vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2105467 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | LARRIEU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juin 2021, M. D G et Mme H B, représentés par Me Larrieu, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2020 par lequel la maire de Sucy-en-Brie a délivré un permis de construire une maison individuelle à la société EVK Premium sur la parcelle cadastrée section AY n° 583 située allée Léonard de Vinci - rue Albert Dru (Sucy-en-Brie) ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Sucy-en-Brie une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable dès lors qu'ils ont intérêt pour agir afin de contester la légalité du permis de construire en litige du fait de leur qualité de voisin immédiat et que le projet est susceptible de leur causer des troubles de jouissance ;
- l'arrêté attaqué est illégal pour avoir été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commune n'a pas procédé à la consultation du département du Val-de-Marne à propos du raccordement du projet au réseau d'eaux usées et pluviales comme lui suggérait l'établissement public territorial Grand Paris Sud-Est Avenir (GPSEA) ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que les avis d'ENEDIS et de GPSEA ont été sollicités sur la base d'un dossier incomplet pour avoir été émis avant le versement de pièces complémentaires dans le dossier de demande de permis de construire ;
- il a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme faute d'avoir été précédé de la consultation de l'établissement public territorial Grand Paris Sud-Est Avenir (GPSEA), autorité gestionnaire de la rue Albert Dru ;
- il a été délivré en méconnaissance des dispositions du b) de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme dès lors que le dossier de demande ne précisait pas la puissance électrique nécessaire au projet ;
- il a été délivré en méconnaissances des dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme dès lors que la notice décrit de manière erronée la végétation existante et que le plan de masse est entaché des mêmes insuffisances et ne reflète pas la réalité de l'existant ; le plan de masse indique de manière erronée que l'accès au terrain d'assiette du projet se fait par une voie privée accessible au public ;
- il a été délivré en méconnaissance des dispositions du f) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme dès lors que l'attestation de réalisation d'une étude préalable au titre du plan de prévention du risque de mouvements de terrains différentiels n'est pas conforme à ce que prévoit ces dispositions et qu'aucune étude géotechnique n'a été réalisée préalablement ;
- il a été délivré en méconnaissance les dispositions de l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme dès lors que le pétitionnaire n'a pas joint à sa demande la justification du dépôt de la demande de permis de démolir que le pétitionnaire aurait obtenu pour la parcelle cadastrée section AY n° 582 afin d'être autorisé à démolir la construction pour la réalisation de la voie d'accès ;
- il est entaché de fraude pour avoir induit le service instructeur en erreur dès lors que la demande de permis de construire aurait dû inclure la parcelle cadastrée section AY n° 582 sur laquelle la voie d'accès doit être créée, alors que le pétitionnaire la présente comme déjà créée, et de plus, ouverte à la circulation publique, ce qui n'est pas le cas ; par cette présentation, le pétitionnaire a pu, de plus, minorer ses obligations en terme de réalisation d'espaces verts et de plantation d'arbres ;
- il méconnaît les dispositions du plan de prévention du risque de mouvements de terrains différentiels (PPRMT) dès lors qu'il prévoit l'implantation d'arbres à une distance inférieure à 1,5 fois la hauteur de la construction ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 3 des dispositions communes du règlement du plan local d'urbanisme et l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que la voie d'accès au projet, qui est prévue sur la parcelle cadastrée section AY n° 582, n'est ni carrossable, ni dans un bon état de viabilité et ne présente pas les caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences des services de secours dès lors qu'elle est occupée par une construction et des arbres ; cette voie d'accès en impasse sera en tout état de cause trop étroite pour permettre l'accès des véhicules, notamment de secours et de lutte contre l'incendie ; alors qu'elle est présentée comme une voie nouvelle créée à la circulation publique, il n'est pas prévu de places de stationnement ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UC 3 de ce règlement dès lors que la voie d'accès prévue est d'une largeur insuffisante, qu'elle ne permet pas aux véhicules de collecte des ordures ménagères et de secours d'effectuer un demi-tour ; elle ne prévoit pas de places de stationnement ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 4 des dispositions communes de ce règlement dès lors qu'il n'est pas établi que le débit de rejet de eaux pluviales sera limité à 2l/s/ha et que la solution de rétention n'a pas fait l'objet d'une étude technique.
La requête a été communiquée à la commune de Sucy-en-Brie et à la société EVK Premium qui n'ont pas présenté de mémoire en défense.
Une mise en demeure a été adressée le 22 avril 2022 à la commune de Sucy-en-Brie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le plan de prévention du risque de mouvements de terrains différentiels ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Zanella rapporteur public,
- et les observations de Me Larrieu, représentant M. G et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 21 décembre 2020, la maire de Sucy-en-Brie a délivré à la société EVK Premium un permis de construire une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section AY n° 583 située allée Léonard de Vinci - rue Albert Dru (Sucy-en-Brie). Par un courrier du 8 février 2021 reçu le 11 février suivant, M. D G et Mme H B ont saisi la maire d'un recours gracieux afin qu'elle retire cet arrêté. En l'absence de réponse à cette demande, une décision implicite de rejet est née le 11 avril 2021. M. G et Mme B demandent au tribunal d'annuler le permis de construire délivré le 21 décembre 2020 ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence de l'auteur du permis de construire en litige :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A F, adjointe au maire chargée de l'habitat, la préservation du patrimoine urbain et l'urbanisme et signataire de l'arrêté attaqué, a reçu, par arrêté du 23 septembre 2020, délégation de la maire de Sucy-en-Brie pour signer notamment " la délivrance des autorisations en matière de droit des sols ". Elle était, ainsi, compétente pour signer la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du permis de construire du 21 décembre 2020 manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les consultations préalables :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur ".
4. Les requérants n'invoquent aucune disposition législative ou réglementaire qui aurait rendu obligatoire, en l'espèce, compte tenu de la nature et de l'importance du projet, la consultation du service compétent en matière d'assainissement du département du Val-de-Marne dans le cadre de l'instruction de la demande de permis de construire en litige. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que le permis de construire en litige a été délivré au terme d'une procédure irrégulière au regard des dispositions de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet aurait pour effet la création ou la modification d'un accès à une voie publique dont la gestion ne relève pas de l'autorité compétente pour délivrer le permis, celle-ci consulte l'autorité ou le service gestionnaire de cette voie, sauf lorsque le plan local d'urbanisme ou le document d'urbanisme en tenant lieu réglemente de façon particulière les conditions d'accès à ladite voie. ".
6. Il ressort des pièces contenues dans la demande de permis de construire, notamment de la notice de présentation, des plans de masse et des documents photographiques, que le terrain d'assiette du projet en litige est desservi par une voie privée dont la maire de Sucy-en-Brie a prescrit sa création en voirie d'accès avant le dépôt par la pétitionnaire de la déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux. Au surplus, et alors même que des voitures stationnent devant cette voie, il ressort de ces mêmes pièces que l'accès donnant sur la rue Albert Dru dispose déjà d'une "bordure de trottoir bateau". Par suite, le projet en litige ne peut être regardé comme ayant pour effet de créer ou de modifier un accès à une voie publique nécessitant la consultation préalable de l'autorité gestionnaire de la voirie.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire du 5 septembre 2020 a été complétée les 13 octobre et 3 décembre 2020. Si les avis rendus par l'établissement public Grand Paris Sud Est Avenir et le gestionnaire du réseau de distribution d'électricité ont été émis sur la base de la demande initiale, il ne ressort pas de ces mêmes pièces qu'eu égard à l'objet et à la portée des compléments apportés ultérieurement au projet, une nouvelle consultation de ces services eût été rendue nécessaire afin de permettre à la maire de Sucy-en-Brie de pouvoir se prononcer en toute connaissance de cause. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de ces avis doit être écarté.
En ce qui concerne la composition du dossier de demande de permis de construire :
8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
9. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. ".
10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la société EVK Premium a indiqué dans la notice de présentation du projet en litige et sur le plan de masse de l'existant que la végétation existante sur le terrain d'assiette du projet est composée " d'un seul arbre de haute tige en fond de parcelle ". M. G et Mme B n'établissent pas, par une unique photographie aérienne issue du site Google Maps, que le terrain d'assiette du projet en litige comporterait plus d'un arbre de haute tige.
11. D'autre part, si la parcelle cadastrée section AY n° 583 mitoyenne ne correspond, à la date de l'arrêté en litige, ni à une " voie d'accès privée enherbée " ni à une " voie d'accès privée enrobée " dès lors qu'elle comportait encore une construction et une végétation composée d'arbustes, il ressort de la notice de présentation jointe au projet que la pétitionnaire a obtenu le 23 mai 2019 un permis de démolir la construction existante dans l'objectif d'y créer une voie privée et que, ainsi qu'il l'a été dit au point 6, la maire de Sucy-en-Brie a prescrit sa réalisation avant l'achèvement des travaux. En outre, les requérants n'établissent pas davantage que la végétation présente sur cette parcelle est composée d'arbres de haute tige.
12. Enfin, la circonstance que le permis de démolir précité n'autorise ni le déboisement de la parcelle cadastrée section AY n° 583, ni la création d'une voie privée est sans incidence sur la consistance du terrain d'assiette du projet en litige, lequel prévoit uniquement la construction d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée section AY n° 582.
13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme doivent être écartés dans toutes leurs branches.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () / g) La puissance électrique nécessaire au projet, lorsque la puissance électrique est supérieure à 12 kilovoltampères monophasé ou 36 kilovoltampères triphasé ".
15. Il ne ressort pas des pièces du dossier, alors que le projet en litige consiste en l'édification d'une maison à usage d'habitation, que la puissance électrique nécessaire à un tel projet serait supérieure à celle de 12 kilovoltampères monophasé ou 36 kilovoltampères triphasé, au-delà de laquelle cette puissance doit être mentionnée dans la demande, en application de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écarté.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : () / f) Lorsque la construction projetée est subordonnée par un plan de prévention des risques naturels prévisibles ou un plan de prévention des risques miniers approuvés, ou rendus immédiatement opposables en application de l'article L. 562-2 du code de l'environnement, ou par un plan de prévention des risques technologiques approuvé, à la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation, une attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation de cette étude et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception ".
17. En l'espèce, le terrain d'assiette du projet se trouve en zone bleue foncé (B1) du plan de prévention des risques de mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols dans le département du Val-de-Marne. Il résulte de l'article 2 du chapitre 1 du titre II du règlement de ce plan que les constructions nouvelles de maisons individuelles doivent, alternativement, soit appliquer directement les mesures techniques prévues à l'article 2.1 de ce chapitre, soit procéder à la réalisation d'une étude géotechnique préalable. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la société EVK Premium aurait fait le choix de réaliser une étude géotechnique préalable nécessitant à ce titre la production de l'attestation prévue à l'article R. 431-16 précité plutôt que d'appliquer directement les mesures techniques prescrites par ce plan. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme doit être écarté.
18. En quatrième lieu, et ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit aux points 11 et 12, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le projet en litige devait produire les pièces mentionnées à l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme dès lors qu'il ne prévoit pas la démolition de construction sur la parcelle formant l'assiette du projet.
19. En cinquième lieu, le projet en litige prévoyant uniquement la construction d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section AY n° 582, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le permis de construire en litige est entaché d'une fraude au motif qu'il ne portait pas également sur la parcelle cadastrée section AY n° 583 alors qu'au surplus, le pétitionnaire a bien précisé dans sa demande de permis de construire que la voie d'accès sera réalisée sur cette dernière parcelle.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance du plan de prévention des risques de mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols dans le département du Val-de-Marne :
20. Il résulte des termes de l'article 2.1.2 du chapitre 1 du titre II du plan de prévention des risques de mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols dans le département du Val-de-Marne que l'interdiction de toute nouvelle plantation d'arbres ou d'arbustes à une distance inférieure à leur hauteur de coupe ne s'applique qu'aux constructions existantes. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le projet en litige méconnaît les dispositions de cet article.
En ce qui concerne les moyens tirés de la méconnaissance du règlement du plan local d'urbanisme de Sucy-en-Brie :
21. En premier lieu, aux termes de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Pour être constructible, un terrain doit avoir accès à une voie publique ou privée, carrossable et en bon état de viabilité, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur fonds voisins, éventuellement en application de l'article 682 du code civil / L'accès doit présenter les caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile, brancardage, protection des piétons, enlèvement des ordures ménagères, etc. ". En outre, aux termes de l'article UC 3 de ce règlement : " Voiries - Les voies privées d'usage réservées aux seuls habitants et employés des immeubles desservis doivent avoir une largeur d'au moins 5,5 mètres. La largeur pourra être réduite à 3,5 mètres dès lors que les flux entrée et sortie pourront être dissociés () / Les parties de voies en impasse doivent permettre notamment, le passage et le demi-tour des véhicules de collecte des ordures ménagères et des services de secours et d'incendie ".
22. Dans les cas particuliers où, pour accorder un permis de construire, l'administration se fonde sur la circonstance que, en raison de travaux en cours ou futurs, la desserte de la construction répondra à brève échéance et de manière certaine aux exigences légales relatives à la desserte des terrains, les motifs de légalité susceptibles de faire obstacle à la réalisation de ces travaux peuvent être utilement invoqués devant le juge de l'excès de pouvoir au soutien de conclusions dirigées contre l'acte autorisant la construction.
23. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige doit être desservi par une voie privée enrobée en impasse dénommée " allée Léonard de Vinci " d'une largeur de 8,43 mètres qui doit être regardée, contrairement à ce qu'indique le permis de construire, comme une voie privée réservée à l'usage des seuls habitants dès lors qu'il ne ressort d'aucun des documents de la demande que la pétitionnaire ait prévu de l'ouvrir à la circulation publique. Les requérants n'établissent pas, au seul motif que la parcelle devant accueillir cette voie était à la date de la délivrance du permis de construire occupée par une construction dont la démolition est prévue, qu'elle ne pourrait être carrossable et en bon état de viabilité, ni qu'elle ne présenterait pas les caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile. Ils n'établissent pas davantage que, aux regard des caractéristiques de cette voie, les véhicules de collecte des ordures ménagères et les véhicules de secours ne pourraient pas y faire demi-tour. Enfin, cette voie devant être regardée comme une voie privée d'usage réservé à ses seuls habitants, elle n'avait pas à prévoir de places de stationnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
24. En deuxième lieu, aux termes de l'article UC 4 du règlement du plan local d'urbanisme : " Eaux pluviales - Toute construction doit obligatoirement évacuer ses eaux pluviales soit par infiltration, soit par stockage et rejet à débit limité de 2 l/s/ha dans le réseau public en respectant les caractéristiques de ce réseau (réseau séparatif) / Dans tous les cas, une solution de rétention des eaux de pluie devra être mise en œuvre et fera l'objet d'une étude technique par le pétitionnaire ".
25. Il ressort des pièces du dossier que la rétention des eaux de pluie sur le terrain doit s'effectuer par le biais d'une citerne enterrée d'une capacité de 300 litres. Les requérants soutiennent, toutefois, qu'il n'est pas établi qu'une étude technique aurait été établie, de sorte qu'il n'apparaît pas que le rejet du débit respecte la limite de 2l/s/ha. Alors que le dossier de demande de permis de construire ne permet pas d'apprécier si le débit maximum prévu sera conforme à ces dispositions, ni la commune de Sucy-en-Brie, ni la société EVK Premium à qui la requête a été communiquée n'apportent d'éléments de nature à l'établir. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement du plan local d'urbanisme doit, en l'état du dossier, être accueilli.
Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
26. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ". Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
27. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'arrêté délivrant le permis de construire du 21 décembre 2020 n'est entaché d'illégalité qu'en tant qu'il méconnaît les dispositions de l'article UC 4 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors qu'il n'est pas justifié que le débit maximum de rejet des eaux pluviale respecte la limite de 2 l/s/ha.
28. Ce vice, qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même, étant susceptible d'être régularisé, il y a lieu en conséquence, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2020 en tant seulement qu'il autorise le projet en méconnaissance des dispositions de l'article UC 4 du règlement du plan local d'urbanisme.
29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de fixer à quatre mois le délai imparti pour la régularisation du permis de construire délivré par la maire de Sucy-en-Brie à la société EVK Premium.
Sur les frais liés au litige :
30. Pour l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Sucy-en-Brie la somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. G et Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 21 décembre 2020 par lequel la maire de Sucy-en-Brie a délivré un permis de construire à la société EVK Premium et la décision implicite de rejet du recours gracieux sont annulés en tant qu'ils méconnaissent les dispositions de l'article UC 4 du règlement du plan local d'urbanisme.
Article 2 : Un délai de quatre mois est imparti à la société EVK Premium pour la régularisation de son permis de construire.
Article 3 : La commune de Sucy-en-Brie versera à M. G et à Mme B la somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D G, à Mme H B, à la commune de Sucy-en-Brie et à la société EVK Premium.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'hirondel, président,
Mme Morisset, première conseillère,
M. Cabal, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
Le rapporteur,
P.Y. C
Le président,
M. L'HIRONDEL
La greffière,
M. E
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026