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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2009323

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2009323

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2009323
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantNDIAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 13 novembre 2020 et le

4 mai 2021, M. B C, représenté par Me Ndiaye, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique (centre d'expertise et de ressources titres) a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire sénégalais contre un permis de conduire français ;

2°) d'annuler la décision de refus implicite du 13 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté son recours gracieux formé le 13 novembre 2020 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui accorder une autorisation de conduire dans l'attente de l'échange de son permis de conduire sénégalais contre un permis de conduire français et de procéder à l'échange de son permis de conduire sénégalais contre un permis de conduire français dans un délai de trois mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- le principe de non rétroactivité des actes administratifs a été méconnu ; la norme nouvelle ne saurait s'appliquer immédiatement à sa situation, dès lors qu'il a déposé sa demande d'échange de permis de conduire le 11 juin 2019, c'est-à-dire avant que les autorités françaises aient mis fin à la pratique d'échange des permis de conduire le 31 mars 2020 en raison d'une réforme européenne tendant à l'harmonisation des conditions de délivrance des titres de conduite ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et effectif de sa demande d'échange, dès lors que l'instruction de cette demande a été réalisée de manière opportuniste en s'appuyant sur une base légale inapplicable ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ; la circulaire du 3 août 2012 relative à la mise en œuvre de l'arrêté du 12 janvier 2012 précise que la liste qu'elle annexe qui est celle prévue à l'article 14 de l'arrêté est indicative ; le délai de traitement du dossier du requérant a été anormalement long.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2021, le préfet de la Loire-Atlantique, représenté par la directrice du centre d'expertise et de ressources titre de Nantes en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 8 janvier 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 8 mai 2021 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. A a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, a sollicité le 11 juin 2019 l'échange de son permis de conduire sénégalais contre un permis de conduire français. Par une décision du 23 juillet 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à cette demande au motif qu'il n'existe pas d'accord de réciprocité entre la France et le Sénégal en matière d'échange de permis de conduire. M. C a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été réceptionné par l'administration le

13 novembre 2020. Le silence conservé par l'administration pendant une durée de deux mois à compter de la réception du recours a fait naître une décision implicite de rejet le 13 janvier 2021. M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 23 juillet 2020 et de la décision implicite de rejet du 13 janvier 2021.

Sur le cadre juridique applicable :

2. Aux termes des deuxième et troisième alinéas de l'article R. 222-1 du code de la route, dans sa rédaction issue du décret n° 2017-1523 du 3 novembre 2017 applicable depuis le 5 novembre 2017 : " Dans le cas où ce permis a été délivré en échange d'un permis de conduire d'un Etat n'appartenant pas à l'Union européenne ou à l'Espace économique européen et avec lequel la France n'a pas conclu d'accord de réciprocité en ce domaine, il n'est reconnu que pendant un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale en France de son titulaire. /. Tout titulaire d'un des permis de conduire considérés aux deux alinéas précédents, qui établit sa résidence normale en France, peut le faire enregistrer par le préfet du département de sa résidence selon les modalités définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre chargé des affaires étrangères. ". Aux termes de l'article R. 222-3 du même code, dans sa rédaction applicable également depuis le 5 novembre 2017 : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. () ".

3. Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé : " I. - Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : A. - Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. () ". Aux termes de l'article 14 du même arrêté : " Une liste des Etats dont les permis de conduire nationaux sont échangés en France contre un permis français est établie conformément aux articles R. 222-1 et R. 222-3 du code de la route. Cette liste précise pour chaque Etat la ou les catégories de permis de conduire concernée (s) par l'échange contre un permis français. Elle ne peut inclure que des Etats qui procèdent à l'échange des permis de conduire français de catégorie équivalente et dans lesquels les conditions effectives de délivrance des permis de conduire nationaux présentent un niveau d'exigence conforme aux normes françaises dans ce domaine. Les demandes d'échange de permis introduites avant la date de publication au JORF de la liste prévue au premier alinéa du présent article sont traitées sur la base de la liste prévue à l'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen. ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 23 juillet 2020 :

4. En premier lieu, la décision attaquée du 23 juillet 2020 rappelle que la demande d'échange de son permis de conduire étranger présentée par M. C a été examinée dans le cadre des dispositions du code de la route, notamment l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen, rappelle les dispositions de

l'article 5-I-A de l'arrêté précité et précise qu'il n'existe pas d'accord de réciprocité d'échange des permis de conduire entre la France et le pays qui lui a délivré son permis de conduire, en l'espèce, le Sénégal. Ainsi, cette décision comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ". Toutefois, le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, la circonstance qu'à la date de demande présentée par M. C le 11 juin 2019 le Sénégal ait figuré sur la liste des pays dont les permis de conduire nationaux sont susceptibles de faire l'objet d'un échange contre un permis de conduire français avant le 31 mars 2020 est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, le Sénégal ne figurait pas au nombre des pays ayant conclu un accord de réciprocité avec la France. Par suite, le moyen tiré de ce que la demande d'échange de permis de conduire français ait été entaché d'un défaut d'examen sérieux et effectif ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte des termes du premier alinéa de l'article 14 de l'arrêté du

12 janvier 2012 que la liste des Etats qu'il prévoit doit être établie conformément aux articles

R. 222-1 et R. 222-3 du code de la route, à savoir " par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. ". En l'espèce, s'il ressort des pièces du dossier que le Sénégal a figuré sur la liste des Etats et autorités dont les permis de conduire nationaux sont susceptibles de faire l'objet d'un échange contre un permis de conduire français, en vertu d'accords bilatéraux ou de pratiques réciproques d'échange des permis de conduire, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date à laquelle l'administration a statué sur le demande d'échange présentée par M. C, il aurait existé un accord de réciprocité en matière d'échange des permis de conduire entre la France et le Sénégal. Dans ces conditions, le préfet était tenu de rejeter une demande d'échange d'un permis de conduire sénégalais contre un permis de conduire français, faute d'accord de réciprocité entre ces Etats, ainsi que l'exigent les dispositions de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique qui s'est borné à appliquer l'état du droit en vigueur à la date de la décision en litige n'a pas méconnu le principe de non rétroactivité des actes administratifs.

7. En quatrième lieu, compte tenu de ce que le préfet de la Loire-Atlantique était tenu, en application des dispositions précitées de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, de refuser l'échange du permis de conduire du requérant, délivré par les autorités sénégalaises, le moyen tiré de ce qu'un tel refus serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation professionnelle et familiale ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, la circonstance que le refus opposé à M. C soit imputable au délai anormalement long mis par le préfet de la Loire-Atlantique pour statuer sur sa demande d'échange est inopérante dès lors que le requérant a entendu se placer dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation de cette décision de refus.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire sénégalais contre un permis de conduire français.

En ce qui concerne la décision implicite de rejet du 13 janvier 2021 :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais de recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ait sollicité auprès du préfet de la Loire-Atlantique la communication des motifs du refus de sa demande d'échange de son permis de conduire sénégalais. Dans ces conditions, il résulte des dispositions précitées de l'article

L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration que cette décision n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de motivation en droit et en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite de rejet du préfet de la Loire-Atlantique ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5.à 8. du présent jugement les moyens tirés de l'erreur de droit quant à l'application de la condition de réciprocité et quant à l'existence d'une liste faisant figurer le Sénégal au nombre des Etats ayant eu des accords ou des pratiques de réciprocité en matière d'échange de permis de conduire avec la France, de la méconnaissance du principe de non rétroactivité des actes administratifs, du défaut d'examen sérieux et effectif de la demande d'échange du requérant, de l'erreur manifeste d'appréciation de ses effets sur la situation professionnelle et familiale du requérant, et du délai anormalement long de l'instruction de sa demande ne peuvent qu'être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a implicitement rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des deux décisions contestées n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par M. C tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder sous astreinte à l'échange de son permis de conduire sénégalais n contre un permis de conduire français ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation "

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le magistrat désigné

par la présidente du tribunal,

S. A

La greffière,

C. RICHEFEULa république mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2009323

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