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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2105194

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105194

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantMECHRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 juin 2021 et 1er mars 2023, Mme B A, représentée par Me Mechri, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;

2°) d'effacer son signalement au fichier SIS ;

3°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros HT au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Mme A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît le principe du contradictoire ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation ;

- méconnaît les articles L.313-11-7°, devenu L.423-23 et L.521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît le principe du contradictoire ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation ;

- méconnaît les articles L.313-11 7° et L.521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît le principe du contradictoire ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation ;

- méconnaît l'article L.521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre et portant obligation de quitter le territoire ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête .

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 mars 2023, la clôture d'instruction a été reportée au 15 mars 2023 à midi.

Mme A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Mechri, assistant Mme A, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante kosovare, née le 20 juin 2020 à Pristina (Kosovo), entrée irrégulièrement en France le 1er avril 2016 accompagnée de ses parents, de ses deux sœurs et de son frère, a sollicité le 2 janvier 2021 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 18 février 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai 30 jours et a fixé le pays de destination. Mme B A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs tirés de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 18 février 2021, de la méconnaissance des dispositions de l'article L.521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance du principe du contradictoire

2. Mme A soutient que les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur auteur, de méconnaissance de l'article L. 521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du principe du contradictoire. Toutefois, elle n'assortit ces moyens d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier la portée. Ces moyens seront écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, Mme A soutient que la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée, est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, et d'une erreur manifeste d'appréciation sans pour autant assortir ses moyens de précisions suffisantes pour en apprécier la portée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () ; / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; / () ".

5. Mme A fait valoir être entrée en France courant 2016 à l'âge de 13 ans avec l'ensemble de sa famille qui fuyait les persécutions dans son pays d'origine, ne plus y avoir d'attache, sa seule famille résidant en France. Elle y a effectué l'ensemble de sa scolarité, faisant preuve de sa forte implication, jusqu'à l'obtention de son baccalauréat en juin 2022 avec la mention bien. Elle ajoute que sa famille s'est bien intégrée en France et y a développé des liens notamment au sein de la communauté enseignante et des parents d'élèves. Lors du placement en rétention de son père en 2018, la famille a bénéficié du soutien de la population locale, ainsi que d'élus, soutiens qui demeurent à l'occasion de la nouvelle obligation de quitter le territoire français dont ont fait l'objet ses parents le 16 septembre 2020. Il ressort en effet des pièces du dossier que Mme A a été scolarisée, à compter de la rentrée scolaire 2016/2017, en unité pédagogique pour élèves allophones arrivants où ses résultats ont progressé rapidement, notamment en français au point d'obtenir les félicitations dès le deuxième trimestre. Elle a poursuivi sa scolarité en 4ème l'année suivante et obtenu le brevet des collèges en 2019. Elle a ensuite intégré une seconde des métiers des relations avec les clients, et est scolarisée en classe de première professionnelle " métiers du commerce et de la vente " à la date de la décision attaquée. Les deux attestations de stage et les courriers de deux de ses professeurs témoignent de son implication et de son sérieux dans ses études et son projet professionnel. Elle justifie également de l'obtention du diplôme d'études en langue française en juin 2017. Toutefois, à la date de la décision attaquée, elle ne réside en France que depuis 4 ans et demi. En outre, si sa famille réside avec elle sur le sol français, les demandes d'asile de ses parents ont été rejetées par décision du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 avril 2017, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 27 juin 2017. Leur demande de réexamen a également été rejetée par le directeur de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 27 juin 2017, décision une fois encore confirmée par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile le 17 octobre 2017. De même, le père de l'intéressée a fait l'objet d'une mesure de reconduite à la frontière avec placement en rétention, en 2018, à laquelle le juge des libertés et de la détention a mis fin, par décision du 28 avril 2018, en raison de la suspicion de violences subies lors de l'exécution de la mesure de reconduite. Enfin, par un jugement du 28 février 2020, le tribunal administratif a annulé les arrêtés du 14 novembre 2019 par lesquels le préfet de Seine-et-Marne avait refusé de renouveler l'attestation de demande d'asile de ses parents, les avait obligés à quitter le territoire et avait fixé le pays à destination duquel ils seront reconduits, enjoignant au préfet de réexaminer leur situation. Toutefois, dans le cadre de ce réexamen, le préfet notifiait, aux parents de la requérante, une nouvelle obligation de quitter le territoire français, le 16 septembre 2020. La requérante produit également cinq courriers émanant de parents d'élèves et de professeurs ainsi que deux courriers d'élus et une délibération du conseil municipal du 30 novembre 2020 s'opposant aux obligations de quitter le territoire dont ont fait l'objet ses parents en novembre 2019 et en septembre 2020. A cet égard, si la requérante produit un récépissé de demande de titre de séjour délivré à son père le 6 décembre 2022 et valable jusqu'au 5 juin 2023, elle ne justifie pas, qu'à la date de la décision attaquée, ses parents se maintenaient régulièrement sur le territoire national, étant en outre relevé qu'un tel récépissé ne donne pas vocation à demeurer durablement sur le territoire national. Elle n'établit pas non plus la stabilité et l'ancienneté de ses liens personnels en France où elle justifiait de moins de cinq années de présence à la date de la décision attaquée. En outre, il ne saurait être reproché au préfet de Seine-et-Marne de ne pas avoir pris en compte l'obtention par l'intéressée de son baccalauréat professionnel, ni d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel, ces évènements étant postérieurs à la date de la décision attaquée. Par suite, Mme A qui est célibataire, sans charge de famille et ne démontre pas que sa famille proche a vocation à demeurer durablement sur le territoire national, n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les dispositions en vigueur du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la requérante n'établit pas que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, aux termes de L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () ; / 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; / (). / La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ". Il résulte de ces dispositions que lorsque l'obligation de quitter le territoire français, qui ressortit des catégories de décisions devant être motivées en droit et en fait, vise un étranger faisant l'objet d'un refus de titre de séjour, la motivation de cette mesure se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de motivation spécifique.

9. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger Mme A à quitter le territoire français, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur les dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que l'intéressée ne pouvait prétendre au titre de séjour sollicité, en rappelant son âge, sa nationalité, les conditions d'entrée en France et sa situation personnelle et familiale. En outre, pour prendre cette décision, le préfet de Seine-et-Marne a retenu que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressée d'en contester utilement le bien-fondé, étant précisé que le préfet de Seine-et-Marne n'est jamais tenu de préciser tous les éléments de la situation d'un ressortissant étranger en l'absence d'obligation en ce sens et la motivation de la décision attaquée s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus par le préfet. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des éléments du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

11. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il ressort de ce qui a été dit aux points 5 et 6 concernant le refus de titre de séjour que la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas établie. Pour les mêmes raisons, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire n'étant pas annulé, Mme A n'est pas fondée à invoquer l'annulation de la décision fixant le pays de destination par conséquence de l'annulation des deux premières décisions.

14. En deuxième lieu, Mme A soutient que la décision portant fixant le pays de destination est insuffisamment motivée, est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation sans pour autant assortir ces moyens des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien fondé.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A doivent être rejetées

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

Le rapporteur,

S. C

Le président,

S. DEWAILLY La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

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