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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2010750

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2010750

mercredi 20 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2010750
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantCREAC'H

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 décembre 2020, M. B C, représenté par Me Creac'h, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux mis à sa charge au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'administration n'établit pas qu'il avait la qualité de maître de l'affaire ;

- elle n'établit pas l'existence d'un désinvestissement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la vérification de comptabilité de la société par actions simplifiée (D au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, M. C, en sa qualité d'associé et de gérant de cette société, a fait l'objet d'un contrôle sur pièces, à l'issue duquel il a été rendu destinataire d'une proposition de rectification le 26 juin 2019. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux au titre des années 2015 et 2016 ont été mis en recouvrement à son encontre le 31 janvier 2020. Une réclamation a été présentée le 23 mars 2020 et partiellement rejetée par l'administration le 29 juin suivant. Par la requête susvisée, l'intéressé demande la décharge des impositions en cause.

Sur la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ".

3. M. C, qui n'a pas présenté d'observations sur la proposition de rectification qui lui a été adressée le 26 juin 2019, supporte, en conséquence, la charge de la preuve de l'exagération des impositions.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. En premier lieu, le requérant soutient que l'administration n'établit pas le désinvestissement des sommes prétendument distribuées.

5. Tout d'abord, par la décision du 29 juin 2020, rejetant partiellement la réclamation d'assiette, l'administration a admis en déduction des charges salariales à hauteur de 26 690 euros, des charges de location de véhicule à hauteur de 3 100 euros et des charges d'hôtel à hauteur de 945 euros. Dès lors que le service a procédé au dégrèvement correspondant avant l'introduction de la requête, les conclusions tendant à la décharge des impositions à hauteur de la prise en compte de ces charges déjà admises sont irrecevables.

6. Par ailleurs, le requérant soutient que les sommes de 12 100 et 9 300 euros ont été extournées en 2018. Toutefois, la production du grand livre des comptes de la société au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2018 mentionnant de telles sommes au débit du compte 604000 " Achat d'études et prestations de services ", dont rien ne démontre qu'il n'aurait pas été établi postérieurement aux opérations de contrôle de la D, ne suffit pas à contredire le fait que les sommes correspondantes n'apparaissaient pas en comptabilité au titre des exercices précédents.

7. De plus, si le requérant soutient que les sommes comptabilisées comme salaires ont été perçues par les salariés de la société, il n'apporte toutefois aucun élément justifiant que la prise en compte des charges salariales à hauteur de 26 690 euros déjà admise par l'administration serait insuffisante, en se bornant à produire des fiches de paie et les mentions du livre de paie, dépourvues de date certaine et non accompagnées de la preuve du versement effectif de ces sommes aux salariés correspondants.

8. Enfin, faute de produire la moindre pièce justificative de la réalité des indemnités de restauration ni de ce qu'elles ont été engagées dans l'intérêt de la société, le requérant n'est pas plus fondé à soutenir que les sommes comptabilisées à ce titre n'auraient pas été désinvesties, ni que ces sommes auraient dû être mises à la charge des bénéficiaires de ces indemnités.

9. En second lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ". Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

10. Pour regarder M. C comme seul maître de l'affaire de la D, l'administration a constaté qu'il était président et co-associé à hauteur de 50 % des parts de cette société, qu'il est le seul interlocuteur des clients et fournisseurs, qu'il dispose de la signature bancaire et que le siège social est installé à son domicile personnel. Dans le cadre de la présente instance, l'administration précise que l'autre associée, Mme A C, ne participait pas à l'activité de la société.

11. Pour contester ce faisceau d'indices, M. C soutient que la société disposait de trois cartes bancaires différentes et que des opérations comptabilisées ont été effectuées le même jour en France et à l'étranger. Toutefois, le requérant à qui incombe la charge de la preuve ne conteste pas utilement les constations de l'administration, alors que les cartes bleues en cause sont toutes au nom de " M. C - D " et que celui-ci ne précise pas l'identité de la ou les personnes qui auraient eu la maîtrise de l'affaire à sa place, alors qu'il ne conteste pas que Mme C, l'autre associée de la société n'intervenait pas dans la gestion de cette société. Par ailleurs, la circonstance que l'administration n'aurait pas procédé à un droit de communication ne suffit pas à contredire le fait que le requérant était l'interlocuteur des clients et fournisseurs, élément qui selon l'administration a été établi au cours du débat oral et contradictoire. Il en résulte que le requérant disposait seul des pouvoirs de contrôle et de direction de la société lui permettant d'user sans contrôle des biens sociaux comme de ses biens propres. Il s'ensuit que M. C doit être regardé comme le seul maître de l'affaire et est par suite présumé avoir appréhendé les revenus réputés distribués par la société DNU Associés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux mis à sa charge au titre des années 2015 et 2016 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé : P. MeyrignacLe président,

Signé : N. Le Broussois

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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