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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2103203

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2103203

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2103203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantGERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 avril 2021 et 29 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Clavier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2021 par lequel le maire de Vaux-le-Pénil l'a affecté sur les fonctions de directeur coordinateur accueil de loisirs, à compter du 15 février 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vaux-le-Pénil la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que l'arrêté attaqué, qui entraîne une diminution de ses responsabilités, ne constitue pas une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de consultation préalable de la commission administrative paritaire et en l'absence d'un avis de vacance d'emploi pour le poste sur lequel il a été affecté.

- il n'est pas motivé alors qu'il constitue une mesure individuelle défavorable, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il constitue une sanction déguisée.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2022, présenté par Me Gérard, la commune de Vaux-le-Pénil, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est dirigée contre une mesure d'ordre intérieur ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête sont, s'agissant de celui tiré de l'absence de motivation de la requête, inopérant, et pour le surplus, infondés.

Par une ordonnance du 23 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 avril 2023 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourrel Jalon, rapporteure,

- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- et les observations de Me Gérard, représentant la commune de Vaux-le-Pénil.

Considérant ce qui suit :

1. Titulaire du grade d'animateur principal de 1ère classe, M. A a été recruté par la commune de Vaux-le-Pénil le 1er septembre 2014 en qualité de responsable du service enfance. Par un arrêté du maire du 11 février 2021, M. A a été nommé directeur coordinateur accueil de loisirs à compter du 15 février 2021. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " L'autorité territoriale procède aux mouvements des fonctionnaires au sein de la collectivité ou de l'établissement. ". Aux termes de l'article 94 de la loi du 6 août 2019 : " IV. - L'article 10 s'applique en vue de l'élaboration des décisions individuelles prises au titre de l'année 2021. / Par dérogation au premier alinéa du présent IV : / 1° Les décisions individuelles relatives aux mutations et aux mobilités ne relèvent plus des attributions des commissions administratives paritaires à compter du 1er janvier 2020, au sein de la fonction publique territoriale () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, pour les décisions prises à compter du 1er janvier 2020, l'autorité territoriale n'est plus tenue de consulter pour avis la commission administrative paritaire avant de procéder aux mutations des fonctionnaires placés sous son autorité.

3. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué, postérieur au 1er janvier 2020, n'avait pas à être précédé de la consultation de la commission administrative paritaire. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que le maire de Vaux-le-Pénil a méconnu les dispositions précitées de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984.

4. En deuxième lieu, l'article 41 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur[0], dispose : " Lorsqu'un emploi permanent est créé ou devient vacant, l'autorité territoriale en informe le centre de gestion compétent qui assure la publicité de cette création ou de cette vacance, à l'exception des emplois susceptibles d'être pourvus exclusivement par voie d'avancement de grade. / Les vacances d'emploi précisent le motif de la vacance et comportent une description du poste à pourvoir. () ".

5. M. A soutient qu'il a été affecté sur un emploi qui n'avait pas fait l'objet d'un avis de vacance à la date d'édiction de l'arrêté attaqué en méconnaissance des dispositions précitées. Toutefois, si ces dernières subordonnent tout recrutement effectué par une collectivité territoriale pour pourvoir un emploi vacant à l'accomplissement de cette mesure de publicité, elles ne s'appliquent pas à cette collectivité dans le cas où elle prononce une mutation dans l'intérêt du service. Il suit de là que le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, la mutation d'office d'un agent titulaire dans l'intérêt du service revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée la mesure prise à l'encontre d'un agent public lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'une réorganisation des services municipaux a été mise en œuvre, en février 2020, conduisant à ce que les missions du responsable du service enfance soient désormais assurées par le directeur de l'enfance et de la jeunesse, impliquant la suppression du poste de responsable du service enfance que M. A occupait et donc sa mutation sur le poste de directeur coordinateur d'accueil de loisirs. M. A soutient que sa mutation était en réalité motivée par la volonté de la commune de le sanctionner en raison de tensions existant au sein de son service et de sa mauvaise gestion d'un incident ayant eu lieu au centre de loisirs en décembre 2020. Toutefois et d'une part, à la supposer établie, la circonstance que la mutation de M. A serait justifiée par la nécessité de mettre fin à des tensions au sein du service enfance ne traduit pas une volonté de la commune de le sanctionner. D'autre part, M. A n'établit pas, par la seule production d'un courriel du maire du 24 décembre 2020 adressé à toutes les personnes impliquées, une volonté de le sanctionner personnellement pour la mauvaise gestion de l'exclusion temporaire d'un enfant du centre de loisirs, alors même que ses nouvelles fonctions l'amènent à continuer à exercer ses fonctions au sein de ce même centre de loisirs. Dès lors, l'ensemble de ces éléments n'est pas de nature à établir que la décision contestée aurait le caractère d'une sanction déguisée. En revanche, elle constitue une mesure prise dans l'intérêt du service, lequel commandait de ne plus attribuer les mêmes missions à deux agents différents. Dans ces conditions, et alors même que l'arrêté attaqué s'est accompagné pour M. A d'une perte de responsabilités non contestée en défense, le moyen tiré de ce que cet arrêté constituerait une sanction déguisée, doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes du 2° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction. "

9. Les mutations d'office des fonctionnaires, en tant que telles, ne sont pas au nombre des décisions administratives individuelles défavorables dont les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration imposent la motivation. L'arrêté attaqué ne constituant pas une sanction, ainsi qu'il a indiqué précédemment, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, qui est inopérant, ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Vaux-le-Pénil du 11 février 2021, par lequel il a été affecté sur les fonctions de directeur coordinateur d'accueil de loisirs à compter du 15 février 2021.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vaux-le-Pénil, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vaux-le-Pénil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Vaux-le-Pénil.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Issard, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

A. BOURREL JALONLa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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