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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2104653

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2104653

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2104653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mai 2021 et 10 mars 2022, M. B A, représenté par Me Semak, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 4 janvier 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile avec effet à compter du 4 janvier 2021, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 150 euros par jour de retard, d'examiner la demande d'admission dans un lieu prévu à l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui indiquer le lieu d'hébergement susceptible de l'accueillir dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 150 euros par jour de retard et d'effectuer une évaluation de vulnérabilité dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 2 400 euros à verser à Me Semak en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'État.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et la directive 2013/33/UE en l'absence de procédure contradictoire préalable ;

- elle méconnaît également l'article 20 de cette même directive qui dispose que les sanctions prises par les États membres doivent être objectives, impartiales, motivées et proportionnées à la situation du demandeur dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'apporte aucune preuve quant à la nature des convocations manquées, ni à leur notification régulière et que la situation personnelle du requérant n'a pas été prise en compte ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il a respecté ses obligations dans le cadre de la procédure le concernant ;

- elle méconnaît également les articles L. 744-6 et R. 744-14 du même code dès lors qu'il n'a bénéficié d'aucun entretien individuel destiné à évaluer sa vulnérabilité.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 février 2022 et 20 juin 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une lettre du 30 septembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 14 octobre 2022 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 17 octobre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 11 mai 1978, est entré en France et a présenté une demande de protection internationale le 8 juin 2020. Sa demande d'asile a été placée sous procédure Dublin. Il a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités portugaises le 17 septembre 2020. Par une décision du 4 janvier 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités lors des convocations des 6 et 26 novembre 2020. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision du Conseil d'État n° 428530 du 31 juillet 2019. Elle est donc suffisamment motivée en droit. Elle précise en outre que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu les conditions matérielles d'accueil du requérant dès lors qu'il ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités les 6 et 26 novembre 2020 et que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité, ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Cette décision est donc également motivée en fait de façon suffisante. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si l'Office français de l'immigration et de l'intégration, quand il envisage de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, est tenu de mettre le demandeur d'asile en mesure de présenter ses observations, il ressort en l'espèce des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé le requérant qu'une telle mesure était susceptible d'être prise à son encontre au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour faire parvenir ses observations par un courrier du 10 décembre 2020. Il ressort également des pièces produites en défense par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que ce courrier a été adressé en lettre recommandée avec accusé de réception et a été distribué par les services postaux le 17 décembre suivant à l'adresse de domiciliation du requérant. La décision attaquée a été prise le 4 janvier 2021, soit après l'expiration du délai qui avait été accordé à l'intéressé pour faire valoir ses observations. M. A n'établit, ni même n'allègue avoir donné suite à cette invitation ou avoir été empêché de le faire. Enfin, la circonstance que les références postales de la lettre recommandée ne figurent pas sur le courrier litigieux ne suffit pas à démontrer que le requérant n'a pas reçu la notification de ce courrier alors qu'il ne se prévaut pas de la réception d'un autre document et qu'aucune disposition ni aucun principe n'impose de faire figurer le numéro de l'accusé de réception sur le contenu du courrier. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière à défaut de contradictoire préalable doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, elles n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Par suite, et alors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment de la copie d'écran du formulaire renseigné lors de l'entretien réalisé au cours de l'enregistrement de la demande d'asile de M. A au guichet unique, produite en défense par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que l'intéressé a bénéficié d'un tel entretien lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, il ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité avant que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'édicte la décision attaquée. En outre, l'Office français de l'immigration et de l'intégration produit également le commentaire réalisé à l'issue de cet entretien constatant la situation du requérant, homme seul sans hébergement. Contrairement à ce que soutient le requérant, la production de la convocation et d'un compte-rendu individuel de l'entretien n'est pas nécessaire pour attester de la réalité de cet entretien. Par ailleurs, M. A n'établit pas avoir informé l'administration d'un quelconque changement de situation ou s'être prévalu de nouveaux éléments, notamment lorsqu'il a été informé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration qu'il envisageait de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la seule production d'une nouvelle ordonnance devant la présente instance ne permettant pas d'établir que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte. Enfin, et ainsi qu'il a déjà été dit précédemment, les énonciations de la décision attaquée rendent compte que la vulnérabilité de M. A a été dûment prise en compte. Dans ces conditions, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sans entacher sa décision d'un vice de procédure. Le moyen soulevé en ce sens doit, dès lors, être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 744-7 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ".

7. Les articles L. 744-7, L. 744-8 et D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction résultant de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie et du décret du 28 décembre 2018 relatif aux conditions matérielles d'accueil, applicables aux demandeurs d'asile ayant enregistré leurs demandes et accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil après le 1er janvier 2019, prévoient qu'il est automatiquement mis fin aux conditions matérielles d'accueil lorsque le demandeur d'asile refuse ou quitte son lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsqu'il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Toutefois, dans un arrêt n° 428530-428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'État a dit pour droit que ces dispositions étaient incompatibles avec les objectifs de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et que cette incompatibilité fait obstacle à ce que les autorités administratives compétentes adoptent, sur leur fondement, des décisions individuelles mettant fin aux conditions matérielles d'accueil. Il a en revanche jugé que, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

8. Pour suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé sur la circonstance selon laquelle l'intéressé n'a pas respecté son obligation de se présenter aux autorités les 6 et 26 novembre 2020. Si le requérant soutient qu'il s'est présenté à toutes les autres convocations, mêmes celles postérieures aux dates litigieuses, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il ne justifie pas son absence à ces deux rendez-vous alors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit les convocations du requérant à l'ensemble des rendez-vous. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. En outre, si le requérant soutient qu'il souffre de douleurs abdominales chroniques et d'une tumeur cervicale, il se borne à produire des ordonnances médicales et des prescriptions d'examen médicaux. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant n'a fait état d'aucun problème de santé particulier lors de l'entretien de vulnérabilité et qu'aucun besoin d'adaptation n'a été sollicité. Enfin, s'il affirme que sa situation est aggravée par le fait qu'il soit privé d'hébergement et de ressources, il ne produit aucun justificatif au soutien de ses allégations. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'appréciation au regard des dispositions précitées que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu les conditions matérielles d'accueil du requérant.

9. En dernier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, et ainsi qu'il a été exposé au point 3, la procédure contradictoire préalable a été respectée. En outre, le requérant n'établit pas que la décision attaquée constituerait une décision disproportionnée ni qu'elle aurait pour conséquence de porter atteinte à la dignité du niveau de vie du requérant alors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas justifié la décision attaquée par la présence d'autres dispositifs d'hébergement en droit interne et qu'il a examiné la situation personnelle du requérant ainsi qu'il a été exposé aux points 5 et 8. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 20 de la directive 2013/33/UE doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 4 janvier 2021. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Semak et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Jeannot, première conseillère,

Mme Blanc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

F. CLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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