mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2105111 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | LAPORTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mai et 8 novembre 2021 M. B A, représenté par Me Laporte, demande, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée de l'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'interprète lors de la notification ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'interprète lors de la notification ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité entachant la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2021, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête, faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Dewailly, président rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Monsieur B A, de nationalité pakistanaise est rentré en France, selon ses dires, en janvier 2019 démuni de visa et âgé de 17 ans. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du 25 janvier 2019 jusqu'au 21 décembre 2020. Il a sollicité en date du 27 octobre 2020 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 désormais L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 avril 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). " Aux termes de l'article L.211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
3. L'arrêté attaqué mentionne les textes dont il fait application, en particulier les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte l'indication des éléments de faits pour lesquels le préfet a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour de M. A. Dès lors, l'arrêté est suffisamment motivé en droit et en fait, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, M. A ne saurait utilement soutenir que la notification de la décision querellée a été effectuée dans une langue qu'il ne comprenait pas et en l'absence d'un interprète, ces éléments, sans incidence sur la légalité de la décision, étant seulement de nature à préserver les voies et délais de recours dont disposait l'intéressé à l'encontre de cette décision. Le moyen doit, dès lors, être écarté comme inopérant.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L.313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé ".
6. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de "salarié" ou "travailleur temporaire", présentée sur le fondement des dispositions précitées, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
7. Pour refuser le titre de séjour sollicité, le préfet s'est fondé sur le fait que le requérant ne justifiait pas suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle dès lors que ce dernier est actuellement placé en détention provisoire au centre pénitentiaire de Fresnes pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime d'atteinte aux personnes.
8. D'une part, si M. A a conclu un contrat d'apprentissage qui devait débuter le 21 septembre 2020, il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il a commencé à suivre la formation pour laquelle il s'était inscrit et qui devait débuter le 9 septembre 2020. De plus, son incarcération à compter du 19 décembre 2020 a nécessairement fait obstacle à la poursuite de cette formation. A supposer même que M. A ait suivi la formation " Parcours entrée dans l'emploi " au sein de l'organisme IDC Formation, ce dernier ne peut pas se prévaloir d'un suivi depuis au moins six mois dès lors que la formation débutait en septembre 2020 et son incarcération est intervenue le 19 décembre 2020, soit trois mois après le début de la formation. Par ailleurs, il n'est pas établi que le stage dans la restauration, effectué au mois d'août 2020, avait pour objet de lui apporter une qualification professionnelle.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A ne justifie pas que, à la date de la décision attaquée, il suivait depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnu l'article L.313-15 du CESEDA et pouvait donc, pour ce seul motif, refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
10. D'autre part, le requérant soutient qu'en l'absence de condamnation pour les faits de " participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime d'atteinte aux personnes ", qui lui sont reprochés, sa présence ne saurait être considérée comme une menace à l'ordre public. Toutefois, le préfet n'a pas retenu le motif de menace pour l'ordre public, lorsqu'il a refusé de lui accorder un titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant refus d'admission au séjour :
11. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de la décision litigieuse, que le préfet a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire :
12. M. A, entré sur le territoire français à l'âge de 17 ans, soutient avoir fui son pays d'origine à cause d'une guerre familiale pouvant compromettre sa sécurité et indique avoir rompu tout lien avec sa famille restée au Pakistan. Toutefois, ces allégations ne sont assorties d'aucun élément de nature à établir leur bien-fondé. De plus, il ne démontre pas l'existence d'une véritable insertion sociale ou professionnelle dans la société française, cette dernière étant interrompue par sa mise en détention provisoire au Centre pénitentiaire de Fresnes. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été précédemment exposé que l'obligation faite à M. A de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être éloigné, ne peut qu'être écarté.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.513-2 désormais L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement est éloigné : 1° A destination du pays dont il a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu le statut de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Ou, en application d'un accord ou arrangement de réadmission communautaire ou bilatéral, à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ; 3° Ou, avec son accord, à destination d'un autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 195 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. Le requérant, qui se borne à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'apporte aucune précision, ainsi qu'il a déjà été dit au point 12, permettant d'accueillir ce moyen qui doit, par suite être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val d'Oise en date du 30 avril 2021 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Le présent jugement qui rejette les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de la requête à fin d'injonction.
Sur les frais du litige :
18. Les dispositions combinées de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des dispositions précitées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dewailly, président,
Mme Bourdin, premier conseiller,
M. Lacote, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
Le président rapporteur,
S. DEWAILLY
L'assesseure la plus ancienne
S. BOURDIN
La greffière,
Y. SADLI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026