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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2104871

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2104871

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2104871
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantLE SQUER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. - Par une requête n° 2104871, enregistrée le 21 mai 2021, M. E B, représenté par Me Le Squer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2021 en tant que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourra être renvoyé ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991.

Il soutient que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 février 2022 à 12 h 00.

II. - Par une requête n° 2104872, enregistrée le 21 mai 2021, Mme C B, représentée par Me Le Squer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2021 en tant que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pourra être renvoyée ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991.

Elle soutient que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 février 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les rapports de Mme F ont été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B et Mme C B, ressortissants moldaves, nés respectivement les 23 décembre 1986 et 4 janvier 1984, ont sollicité l'asile. Leurs demandes ont été refusées par décisions du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 7 décembre 2020, décisions notifiées respectivement les 18 janvier 2021 et 8 janvier 2021. Par deux arrêtés du 4 mai 2021, le préfet de Seine-et-Marne a retiré leur attestation de demande d'asile, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office lorsque le délai sera expiré. Ils demandent l'annulation des décisions les obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination duquel il pourra être renvoyé.

2. Les requêtes nos 2104871 et 2104872 présentées par M. B et Mme B présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.

4. Par un arrêté n° 20-BC-134 du 22 septembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Seine-et-Marne du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à M. D A Ve´ly, secrétaire général de la préfecture de Seine-et-Marne, signataire des arrêtés attaqués, délégation de signature afin de signer les décisions litigieuses. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des arrêtés contestés doivent être écartés comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

6. Il résulte des termes des arrêtés attaqués que ceux-ci comportent les considérations de droit et de fait fondant les décisions en litige dès lors qu'ils visent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionnent que M. et Mme B ont vu leurs demandes d'asile être rejetées par décisions du 7 décembre 2020 du directeur de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, notifiées respectivement les 18 janvier 2021 et 8 janvier 2021. Les arrêtés précisent, en outre, que les décisions qui sont opposées aux requérants ne contreviennent pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, les décisions portant obligation de quitter le territoire français sont suffisamment motivées, conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.

7. De plus, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Il ressort des termes des arrêtés attaqués que ceux-ci comportent les considérations de droit et de fait fondant les décisions fixant le pays de destination puisqu'ils visent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précisent la nationalité de M. B et Mme B, en l'espèce moldave, et indiquent que les requérants ne démontrent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces considérations suffisent à établir les décisions fixant le pays de destination, motivées en droit comme en fait. Les moyens invoqués à ce titre doivent être écartés.

8. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que les décisions en litige, sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, les requérants n'assortissent pas ce moyen de précision suffisante permettant d'en apprécier la portée et le bien fondé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

9. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

10. M. B et Mme B doivent être regardés comme soutenant que les décisions portant obligation de quitter le territoire français portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée sur le territoire national. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, que les attestations de demandeur d'asile délivrées à M. et Mme B, le 4 décembre 2020 par la préfecture de Seine-et-Marne fixent la date de premier enregistrement en guichet unique au 10 février 2020. Les requérants ne précisent pas une date de leur entrée sur le territoire français antérieure à celle-ci et doivent être regardés comme étant entrés en France au plus tôt à cette date. En outre, il ne ressort pas de ces pièces et il n'est pas même allégué qu'ils sont dépourvus d'attaches personnelles et familiales dans leur pays d'origine. Enfin, rien ne s'oppose à ce qu'ils reconstituent la cellule familiale en Moldavie, leur pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard à la durée de leur séjour et ses conditions, M. B et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées portent, au droit au respect de leur vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée au regard des buts dans lesquels elles ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, ces décisions ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation des requérants.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. L'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 stipule que " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

12. Dans les circonstances de l'espèce, aucune circonstance, pas même la scolarisation de leurs enfants mineurs, ne s'oppose à une reconstitution de la cellule familiale hors de France, eu égard, notamment, du caractère récent de leur entrée en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant précitées, invoqués par les requérants doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 4 mai 2021 en tant que le préfet de Seine-et-Marne les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office lorsque le délai sera expiré.

Sur les frais liés au litige :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme dont les époux B demandent le versement.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B et de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme C B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 avril 2023.

La présidente rapporteure,

M. F

L'assesseure, la plus ancienne,

S. LECONTE

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2104871, 2

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