mercredi 5 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2105078 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | LE SQUER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mai 2021, Mme B C , représentée par Me Le Squer , demande au tribunal:
1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2021 par lequel la Préfecture de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet de 1991.
Mme C soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- est insuffisamment motivée, faute de comporter l'énoncé des faits propres à l'espèce ;
- est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, qui méconnait l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation médicale et personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2021, la Préfecture de
Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, les moyens n'étant pas fondés.
Par ordonnance du 5 juillet 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 5 octobre 2021.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante congolaise née le 7 décembre 1957 à Kinshasa (R.D.C), est entrée en France le 26 octobre 2013, selon ses déclarations. Elle a déposé une demande d'asile le 17 mars 2014, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 30 mai 2014 puis par la cour nationale du droit d'asile le 22 septembre 2015. Elle a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour à compter du 23 mars 2019, renouvelée le 13 septembre 2019 jusqu'au 12 décembre 2019. Elle a sollicité le 11 mars 2020 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 29 avril 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision appliquée, auxquelles se sont substituées les dispositions de l'article L.611-1 du code précité depuis le 1er mai 2021 : " I. ' L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III. () "
3. L'arrêté contesté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, et il indique que Mme C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour soins. Il mentionne ensuite l'avis du 28 février 2020 du collège de médecins de l'OFII, dont le préfet de police s'est approprié les motifs, en indiquant que si l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut de prise en charge peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine où elle peut bénéficier d'un traitement approprié. Par ailleurs, il précise que Mme C déclare être entrée en France irrégulièrement le 26 octobre 2013, être veuve et sans charge de famille et qu'elle n'atteste pas être démunie d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 56 ans. Il ajoute qu'invitée par courrier du 28 février 2020 à présenter tous les éléments permettant d'apprécier sa situation personnelle, familiale et professionnelle, l'intéressée n'a pas donné suite, ne déclare aucun revenu et n'a aucune activité professionnelle. Dans ces conditions, le préfet a suffisamment motivé la décision portant obligation de quitter le territoire. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Mme C fait valoir qu'elle est veuve et présente sur le territoire français depuis le 26 octobre 2013, qu'une grande partie de sa famille réside en France, qu'elle est prise en charge au quotidien par sa famille et que sa présence est indispensable auprès d'une de ses petites-filles handicapée. Toutefois, l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de la présence de famille en France ou en Europe, ni de la nécessité de s'occuper d'une de ses petites-filles. De même, en dépit de sa durée de séjour, elle ne produit aucun élément de nature à caractériser une insertion sociale en France. Il ressort des éléments du dossier qu'elle est arrivée en France alors qu'elle était âgée de 56 ans et que cinq de ses enfants résident au Congo. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant un titre de séjour pour raison de santé et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, elle ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait déposé une demande de titre de séjour sur ce fondement. Par suite, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11-11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".
7. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. Pour refuser à Mme C la délivrance de son titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 313-11 11° susvisé, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur l'avis du collège de médecins du 20 février 2018, qui a indiqué que, si l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut de celle-ci pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle " peut voyager sans risque vers [son] pays d'origine " où elle peut bénéficier d'un traitement approprié. Pour contredire l'avis de ce collège de médecins, la requérante soutient que le traitement nécessaire à son état de santé, bien qu'existant au Congo, est très onéreux et que ses ressources ne lui permettront pas de bénéficier des soins nécessaires en cas de retour. Elle invoque également que son état de santé nécessite un suivi et une présence actuellement assurée par sa fille et qui ne pourra être assuré par un proche dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C ne produit aucun élément de nature à établir le coût des soins nécessités par son état de santé, étant relevé qu'elle n'apporte aucune précision sur ceux-ci dans ses écritures. De même, aucun des éléments médicaux produits n'établissent la nécessité d'une prise en charge par une tierce personne. Ils ne permettent donc pas d'infirmer l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII et par le préfet de Seine-et-Marne. Il suit de là et des motifs énoncés au point 4 que le préfet de Seine-et-Marne pas commis d'erreur d'appréciation au regard de la situation médicale et personnelle de la requérante.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour fixer le pays à destination duquel Mme C sera éloignée, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur les dispositions du 3 de l'article L. 611-1 et sur celles de l'article 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fait état de la nationalité de l'intéressé et a examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressée d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, pour aussi regrettable que soit la référence aux dispositions non encore existantes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont en tout état de cause équivalentes à celles alors en vigueur à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
10.Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du
29 avril 2021, que le préfet de Seine-et-Marne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme C avant de fixer le pays de destination. Par suite le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.
11.Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que la requérante n'est pas fondée à invoquer l'erreur manifeste d'appréciation entachée la décision portant fixation du pays de renvoi compte tenu de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision portant obligation de quitter le territoire.
12.Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme C et à la Préfecture de
Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 , à laquelle siégeaient :
M.Dewailly , président,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Lacote , conseiller,
Lu en audience publique le 5 octobre 202La rapporteure,
S. A
Le président,
S. DEWAILLY
La greffière,
C. SISTAC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026