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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2104807

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2104807

lundi 23 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2104807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantBENSIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 21 mai 2021 et 29 novembre 2021, M. F D, représenté par Me Bensimon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de procéder au réexamen de sa situation et lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens ainsi que le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été précédées d'un examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de cet article ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- cette décision est fondée sur des faits matériellement inexacts ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne précitée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F D, ressortissant ivoirien, né le 1er janvier 1986, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en 2015. Le 23 février 2021, il a sollicité du préfet de Seine-et-Marne son admission au séjour sur le fondement du 7° de l'article L.313-11 ainsi que les articles L. 313-7 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 avril 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". D'autre part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " I. () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III () ".

3. Si les décisions doivent notamment faire apparaître les éléments de fait propres à la situation personnelle des intéressés, toutefois, le préfet n'est pas tenu de reprendre l'intégralité des éléments la caractérisant portés à sa connaissance dans ses décisions.

4. Premièrement, il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de séjour attaquée, d'une part, vise les textes sur lesquels elle se fonde et, d'autre part, mentionne les circonstances factuelles sur le fondement desquelles elle a été prise par le préfet de Seine-et-Marne. Ainsi, cette décision expose les considérations de droit et fait qui en constituent le fondement, conformément aux dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. Secondement, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond, s'agissant du principe d'une telle obligation, avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. La décision du 23 avril 2021 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé l'admission au séjour de M. D étant, comme dit au point précédent du présent jugement, suffisamment motivée, la décision l'obligeant à quitter le territoire français visant l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est, par suite, suffisamment motivée en son principe. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, manquant en fait, doit être écarté.

6. En second lieu, si le requérant fait valoir que l'administration s'est bornée à reproduire une motivation stéréotypée sans prise en compte des pièces qu'il a transmis à l'autorité administrative, notamment, ses nombreux bulletins de paye, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas, avant de prendre cet arrêté, procédé à un examen de sa situation personnelle. En particulier, M. D n'établit pas qu'à l'appui de sa demande, il avait effectivement communiqué à l'autorité administrative les pièces qu'il invoque. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

7. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code alors en vigueur, " sous réserve des conventions internationales ". La situation des ressortissants ivoiriens est régie par les stipulations de la convention conclue le 21 septembre 1992 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire sur la circulation et le séjour des personnes. Aux termes de l'article 14 de cette convention : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux Etats ". L'article 10 de la même convention stipule : " Pour tout séjour sur le territoire français devant excéder trois mois, les ressortissants ivoiriens doivent posséder un titre de séjour. Pour tout séjour sur le territoire de la Côte d'Ivoire devant excéder trois mois, les ressortissants français doivent posséder un titre de séjour. Ces titres de séjour sont délivrés conformément à la législation de l'Etat d'accueil ". Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

8. Les stipulations de l'article 10 de la convention conclue le 21 septembre 1992 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire sur la circulation et le séjour des personnes renvoie à la législation française pour la délivrance et le renouvellement des titres de séjour. Ainsi les ressortissants ivoiriens sont autorisés à solliciter un titre de séjour en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le cas échéant, sur le fondement de l'article L. 313-14 alors en vigueur de ce code au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le préfet est conduit, par l'effet de la convention conclue le 21 septembre 1992, à faire application des dispositions de la législation française lorsqu'il est saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant ivoirien.

9. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 313-14, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

10. D'une part, M. D ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est pas au nombre de celles qui sont opposables au sens de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, dans les conditions fixées à l'article R. 312-10 du même code. Au surplus, cette circulaire ne comporte que des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation des étrangers en situation irrégulière, mesures de faveur au bénéfice desquelles ceux-ci ne peuvent faire valoir aucun droit, et que les intéressés ne peuvent donc utilement se prévaloir de telles orientations à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision préfectorale refusant de régulariser leur situation par la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors que M. D, en qualité d'étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut davantage utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

11. D'autre part, en ce qui concerne le fondement " vie privée et familiale ", M. D se prévaut de la circonstance qu'il séjourne en France depuis 2015, soit depuis plus de six ans à la date de la décision contestée. Il ressort des pièces du dossier qu'il est le père d'une fille de nationalité ivoirienne, née le 5 septembre 2018 en France. Toutefois, séparée de sa mère, il n'établit pas, ni même n'allègue subvenir à l'éducation et à l'entretien de celle-ci ou, a minima, développé une relation affective avec elle. En outre, le requérant se prévaut d'une communauté de vie avec une ressortissante ghanéenne en situation régulière en produisant une attestation de sa concubine, qui évoque un projet de mariage, une copie du titre de séjour de cette dernière, ainsi, par ailleurs, qu'une facture de téléphone établie le 2 mars 2021, une facture d'énergie en date du 9 mai 2021 et les avis d'imposition au titre des années 2017 et 2018. Si, en mentionnant une adresse unique du couple, ces pièces peuvent être de nature à établir la réalité d'une vie commune de celui-ci, pour autant, elles sont insuffisantes à attester, ni de l'ancienneté, ni de la stabilité de la relation de concubinage. De même, la réalité du projet de mariage allégué ne ressort pas des pièces du dossier. Par ailleurs, en dehors de sa compagne, contrairement à ce que fait valoir l'intéressé, il ne démontre pas avoir tissé des relations personnelles et sociales en France d'une particulière intensité. Enfin, il n'allègue pas être dépourvu de toute attache personnelle et familiale dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans.

12. En ce qui concerne le fondement " salarié " ou " travailleur temporaire ", le requérant fait valoir qu'à la date de la décision attaquée, il justifie d'une activité salariée ancienne et continue sur le territoire français. Toutefois, alors que la durée de séjour en France qu'il invoque est contestée par le préfet, par les pièces qu'il produit aux débats, il justifie d'une présence continue en France de quatre ans et huit mois, ce qui ne revêt pas un caractère significatif. En outre, si, dans le cadre de l'instance, il produit des bulletins de paye établissant qu'il a exercé une activité salariée, en tant qu'agent d'entretien, du 16 août 2016 au 31 décembre 2016, puis, en tant que technicien de maintenance, du 7 mars 2017 au 31 octobre 2017, puis, en tant que manutentionnaire, du 21 janvier 2018 au 31 août 2018 et, enfin, en tant que technicien, du 5 février 2019 au 30 avril 2019, il ressort des pièces du dossier, et notamment des avis d'imposition au titre des années 2018 et 2019 que l'intéressé produit lui-même aux débats, qu'il n'a déclaré aucun revenu à l'administration fiscale au titre des années 2017 et 2018. Enfin, si M. D se prévaut d'une demande d'autorisation de travail pour conclure un contrat de travail avec un salarié étranger faisant état d'une proposition d'embauche par un contrat à durée indéterminée à temps complet en qualité d'agent d'entretien, en date du 10 février 2021, cette circonstance ne constitue pas, à elle seule, un motif exceptionnel justifiant une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Dans ces conditions, en retenant que les éléments apportés par M. D ne pouvaient pas être pris en compte au titre de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas méconnu cet article, ni davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour serait illégale au regard de ces dispositions.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " I. ' L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne () ". L'article R. 512-1 du même code, alors en vigueur, dispose : " L'autorité administrative mentionnée aux articles L. 511-1 () est le préfet de département () ".

14. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que celui-ci est signé par M. B A, préfet de Seine-et-Marne, nommé à ces fonctions par un décret du 15 janvier 2020 (NOR : INTA2000028D) du Président de la République, régulièrement publié le 16 janvier 2020 au journal officiel de la République française. Par suite, M. D ne peut utilement se prévaloir de ce que le signataire ne justifie pas d'une délégation à l'effet de signer, au nom du préfet, la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée. Dès lors, le moyen d'incompétence doit être écarté.

15. En deuxième lieu, si M. D invoque à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée, le moyen tiré de l'erreur de fait, il ne l'assortit pas des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien fondé. Par suite, il doit être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. Compte tenu des éléments tenant à la situation personnelle et familiale de M. D exposés au point 11 du présent jugement, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré d'une telle méconnaissance doit être écarté.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays de destination de l'éloignement.

20. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 17 du présent jugement, la décision contestée ne peut être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 avril 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

22. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". L'article L. 911-2 du même code dispose : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé () ".

23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions principales du requérant, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent en conséquence qu'être elles-mêmes rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. D'une part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

25. Les conclusions tendant à l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, en l'absence de de´pens engagés dans le cadre de la présente instance.

26. D'autre part, l'article L. 761-1 du même code dispose : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme dont M. D demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Mentfakh, première conseillère,

Mme Leconte, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 janvier 2023.

La rapporteure,

L. C

La présidente,

M. E

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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