vendredi 10 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2103089 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CHARTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 avril 2021, l'EURL De Boyer, représentée par Me Chartier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine pour un montant total de 41 606 euros ainsi que la décision du 1er février 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) de la décharger du paiement de la somme correspondante ;
3°) A titre subsidiaire, de réduire la contribution spéciale à la somme maximale de 15 000 euros ;
4°) A titre très subsidiaire, de réduire la contribution spéciale à un montant proportionné à la gravité de l'infraction et à la situation du requérant ;
5°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 17 novembre 2020 a été signée par une autorité incompétente ;
- les deux décisions attaquées sont entachées d'erreur dans la matérialité des faits ;
- elles méconnaissent l'article L. 8251-1 du code du travail en l'absence de relation de travail effective ;
- elles méconnaissent l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à l'infraction d'aide à l'entrée et au séjour irréguliers ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que le directeur de l'OFII s'est cru en situation de compétence liée concernant le calcul du montant de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et a méconnu le principe de la proportionnalité de la sanction ;
- elles méconnaissent l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le montant de la contribution spéciale ne pouvait excéder 15 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2021, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête Il soutient que les moyens soulevés par la société De Boyer ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion d'un contrôle routier effectué le 6 janvier 2020, les services de la gendarmerie nationale ont constaté, dans une camionnette appartenant à la société De Boyer, la présence de deux ressortissants ivoiriens dépourvus de titre les autorisant à séjourner et à exercer une activité salariée en France. Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. Par une décision du 17 novembre 2020, le directeur général de l'OFII a appliqué à la société De Boyer la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 36 500 euros et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 5 106 euros. Le 1er février 2021, le directeur de l'OFII a rejeté son recours gracieux. La société De Boyer demande au tribunal d'annuler la décision du 17 novembre 2020 ainsi que celle du 1er février 2021 par laquelle le directeur de l'OFII a rejeté son recours gracieux.
2. En premier lieu, la signataire de la décision du 17 novembre 2020,
Mme B A, adjointe à la cheffe du service juridique et contentieux de l'OFII, a reçu délégation du directeur de l'OFII, par la décision
n° INTV1932809S en date du 19 décembre 2019 régulièrement publiée le même jour sur le site internet de l'OFII, à l'effet de signer notamment l'ensemble des décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le procès-verbal d'infraction de la gendarmerie de Chelles, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, mentionne que les gendarmes ont constaté, le 6 janvier 2020, la présence de deux hommes de nationalité ivoirienne, passagers d'une camionnette de la société De Boyer et qu'ils étaient tous deux étaient en situation irrégulière. En outre, les déclarations du gérant de la société De Boyer faites le 14 janvier 2020 corroborent les constatations des gendarmes telles qu'elles résultent du procès-verbal. Ainsi, la société De Boyer n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le directeur de l'OFII a retenu, dans sa décision, l'emploi de deux travailleurs et non d'un seul, peu important que les services de gendarmerie n'aient placé en retenue administrative et n'aient procédé à l'audition que de l'un d'entre eux.
4. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ". L'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu les articles L. 822-2 et L. 822-3 du même code, dispose en outre que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".
5. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale ou la contribution forfaitaire prévues par les dispositions citées au point précédent, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.
6. Il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal d'infraction que le 6 janvier 2020 à 9h10, deux ressortissants ivoiriens dépourvus de titre de séjour et d'autorisation de travail étaient passagers du véhicule utilitaire appartenant à la société De Boyer et que, à l'occasion du contrôle auquel ils ont été soumis, le gérant, conducteur du véhicule, a admis qu'ils se rendaient sur un chantier où il était convenu que les deux passagers travaillent pour son compte. Un des passagers de la camionnette a confirmé qu'il venait d'être embauché pour travailler sur un chantier et le gérant a reconnu, lors de son audition par les services de gendarmerie, avoir embauché le matin des faits les deux hommes pour qu'ils l'aident à déplacer des sacs de gravas sur un chantier contre une rémunération de 50 euros. Il a précisé ne leur avoir demandé aucun papier d'identité. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les relations de travail entre ces deux salariés et la société De Boyer ne sont pas établies.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I. - Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article
L. 3231-12. / II. - Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III. - Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ".
8. Le directeur de l'OFII a mis à la charge de la société De Boyer la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail au montant forfaitaire de 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti, soit la somme de 36 500 euros. Les dispositions précitées aux points 4 et 7 n'habilitent pas le directeur général de l'OFII, pas plus que le juge administratif, à moduler le taux de la contribution spéciale en dehors des cas pour lesquelles une minoration est envisagée par les textes applicables au litige. La société requérante ne démontre ni même n'allègue que sa situation relèverait des hypothèses prévues par les II. et III. de l'article R. 8253-2 du code du travail. Par suite, le directeur de l'OFII n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 8253-1 du code du travail en ce qui concerne le montant de la contribution spéciale appliquée à la société De Boyer.
9. En cinquième lieu, si la société requérante conteste la proportionnalité de l'amende prononcée à son encontre au regard de la gravité de l'infraction et de sa situation, elle n'apporte au tribunal aucun élément précis et circonstancié au soutien de cette allégation.
10. En sixième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , dans sa rédaction alors applicable, issue de la loi du 7 mars 2016: " () Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, au premier alinéa du présent article et à l'article
L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2, L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail ou, si l'employeur entre dans le champ d'application de ces articles, le montant des sanctions pénales prévues par le chapitre II du présent titre. / () ". Aux termes de l'article L. 8256-2 du code du travail : " le fait pour toute personne, directement ou par personne interposée, d'embaucher, de conserver à son service ou d'employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1, est puni d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de
15 000 euros. () ". Aux termes de l'article L. 8256-7 du même code, dans sa rédaction issue de la loi n° 2014-790 du 10 juillet 2014 : " Les personnes morales reconnues pénalement responsables, dans les conditions prévues par l'article 121-2 du code pénal, des infractions prévues au présent chapitre, à l'exception de l'article L. 8256-1, encourent : / 1° L'amende, dans les conditions prévues à l'article 131-38 du code pénal ; / () ". Ce dernier article prévoit que " le taux maximum de l'amende applicable aux personnes morales est égal au quintuple de celui prévu pour les personnes physiques par la loi qui réprime l'infraction. / () ".
11. Si la société De Boyer soutient que le montant de la contribution spéciale mise à sa charge dépasse le plafond de 15 000 euros fixé par les dispositions précitées du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte des dispositions de l'article L. 8256-2 du code du travail, auxquelles renvoie l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de celles de l'article L. 8256-7 du code du travail, qui renvoient à l'article 131-38 du code pénal, que le cumul des contributions spéciale et forfaitaire mises à la charge d'une personne morale pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler ne peut excéder la somme de 75 000 euros par salarié, alors que le montant total en litige est de 41 606 euros.
12. En dernier lieu, la requérante ne peut utilement soutenir qu'elle n'a pas commis le délit d'aide à l'entrée, à la circulation et au séjour irrégulier prévu par l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les décisions du directeur de l'OFII ne sont pas fondées sur cet article.
13. Il résulte de ce qui précède que la société De Boyer n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions en litige, ni par conséquent à être déchargée des sanctions prononcées à son encontre.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par la société De Boyer doit être rejetée, y compris les conclusions qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société De Boyer est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société De Boyer, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.
La rapporteure,
F. BouchetLe président,
T. GallaudLa greffière,
O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026