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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2009452

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2009452

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2009452
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantMEGHERBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 novembre 2020, M. B C, représenté par Me Megherbi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux tendant à annuler la décision du 10 août 2020 de retrait de 4 points sur son permis de conduire, réceptionné le 8 septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui réattribuer quatre points sur son permis de conduire dans un délai de huit jours suivant la notification du présent jugement, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de

l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les infractions qui lui sont reprochées sont imputables à un véhicule qui appartenait à la société SAFI, dont il est le représentant légal, et qui a été vendu à la société French Loc'car

le 14 décembre 2017 ; cette vente a fait l'objet d'une cession de certificat d'immatriculation

le 27 décembre 2017 ; le représentant de la société acquéreuse, qui a pris possession du véhicule, a établi une décharge de responsabilité le 27 décembre 2017 au bénéfice du vendeur ; des démarches ont été effectuées pour enregistrer la cession dans système d'immatriculation des véhicules le 28 janvier 2018 ; les difficultés techniques reconnues par l'Agence nationale des titres sécurisés expliquent que la demande n'a pas été traitée ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, dès lors que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une condamnation définitive ; il a formé une opposition sur le fondement de l'article 527 alinéa 5 du code de procédure pénale à l'encontre de l'ordonnance pénale du 21 janvier 2020 qui ne lui a été adressée que le 23 juin 2020 et qu'il n'a reçu que le 25 juin 2020, ce qui signifie qu'il pouvait la contester jusqu'au 25 juillet 2020 ; or, cette opposition a été enregistrée par le greffe du tribunal de police de Paris le 8 juillet 2020 ; une telle opposition anéantit les effets de l'ordonnance pénale puisque le jugement à intervenir se substitue à une telle ordonnance.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître de l'imputabilité d'une infraction pénale frappant un usager de la route, en application de l'article 521 et 522 du code de procédure pénale ;

- le moyen tiré de l'absence de réalité de l'infraction doit être écarté, dès lors que l'opposition formée le 7 juillet 2020, soit postérieurement à la date à laquelle la condamnation pénale, est devenue définitive ; le requérant ne démontre pas l'inexactitude de la mention figurant sur le relevé intégral d'information.

Par ordonnance du 8 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 7 janvier 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, représentant légal de la société SAFI, a fait l'objet d'une ordonnance pénale en date du 24 janvier 2019 le condamnant à trois amendes contraventionnelles pour des faits d'inobservation par un conducteur de véhicule de l'arrêt imposé par un feu rouge le 26 janvier 2018 à 19h50 à Paris, de stationnement gênant d'un véhicule sur un emplacement réservé aux livraisons le 27 janvier 2018 à 8h19 à Paris, et de non apposition sur un véhicule du certificat d'assurance ou apposition d'un certificat non valide le 27 janvier 2018 à 8h19, tous trois rattachés à un véhicule immatriculé DS-217-DR. Cette ordonnance a été transmise par l'administration postale le 23 juin 2020. Par une lettre du 7 juillet 2020, réceptionnée au greffe du tribunal de police de Paris le 9 juillet 2020, le directeur général de la société SAFI a formé une opposition à cette ordonnance pénale sur le fondement des dispositions de l'article 527 du code de procédure pénale. Par une décision du 10 août 2020, le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de quatre points du solde afférent au permis de conduire de M. C en raison de l'infraction relevée à son encontre le 26 janvier 2018 à 19h50. Par une lettre du 2 septembre 2020, réceptionnée par l'administration le 8 septembre 2020, le requérant a formé un recours gracieux contre la décision du 10 août 2020. Le silence conservé par le ministre de l'intérieur pendant une durée de deux mois à compter de la réception de la demande de M. C a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 10 août 2020 portant retrait de quatre points à la suite de l'infraction du 26 janvier 2018 et la décision implicite de rejet par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. ". Aux termes du l'article R. 223-1 du même code : " I.-Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 () / III.- Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction () ".

3. L'article L. 225-1 du code de la route fixe la liste des informations qui, sous l'autorité et le contrôle du ministre de l'intérieur, sont enregistrées au sein du système national des permis de conduire. En particulier, le 6° de cet article prévoit l'enregistrement dans ce système " de toutes décisions judiciaires à caractère définitif en tant qu'elles portent restriction de validité, suspension, annulation et interdiction de délivrance du permis de conduire ou interdiction de se présenter à l'examen du permis de conduire, ou qu'elles emportent réduction du nombre de points du permis de conduire ainsi que de l'exécution d'une composition pénale ". Ces informations mentionnées sont communiquées par l'officier du ministère public par support ou liaison informatique.

4. Aux termes de l'article 527 du code de procédure pénale : " Le prévenu peut, dans un délai de trente jours à compter de la date d'envoi de la lettre ou de la date à laquelle le procureur de la République a porté l'ordonnance à sa connaissance, former opposition à l'exécution de celle-ci. () Toutefois, s'il ne résulte pas de l'avis de réception que le prévenu a reçu la lettre de notification, l'opposition reste recevable jusqu'à l'expiration d'un délai de trente jours qui courent de la date à laquelle l'intéressé a eu connaissance, d'une part, de la condamnation, soit par un acte d'exécution, soit par tout autre moyen, d'autre part, du délai et des formes de l'opposition qui lui est ouverte. ". Aux termes de l'article 528 du même code : " En cas d'opposition formée par le ministère public ou par le prévenu, l'affaire est portée à l'audience du tribunal de police dans les formes de la procédure ordinaire. Le jugement rendu par défaut, sur l'opposition du prévenu, est susceptible d'opposition dans les conditions prévues aux articles 489 à 494-1. Jusqu'à l'ouverture des débats, le prévenu peut renoncer expressément à son opposition. L'ordonnance pénale reprend alors sa force exécutoire et une nouvelle opposition est irrecevable. ". Aux termes de l'article 528-1 du même code : " L'ordonnance pénale à laquelle il n'a pas été formé opposition a les effets d'un jugement passé en force de chose jugée. () ".

5. M. C soutient que la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L.223-1 du code de la route car en dépit de sa mention au relevé d'information intégral, la réalité de l'infraction relevée à son encontre à Paris le 26 janvier 2018 à 19h50 n'était pas établie par une condamnation devenue définitive. Le requérant prétend que, contrairement à ce qu'indiquent les mentions de son relevé d'information intégral, il a exercé son opposition par une lettre

du 7 juillet 2020 afin de contester l'ordonnance pénale du 24 janvier 2019 dans le délai d'opposition de 30 jours prévu par les dispositions de l'article 527 du code de procédure pénale. Toutefois, le ministre de l'intérieur fait valoir dans son mémoire en défense que M. C ne démontre pas l'inexactitude de la mention figurant sur le relevé intégral d'information qu'il verse au débat. Le ministre de l'intérieur fait valoir que l'opposition formée le 7 juillet 2020, postérieurement à la date de la condamnation pénale, ne saurait remettre en cause le caractère définitif de cette condamnation, et que la juridiction administrative n'est pas compétente pour statuer sur l'imputabilité d'une infraction pénale frappant un usager de la route.

6. D'une part, il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que la décision de réduction du nombre de points intervient seulement lorsque la réalité de l'infraction est établie, par le paiement de l'amende forfaitaire, l'émission du titre exécutoire de l'amende majorée, l'exécution d'une condamnation pénale ou la condamnation définitive prononcée par un juge pénal qui statue sur tous les éléments de droit et de fait portés à sa connaissance. Ainsi, le retrait de points ne peut intervenir qu'en cas de reconnaissance de responsabilité pénale, le cas échéant après appréciation par le juge judiciaire de la réalité de l'infraction et son imputabilité à la demande de l'intéressé.

7. M. C prétend qu'il ne pourrait faire l'objet d'une réduction de points en raison d'infractions au code de la route réalisées les 26 et 27 janvier 2018 au moyen du véhicule immatriculé DS-217-DR dès lors qu'il n'était plus responsable de ce véhicule à ces dates. Le requérant fait valoir que ce véhicule, qui appartenait à la société dont il est président, a été vendu à une société tierce le 14 décembre 2017, que le représentant légal de cette société tierce a pris possession dudit véhicule le 27 décembre 2017, et qu'une cession de certificat d'immatriculation a été réalisée le 27 décembre 2017 et qu'une décharge de responsabilité a été signée le jour même par le représentant de la société tierce. En outre, M. C fait valoir qu'une démarche dématérialisée d'enregistrement de cette cession au niveau du système d'immatriculation des véhicules a été engagée le 28 janvier 2018 ce dont témoigne l'accusé de réception qu'il verse au débat, mais que la prise en compte de cette saisine n'a été réalisée par l'Agence nationale des titres sécurisés qu'en juin 2018 pour des raisons de difficultés techniques liées à la gestion de l'application informatique. Toutefois, il n'appartient qu'au seul juge pénal de se prononcer sur la réalité et sur l'imputabilité d'une infraction à un auteur. Par suite, l'argumentation développée par M. C selon laquelle les infractions qui lui sont reprochées les 26 et 27 janvier 2018, et en particulier l'infraction à l'origine du retrait de quatre points en litige, seraient imputables à des tiers ne peut qu'être écartée comme étant inopérante.

8. D'autre part, il résulte des dispositions susmentionnées que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention d'une condamnation pénale devenue définitive.

9. Il résulte de l'instruction que le 26 janvier 2018 M. Chlebowski, président de la société SAFI, a fait l'objet d'un procès-verbal électronique pour infraction au code de la route au motif que le conducteur du véhicule immatriculé DS-217-DR n'avait pas respecté l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant. A raison de cette infraction, le président du tribunal de police de Paris, statuant en matière correctionnelle l'a condamné à une amende contraventionnelle de 135 euros par une ordonnance pénale du 24 janvier 2020. Toutefois, il ressort du cachet du bureau parisien de l'administration postale chargée de l'expédition du pli adressé à " Stéphane C 2/4 Avenue du président Salvador Allende, représentant légal de la société SAFI, 94400 Vitry-sur-Seine " que ce dernier n'a été transmis au requérant en sa qualité de représentant légal de la société qui fût propriétaire du véhicule immatriculé DS-217-DR que le 23 juin 2020, le destinataire soutenant sans être contredit l'avoir réceptionné le 25 juin 2020. Or, il résulte de l'instruction que le directeur général de la société SAFI a formé le 7 juillet 2020 une opposition contre l'ordonnance pénale du 24 janvier 2019 réceptionnée au greffe du tribunal de police de Paris le 9 juillet 2020. Ainsi, l'opposition formée le 7 juillet 2020 a été exercée pendant le délai de trente jours postérieur à la réception de l'ordonnance pénale. Par suite, cette opposition ne l'a pas été postérieurement à la condamnation définitive. Au surplus, si l'opposition a été formée par le directeur général de la société SAFI, et non par M. C lui-même, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité d'une telle opposition dont l'appréciation des mérites relève du seul juge judiciaire.

10. Dans ces conditions, la condamnation par ordonnance pénale du 24 janvier 2020 ne saurait être regardée comme étant devenue définitive le 25 juin 2020. Ainsi, M. C établit l'inexactitude de la mention énoncée au relevé d'information intégral édité le 29 décembre 2020 selon laquelle il aurait fait l'objet d'une condamnation définitive le 25 juin 2020 pour des faits de non-respect de l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant à Paris le 26 janvier 2018 à 19h50. Par suite, M. C doit être regardé comme ayant démontré que la réalité de l'infraction énoncée dans la décision en litige du 10 août 2020 n'est pas établie au sens des dispositions susvisées de l'article L. 223-1 du code de la route.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 août 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de quatre points du solde afférent à son permis de conduire à raison de l'infraction relevée à son encontre le 26 janvier 2018 à 19h50 à Paris. Par voie de conséquence, le requérant est également fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux formé contre la décision du 10 août 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Eu égard au motif d'annulation retenu, et en l'absence d'un changement de circonstances de droit ou de fait, le présent jugement implique que le ministre de l'intérieur restitue à M. C les quatre points retirés du solde afférent à son permis de conduire à raison de l'infraction relevée à son encontre le 26 janvier 2018 à 19h50 à Paris. Il y a lieu dès lors d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à cette restitution dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 août 2020, par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de quatre points du solde afférent au permis de conduire de M. C à raison de l'infraction relevée à son encontre le 26 janvier 2018 à 19h50 à Paris, et la décision implicite de rejet par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours gracieux formé contre la décision

du 10 août 2020, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, et en l'absence d'un changement de circonstances de droit ou de fait, de restituer les quatre points retirés du solde afférent au permis de conduire de M. C à raison de l'infraction relevée à son encontre le 26 janvier 2018 à 19h50 à Paris dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et de l'Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

S. A

La greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°200945

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