLa greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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