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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101981

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101981

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101981
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantLE SQUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mars 2021 et 7 octobre 2022,

Mme D C, représentée par Me Le Squer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2021 en tant que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office ;

2°) de mettre à la charge du préfet de Seine-et-Marne la somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 19 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 novembre 2022 à 12 heures.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 avril 2021 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de la justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, ressortissante congolaise née le 12 septembre 1999 à Brazzaville, entrée en France le 11 septembre 2016 selon ses déclarations a sollicité, le 7 juillet 2020, la régularisation de sa situation administrative sur le fondement des dispositions du 7° de l'article

L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du

12 février 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant que le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () ; / 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; / (). / La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ". Il résulte de ces dispositions que lorsque l'obligation de quitter le territoire français, qui ressortit des catégories de décisions devant être motivées en droit et en fait, vise un étranger faisant l'objet d'un refus de titre de séjour, la motivation de cette mesure se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de motivation spécifique.

3. Il ressort des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions de l'article L. 511-1, notamment le I, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui en constituent le fondement, qu'elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour dès lors que cette dernière décision est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () ; / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. / () ".

5. Si Mme C soutient résider en France de manière habituelle depuis le 12 septembre 2016 et avoir vécu avec sa mère, ses deux demi-sœurs et son demi-frère à Tours jusqu'en 2018 puis, en raison de la mésentente avec sa mère, avoir été hébergée dans une famille d'accueil jusqu'à la fin de sa scolarité en mai 2019 et être hébergée depuis 2020 en Seine-et-Marne grâce au service intégré de l'accueil et de l'orientation, les pièces qu'elle produit à l'appui de son argumentation ne permettent pas d'établir le caractère continu de sa présence en France. En outre, si la copie de l'acte de naissance intégrale qu'elle produit permet d'établir qu'elle est la mère d'une petite fille née le 28 novembre 2019 que M. A E, ressortissant congolais, a reconnu le même jour, et que le père de son enfant est titulaire d'un récépissé de demande de carte de séjour portant la mention " membre de famille du protégé subsidiaire " en raison de son lien de parenté avec un enfant né d'une première relation, elle n'apporte, cependant, aucun élément probant de nature à établir la réalité de leur vie commune ainsi que la contribution du père de son enfant à son entretien et à son éducation. Par ailleurs, si Mme C a suivi sa scolarité dans un lycée professionnel de 2017 à 2019 et a obtenu, en 2019, le certificat d'aptitude professionnelle mention " agent polyvalent de restauration ", elle ne peut justifier d'aucune insertion particulière sur le territoire français. Dans ces circonstances, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour de en France, Mme C, qui ne peut justifier de liens avec sa famille en France et nonobstant la seconde grossesse qu'elle a déclarée postérieurement à la décision contestée et qui est sans incidence sur sa légalité, n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté une attente disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Compte-tenu des considérations énoncées au point 5. du présent jugement, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant. Le moyen invoqué ne peut donc qu'être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5. et 7. du présent jugement, Mme C n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet de

Seine-et-Marne aurait entaché la décision en litige d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle le préfet fixe le pays à destination duquel sera reconduit l'étranger qui n'a pas satisfait à l'obligation de quitter le territoire français, laquelle constitue une décision distincte de la mesure d'éloignement elle-même en vertu des dispositions de l'article L. 513-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constitue une mesure de police qui doit, en principe, être motivée.

10. La décision fixant le pays à destination duquel Mme C est susceptible d'être reconduite, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise sa nationalité et relève qu'elle n'établit pas que sa vie ou sa liberté serait menacée dans son pays d'origine, comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée. Le moyen invoqué ne peut donc qu'être écarté.

11. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8. du présent jugement que Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision critiquée serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Le moyen invoqué ne peut donc qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 février 2021 en tant que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Il suit de là que les conclusions tendant à l'annulation, dans cette mesure, de l'arrêté du 12 février 2021 ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions que Mme C a présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 19 juillet 1991 et de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, premier conseiller

Mme Luneau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

Le rapporteur,

F. B

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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