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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101252

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101252

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101252
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantDRAI ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 février 2021, 30 mars et 14 juin 2023, le syndicat des copropriétaires du 80 avenue Georges Clémenceau, représenté par Me Pelloquin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 8 décembre 2020 par laquelle l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois a institué le droit de préemption simple et le droit de préemption urbain renforcé sur le territoire de la commune de Bry-sur-Marne et a délégué ces droits de préemption à l'établissement public foncier d'Ile-de-France ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial Paris-Est-Marne et Bois la somme de 3 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est bien recevable ; en particulier, il a intérêt et qualité pour agir ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence dès lors que les membres du conseil territorial n'ont pas été régulièrement convoqués, en méconnaissance des dispositions des articles L. 2121-10 et L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation en ce qui concerne l'institution du droit de préemption urbain renforcé, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-4 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 211-4 du code de l'urbanisme dès lors que la résidence située au 80 avenue Georges Clémenceau ne peut pas faire l'objet d'un droit de préemption ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la résidence ne se trouve pas dans un secteur assigné par le plan local d'urbanisme de la commune pour la réalisation de logements sociaux ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires, enregistrés les 30 septembre 2022 et 29 mai 2023, la commune de Bry-sur-Marne, représentée par Me Destarac, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du syndicat des copropriétaires du 80 avenue Georges Clémenceau la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le syndicat requérant ne justifie pas d'une délibération de son assemblée générale pour être autorisé à agir en justice ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par des mémoires, enregistrés les 30 septembre 2022 et 29 mai 2023, l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois, représenté par la Selarl Drai associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du syndicat des copropriétaires du 80 avenue Georges Clémenceau la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que le syndicat requérant ne justifie pas d'une délibération de son assemblée générale pour agir en justice ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duhamel,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- et les observations de Me Pelloquin, représentant le syndicat des copropriétaires du 80 avenue Georges Clemenceau, et de Me Cocrelle, représentant l'établissement public territorial Paris-Est Marne et Bois.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 8 décembre 2020, l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois a institué le droit de préemption simple et le droit de préemption urbain renforcé sur le territoire de la commune de Bry-sur-Marne et a délégué ces droits de préemption à l'établissement public foncier d'Ile-de-France. Ce droit de préemption urbain renforcé concerne le secteur sur lequel se situe notamment la résidence du 80 avenue Georges Clémenceau. Le syndicat des copropriétaires du 80 avenue Georges Clemenceau demande au tribunal d'annuler cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relative au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. / () Pour l'application des articles L. 2121-11 et L. 2121-12, ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus. ". Aux termes de l'article L. 2121-10 de ce code : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. ". Aux termes de l'article L. 2121-12 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () / Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. ".

3. D'une part, si le syndicat requérant soutient que les convocations n'ont pas été faites dans les délais légaux et selon les modalités prévues à l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales précité, il n'assortit ses allégations d'aucun élément circonstancié alors qu'il ressort des pièces du dossier que la convocation à la séance du 8 décembre 2020 a été adressée par voie dématérialisée aux conseillers territoriaux le 1er décembre 2020, soit dans le respect du délai de cinq jours francs fixé cet article.

4. D'autre part, l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois produit l'ordre du jour de la séance du 8 décembre 2020 et la note de synthèse comprenant un exposé du rapporteur résumant l'objet, les motifs et le cadre juridique de la délibération soumise au conseil de territoire. Ces documents, dont le syndicat requérant ne conteste l'envoi effectif aux conseillers territoriaux par aucun élément suffisamment étayé, ont été joints aux convocations conformément aux articles cités au point 2.

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'urbanisme : " Les communes dotées d'un plan d'occupation des sols rendu public ou d'un plan local d'urbanisme approuvé peuvent, par délibération, instituer un droit de préemption urbain sur tout ou partie des zones urbaines et des zones d'urbanisation future délimitées par ce plan () ". Aux termes de l'article L. 211-4 de ce code : " Ce droit de préemption n'est pas applicable : / a) A l'aliénation d'un ou plusieurs lots constitués soit par un seul local à usage d'habitation, à usage professionnel ou à usage professionnel et d'habitation, soit par un tel local et ses locaux accessoires, soit par un ou plusieurs locaux accessoires d'un tel local, compris dans un bâtiment effectivement soumis, à la date du projet d'aliénation, au régime de la copropriété, soit à la suite du partage total ou partiel d'une société d'attribution, soit depuis dix années au moins dans les cas où la mise en copropriété ne résulte pas d'un tel partage, la date de publication du règlement de copropriété au fichier immobilier constituant le point de départ de ce délai ; () Toutefois, par délibération motivée, la commune peut décider d'appliquer ce droit de préemption aux aliénations et cessions mentionnées au présent article sur la totalité ou certaines parties du territoire soumis à ce droit. () ".

7. D'une part, la délibération litigieuse rappelle que le droit de préemption urbain simple ne peut être institué dans certains secteurs de la commune, rappelant notamment le point a) de l'article L. 211-4 du code de l'urbanisme. Pour instituer néanmoins le droit de préemption urbain renforcé, elle mentionne alors que la commune compte 18 % de logements sociaux, soit un taux inférieur à celui exigé par la loi et que " le secteur Georges Clémenceau apparaît comme un secteur stratégique en ce sens qu'il permettrait la transformation et la réhabilitation d'une résidence de tourisme en un ensemble d'immeubles de logements locatifs aidés dont une majorité destinée à des séniors ". Elle indique ensuite que " pour permettre la requalification de ce secteur, une maîtrise de toutes les opérations foncières y est nécessaire " et que " pour atteindre et faciliter la réalisation des objectifs assignés par le PLU révisé et les objectifs assignés par la loi SRU, il convient d'instituer le droit de préemption urbain renforcé (DPU-R) sur le secteur à potentiel de développement tel que défini sur le plan 1 en annexe de la présente délibération ". Dans ces conditions, pour l'application des dispositions de l'article L. 211-4 du code de l'urbanisme, la délibération du 8 décembre 2020 est suffisamment motivée. Dès lors, le moyen doit être écarté.

8. D'autre part, le syndicat requérant soutient que la délibération attaquée méconnaît ces mêmes dispositions dès lors que la résidence du 80 avenue Georges Clémenceau était à l'origine, selon la qualification donnée à l'article D. 321-1 du code du tourisme, un établissement commercial d'hébergement pour être une résidence de tourisme, de sorte qu'elle n'entre pas dans le cadre des dispositions de l'article L. 211-4 du code de l'urbanisme précité. Toutefois, ainsi que le syndicat le précise lui-même, cette résidence est devenue un local à usage d'habitation depuis la révision du plan local d'urbanisme intervenue le 20 mars 2017 et les copropriétaires ont individuellement déposé en mairie des déclarations préalables pour effectuer le changement de destination. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la délibération attaquée est suffisamment motivée pour instituer le droit de préemption urbain renforcé sur ce secteur. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () ". Aux termes de l'article L. 211-1 de ce même code : " Les communes dotées d'un plan d'occupation des sols rendu public ou d'un plan local d'urbanisme approuvé peuvent, par délibération, instituer un droit de préemption urbain sur tout ou partie des zones urbaines et des zones d'urbanisation future délimitées par ce plan () ".

10. Le syndicat requérant soutient que la délibération attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors que le droit de préemption urbain renforcé a été institué sur le périmètre de la résidence du 80 avenue Georges Clémenceau qui n'est pas un secteur assigné par le plan local d'urbanisme de la commune pour la réalisation de logements sociaux. Toutefois, il n'est pas contesté que le secteur Georges Clémenceau dans lequel est située la résidence est classé dans le plan local d'urbanisme en zone UB qui correspond à une zone urbaine. Par ailleurs, l'institution du droit de préemption urbain renforcé n'est pas subordonnée à l'existence d'un projet dont les caractéristiques précises seraient d'ores et déjà arrêtées ou même connues à la date à laquelle elle est décidée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de fait en ce que la résidence du 80 avenue Georges Clémenceau n'est pas située, dans le plan local d'urbanisme de Bry-sur-Marne, dans un secteur assigné à la réalisation de logements sociaux ne peut être qu'écarté.

11. En quatrième et dernier lieu, le syndicat requérant soutient que la délibération attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir, dès lors que l'institution du droit de préemption urbain aurait pour effet d'acquérir la résidence du 80 avenue Georges Clémenceau à bas prix. Toutefois, il ressort des énonciations de la délibération litigieuse que celle-ci a été prise pour permettre à la commune de Bry-sur-Marne de réaliser des logements sociaux. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune, qui n'avait pas à justifier, à ce stade de la procédure, d'un projet d'aménagement, aurait, en faisant usage de la possibilité qui lui était ouverte par la loi d'instituer le droit de préemption urbain, poursuivi un but étranger à celui en vue duquel ce droit peut être institué. La circonstance qu'une procédure d'expropriation a été entamée postérieurement est sans incidence sur la possibilité d'instituer un droit de préemption urbain et par suite, sur la légalité de la délibération attaquée. Dès lors, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Bry-sur-Marne et par l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois, que le syndicat des copropriétaires du 80 avenue Georges Clemenceau n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 8 décembre 2020.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le syndicat des copropriétaires du 80 avenue Georges Clémenceau demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du syndicat des copropriétaires du 80 avenue Georges Clémenceau une somme de 750 euros à verser à l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois et une autre somme de 750 euros à verser à la commune de Bry-sur-Marne au titre des frais qu'ils ont exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête du syndicat des copropriétaires du 80 avenue Georges Clémenceau est rejetée.

Article 2 : Le syndicat des copropriétaires du 80 avenue Georges Clémenceau versera une somme de 750 euros à la commune de Bry-sur-Marne et une autre somme de 750 euros à l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires du 80 avenue Georges Clemenceau, à la commune de Bry-sur-Marne et à l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. B, président,

M. Duhamel , premier conseiller,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le rapporteur,

B. DUHAMELLe président,

M. B

La greffière,

M. A La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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