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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2105138

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105138

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2021 au greffe du tribunal administratif de Melun, M. A N'Diaye, représenté par Me Hagege, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et " la décision fixant les autorités compétentes pour exécuter l'arrêté pris par le préfet " ;

2°) d'enjoindre aux services préfectoraux de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale dans un délai d'un mois et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 15 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi l'existence de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que l'avis n'indique pas la durée des soins dont doit bénéficier l'intéressé, que le délai de trois mois imparti au collège des médecins de l'OFII pour rendre un avis à compter de la transmission par le demandeur des éléments médicaux a été respecté, que l'avis du collège des médecins ait été rendu de manière collégiale ni que le médecin rapporteur n'aurait pas siégé au sein du collège et que les prescriptions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration relatives la signature électronique des décisions administratives ont été respectées

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et personnalisé ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

Sur la décision fixant les autorités compétentes pour exécuter l'arrêté :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 mars 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête dirigées contre la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a fixé les autorités compétentes pour exécuter l'arrêté du 29 avril 2021, une telle décision étant inexistante.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A N'Diaye, ressortissant sénégalais né le 19 avril 1985 à Dakar (Sénégal), qui déclare être entré en France le 29 décembre 2016, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 29 avril 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. N'Diaye demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la recevabilité des conclusions de la requête :

2. Si aux termes de l'arrêté litigieux, le préfet de Seine-et-Marne a fixé les autorités compétentes pour exécuter l'arrêté litigieux, ces mentions ne sauraient révéler l'existence d'une décision autonome et ne constituent qu'une simple mesure relative à l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant un délai de départ volontaire et le pays de destination. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet a fixé les autorités compétentes pour exécuter l'arrêté sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 23 décembre 2020 en indiquant que cet avis conclut que l'état de santé de M. N'Diaye nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces produites par le préfet en défense et notamment de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 23 décembre 2020 que celui-ci concluait que l'état de santé de M. N'Diaye nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que les soins nécessités par son état de santé doivent en l'état être poursuivis pendant une durée de trois mois. Par suite, alors que le préfet ne s'est pas fondé sur d'autres éléments relatifs à l'état de santé de l'intéressé pour rejeter sa demande de titre en sa qualité d'étranger malade, M. N'Diaye est fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. N'Diaye est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 avril 2021 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation, le présent jugement implique seulement que le préfet de Seine-et-Marne réexamine la situation de M. N'Diaye dans un délai de trois mois et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à M. N'Diaye.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 avril 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé à M. N'Diaye la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne ou au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. N'Diaye dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera à M. N'Diaye une somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A N'Diaye et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 3 novembre 2022.

Le rapporteur,

J.-N. B

La présidente,

S. DEWAILLY

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2105138

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