jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2103182 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | LE SQUER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 avril 2021, Mme B C, représentée par Me Le Squer, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2021 en tant que le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences au regard de sa situation personnelle ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale consacrée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences au regard de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 juillet 2021, la clôture d'instruction a été fixée au
21 novembre 2021 à 12 heures
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 19 mai 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante congolaise née le 20 mars 1992 à Kinshasa (République démocratique du Congo), entrée en France le 2 décembre 2012 selon ses déclarations pour y solliciter l'asile, a été déboutée de sa demande par une décision du
23 décembre 2013 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 16 mai 2014 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 19 juin 2014, le préfet du Val d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Mme C, qui est demeurée en France malgré la mesure d'éloignement prise à son encontre, a sollicité, le 6 juillet 2020, la régularisation de sa situation administrative. Par un arrêté du 12 mars 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes des dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors applicables : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () ; / 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; / (). / La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que si l'obligation de quitter le territoire français doit, comme telle, être motivée, la motivation de cette mesure, lorsqu'elle est édictée à la suite d'un refus de titre de séjour, se confond alors avec celle de ce refus et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ledit refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation.
4. La décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a obligé Mme C à quitter le territoire français est consécutive à la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour qui comportent, avec de suffisantes précisions, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, la décision attaquée n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus de titre de séjour qui est suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, Mme C, qui ne soutient pas qu'elle ne peut légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement au motif qu'elle peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement invoquer ces dispositions à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision contestée.
6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Mme C, qui se prévaut d'une communauté de vie de plus de cinq années avec son compagnon, qui réside régulièrement en France, soutient que le préfet de Seine-et-Marne a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale consacrée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, la requérante ne peut justifier, par les pièces qu'elle a versées au dossier, la réalité d'une vie commune de plus de cinq ans avec son conjoint, de même nationalité et qui réside en France sous couvert d'une carte de résident. En effet, l'attestation d'hébergement et les deux déclarations sur l'honneur de vie commune établies par son compagnon les 26 avril 2017, 29 septembre 2017 et 28 février 2020 sont entachées de contradiction sur la date, soit le 15 décembre 2014 soit le 15 décembre 2015, à laquelle il a attesté vivre en concubinage avec la requérante. Il ressort, par ailleurs, des termes du courrier du 25 juillet 2016 de la responsable d'agence adjointe de l'OPH 77, agence de Melun Val-de-Seine, saisie d'une demande de modification du bail établi au nom du conjoint de la requérante pour tenir compte de son concubinage, qu'à cette date, elle n'était pas connue des services de l'office. En outre, les autres pièces produites par Mme C, dont certaines paraissent dépourvues de garantie d'authenticité, ne permettent pas d'établir avec certitude la réalité et l'intensité de la communauté de vie à compter de l'année 2016 jusqu'à la date de la décision en litige. Enfin, il n'est pas contesté que la requérante est sans enfant et qu'elle ne peut être regardée comme dépourvue de toutes attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans et où réside sa mère. Enfin, elle ne fait valoir aucun élément particulier d'insertion. Dans ces circonstances, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de Seine-et-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il suit de là que cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En quatrième et dernier lieu, au vu de ce qui vient d'être énoncé au point précédent, Mme C n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la légalité de décision fixant le pays à destination :
9. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet fixe le pays à destination duquel sera reconduit l'étranger qui n'a pas satisfait à l'obligation de quitter le territoire français, laquelle constitue une décision distincte de la mesure d'éloignement elle-même en vertu des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constitue une mesure de police qui doit, en principe, être motivée en fait comme en droit.
10. La décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a fixé le pays de destination vise la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 3, précise la nationalité de la requérante, en l'espèce congolaise, et mentionne en son avant-dernier considérant que l'intéressée n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées ou qu'elle serait exposée à des traitements contraires à l'article 3 de cette convention européenne en cas de retour dans son pays d'origine, que sa demande d'asile a été rejetée et qu'en sollicitant le renouvellement de son passeport auprès de l'ambassade de la République démocratique du Congo, elle a fait allégeance aux autorités de son pays d'origine. La décision attaquée comporte ainsi les considérations suffisantes de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.
11. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision critiquée ni des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation en fixant le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'examen, à supposer que la requérante ait entendu l'invoquer, ne peut qu'être écarté.
12. En troisième et dernier lieu, au vu de ce qui a été énoncé aux points 7. et 8. du présent jugement, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 mars 2021 en tant que le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C demande sur le fondement de ses dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
M. Delmas, premier conseiller,
Mme Réchard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le rapporteur,
S. A
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT
La greffière,
C. RICHEFEU
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026