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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102831

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102831

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantCHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2021, Mme C B, représentée par Me Charles, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable pendant dix ans, révélée par la délivrance d'un certificat de résidence algérien valable pendant un an, le 18 novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 bis h) de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968, dès lors qu'elle remplit les conditions pour obtenir la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans, notamment en raison de ses cinq années de résidence régulière ininterrompue en France.

Le préfet du Val-de-Marne, à qui la requête a été communiquée le 29 mars 2021, n'a pas produit d'observations.

Une mise en demeure a été adressée le 20 octobre 2021 à la préfète du Val-de-Marne.

Par ordonnance du 7 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 février 2022 à 12 h 00.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante algérienne née le 5 mars 1969, est entrée en France le 7 juillet 2005. Un certificat de résidence algérien lui a été délivré par le préfet du Val-de-Marne le 28 juillet 2015 en qualité de salarié, régulièrement renouvelé jusqu'au 27 juillet 2017 et dont les effets ont été prolongés jusqu'au 3 mai 2019. Un certificat de résidence algérien lui a ensuite été délivré le 22 octobre 2019, portant la mention " vie privée et familiale ", valable jusqu'au 21 octobre 2020. Le 30 septembre 2020, elle a sollicité, à titre principal, la délivrance d'un certificat de résidence algérien de 10 ans ou, à titre subsidiaire, le renouvellement de son certificat de résidence algérien valable pendant un an. Le 18 novembre 2020, le préfet du Val-de-Marne a renouvelé son certificat de résidence algérien valable pendant un an, mais a refusé, par une décision implicite dont elle demande l'annulation, de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : () ". En outre, aux termes de l'article 7 bis du même accord : " " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () / h) Au ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", lorsqu'il remplit les conditions prévues aux alinéas précédents ou, à défaut, lorsqu'il justifie de cinq années de résidence régulière ininterrompue en France () ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

4. Mme B soutient être entrée en France en 2005, fait auquel la préfète du Val-de-Marne est réputée avoir acquiescé, en l'absence de mémoire, en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 20 octobre 2021, et en application des dispositions précitées de l'article R. 621-6 du code de justice administrative, et non contredit par les pièces du dossier, soit postérieurement à la signature du premier avenant à l'accord susvisé, le 22 décembre 1985. Par conséquent, elle peut se prévaloir des stipulations précitées des articles 7 et 7 bis de l'accord franco-algérien. Il ressort des pièces du dossier, notamment des différents récépissés de demande de titre de séjour et de certificats de résidence algérien dont elle a bénéficié, qu'elle réside en France de manière régulière depuis le 7 janvier 2014, date de délivrance de son premier récépissé de demande de titre de séjour. Mme B fait également valoir le caractère ininterrompu de sa résidence en France depuis 2005, fait non contredit par les pièces du dossier et auquel la préfète du Val-de-Marne est également réputée avoir acquiescé. Dans ces conditions, à la date de la décision attaquée, Mme B justifiait être titulaire d'un certificat de résidence algérien d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale " et résider de manière régulière et ininterrompue en France depuis le 7 janvier 2014, soit plus de cinq années et, par suite, était fondée à obtenir de plein droit un certificat de résidence algérien d'une validité de dix ans. Dès lors, en refusant implicitement de lui délivrer un tel certificat, le préfet du Val-de-Marne a méconnu les stipulations précitées du h) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien susvisé.

5. Il résulte de ce qui précède que, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

7. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance, par la préfète du Val-de-Marne, d'un certificat de résidence algérien d'une validité de dix ans à Mme B. Ainsi, il y a lieu de l'enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. () ".

9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Charles, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Charles de la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet du Val-de-Marne du 18 novembre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Charles une somme de 1 200 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Charles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la préfète du Val-de-Marne et à Me Charles.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Mentfakh, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

M. DLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

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