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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101209

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101209

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantFERRACCI VANINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 février 2021 et le 31 mars 2022, Mme F E, M. G B et Mme D H, représentés par Me Théobald, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2020 par lequel le maire de Fontenay-sous-Bois a délivré à M. et Mme C un permis de construire pour l'extension d'un immeuble existant et l'édification d'une dépendance en fond de parcelle sur un terrain situé 5 rue Jules Lepetit (Fontenay-sous-Bois), ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux née le 5 décembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Fontenay-sous-Bois une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ; en particulier, elle n'est pas tardive et ils disposent d'un intérêt à agir ;

- le permis de construire en litige a été accordé sur la base de déclarations frauduleuses dès lors que le dossier ne précise pas que le projet porte sur un immeuble qui a été transformé sans autorisation en logements collectifs, ce qui a une incidence sur le respect du règlement du plan local d'urbanisme concernant les places de stationnement, que les travaux autorisés par le permis de construire en litige ont été entrepris avant la délivrance du permis de construire, et que le projet ne vise pas, en réalité, à la création d'une dépendance mais de deux logements supplémentaires ;

- il méconnaît l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le projet ne prévoit pas suffisamment de places de stationnement ;

- il méconnaît l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors qu'une partie des espaces de pleine terre sera destinée au stationnement des vélos et à entreposer les bacs à ordures ménagères ; les haies végétalisées ne peuvent être prises en compte dès lors qu'elles sont accolées à un mur ; le jardin sur dalle ne peut également être pris en compte dès lors qu'il ne se situe pas sur la toiture d'une construction ; la toiture végétalisée n'est pas faisable et les velux n'ont pas été soustraits de la surface du toit pouvant être végétalisée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 7 mars 2022 et 23 mai 2022, la commune de Fontenay-sous-Bois, représentée par la S.C.P. Lonqueue - Sagalovitsch - Eglierichters et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme E et autres sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme E et autres ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 avril 2021 et 2 mai 2022, M. et Mme C, représentés par le cabinet Practice avocats, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme E et autres la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Zanella rapporteur public,

- et les observations de Me Theobald, représentant Mme E et autres, de Me Krasniqi, représentant la commune de Fontenay-sous-Bois et de Me Ferracci, représentant M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 juin 2020, le maire de Fontenay-sous-Bois a délivré à M. et Mme C un permis de construire une extension d'un logement en duplex et création d'une dépendance. Mme E et autres ont sollicité le retrait de cet arrêté par un recours gracieux présenté le 5 octobre 2020 qui a été rejeté implicitement le 5 décembre 2020. Par la présente requête, Mme E et autres demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du permis de construire du 8 septembre 1958 ayant autorisé la construction sur lesquels portent les travaux autorisés par le permis de construire en litige et du certificat de conformité du 9 novembre 1961 que cette construction a toujours été un immeuble collectif. En outre, la seule circonstance que les travaux avaient débuté préalablement à la délivrance du permis de construire en litige ne peut être regardée comme constitutive d'une manœuvre frauduleuse. Par suite, Mme E et autres ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté litigieux serait entaché d'une fraude.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 12 du règlement du plan local d'urbanisme auquel renvoie l'article UB 12 de ce même règlement : " En cas d'extension ou de surélévation d'un bâtiment d'habitation ne disposant d'aucun emplacement de stationnement, les normes de stationnement pour les voitures s'appliquent si la surface de plancher créée à l'occasion de la réalisation du projet excède 50% de la surface de plancher existante à la date d'approbation du PLU ou que le projet implique la création de logements supplémentaires. Les normes relatives au stationnement des cycles devront être respectées sauf si la surface des espaces collectifs est insuffisante pour aménager un local vélo. / Pour les autres destinations, les normes s'appliquent au prorata de la surface de plancher créée ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le projet, qui n'implique pas la création de logement supplémentaire, n'entraîne pas la création d'une surface plancher qui excède 50 % de la surface existante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme ne peut être qu'écarté.

5. En troisième lieu, l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme prévoit pour le secteur UBb dans lequel le projet doit s'implanter que 40% minimum de la surface du terrain doit être traitée en espaces végétalisés, dont 50% en jardin de pleine terre. Selon l'article 13 de ce règlement, contenu au titre II " Règles communes applicables à toutes les zones urbaines " : " Pour chaque zone, un pourcentage minimum de la surface du terrain, défini dans chaque règlement de zone, devra être traité en espaces végétalisés (EV) () / En cas d'amélioration des constructions existantes, et dans le cas où la construction d'origine ne répond pas aux exigences en matière de pourcentage d'espaces végétalisés, ce dernier doit être à minima maintenu. / Différents types d'espaces végétalisés sont autorisés, pondérés par la mise en place d'un coefficient de biotope dont le détail est figuré dans le glossaire proposé en annexe du règlement (pièce 4.6 du PLU). / Par ailleurs, pour chaque zone, un pourcentage minimum de la surface des espaces végétalisés, défini dans chaque règlement de zone, devra être aménagé en jardin pleine terre ". Le lexique du plan local d'urbanisme définit les espaces végétalisés comme : " les jardins de pleine terre : voir définition " Espace vert de pleine terre " / jardin sur dalle ou toiture végétalisée : voir définition " toiture terrasse " / clôture végétale : une clôture végétale est constituée d'une haie doublée ou non d'une grille, pouvant être plantée sur un jardin sur dalle ou sur un jardin de pleine terre. () ", les espaces verts de pleine terre comme " toute surface libre non bâtie ni en surface ni en sous-sol, permettant la libre circulation des eaux pluviales. Ces espaces peuvent être aménagés en espaces verts (pelouses, plantations), mais aussi en allée de jardin non dallée ou non cimentée. Ils ne peuvent pas être réservés au stationnement et à ses circulations, même aux dispositifs type " Evergreen " " et les toitures terrasses comme la " couverture d'une construction. En fonction de la règlementation applicable, elle peut être accessible ou non. Ces toitures peuvent être végétalisées () ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la demande de permis de construire, que le terrain d'assiette du projet à une surface de 323 m2 En application des règles précitées, la surface végétalisée doit alors avoir une surface minimale de 129,2 m2 dont 64,6 m2 en pleine terre. Selon la demande de permis de construire, la partie végétalisée aura une surface de 129,35 m2, dont 87,8 m2 en pleine terre.

7. Selon le plan de masse joint à la demande de permis de construire, les dalles existantes sur la partie du jardin située du côté de la rue Jules Lepetit seront retirées pour la mettre en pleine terre. La circonstance qu'une partie de ce jardin soit utilisée pour permettre le stationnement des vélos ou à entreposer des bacs de collecte des déchets, ce qui n'induit en l'espèce la réalisation d'aucune construction et ne fait pas obstacle à la circulation des eaux pluviales, n'est pas de nature, en l'absence de dispositions contraires prévues par le règlement du plan local d'urbanisme, à ôter à cette partie du jardin son caractère de pleine terre. De même, la circonstance que le lexique renvoie, s'agissant des termes " jardin sur dalle " et " toiture végétalisée ", à la définition de la " toiture terrasse ", laquelle indique qu'une telle toiture désigne la " couverture d'une construction ", ne saurait en elle-même interdire les jardins sur dalle dès lors que la possibilité de les réaliser est expressément prévue par le règlement du plan local d'urbanisme. Enfin, si le projet prévoit une toiture avec une pente à 40° et une épaisseur de terre naturelle suffisante pour bénéficier de l'application du coefficient de biotope de 0,25 soit une épaisseur comprise entre 15 et 30 cm, les seules pièces produites par les requérants ne permettent pas d'établir l'impossibilité de procéder à une telle réalisation.

8. Les requérants sont toutefois fondés à soutenir que pour le calcul de la surface végétalisée, celle occupée par les fenêtres de toit, soit un peu plus de 3 m², devait être retirée. En outre, alors que selon le lexique une clôture végétale est une clôture constituée d'une haie doublée et non d'une grille, il ne pouvait être retenu, au titre de ces mêmes espaces végétalisés, la haie accolée au mur de clôture côté cour et la haie accolée au mur de l'habitation mitoyenne côté rue, ce qui représente une surface de 7,30 m². Il résulte de ce qui précède qu'en soustrayant les surfaces dédiées à ces haies et aux fenêtres de toit, la surface végétalisée à prendre en compte est inférieure à la surface minimale requise de 129,20 m². Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme.

Sur la mise en œuvre de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

9. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le permis de construire du 23 juin 2020 n'est entaché d'illégalité qu'en tant qu'il méconnaît l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Fontenay-sous-Bois pour les motifs exposés au point 8 du présent jugement.

11. Ce vice, qui n'implique pas d'apporter au projet en litige un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même, étant susceptible d'être régularisé, il y a lieu en conséquence, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, d'annuler l'arrêté du 23 juin 2020 en tant seulement qu'il méconnaît ces dispositions.

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de fixer à six mois le délai imparti pour la régularisation du permis de construire délivré par le maire de Fontenay-sous-Bois à M. et Mme C.

Sur les frais de l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la commune de Fontenay-sous-Bois et M. et Mme C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soit mise à la charge de Mme E et autres qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Fontenay-sous-Bois une somme globale de 1 500 euros à verser à Mme E et autres au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : l'arrêté du maire de Fontenay-sous-Bois du 23 juin 2020 est annulé qu'en tant qu'il méconnaît l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme.

Article 2 : Un délai de six mois est imparti à M. et Mme C afin d'obtenir un permis de construire modificatif destiné à régulariser le vice retenu au point 5 du présent jugement.

Article 3 : la commune de Fontenay-sous-Bois versera une somme globale de 1 500 euros à Mme E et autres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, à M. G B, à Mme D H, à la commune de Fontenay-sous-Bois et à M. et Mme C.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

Mme Morisset, conseillère,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

P.Y. A

Le président,

M. L'HIRONDEL

La greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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