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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2105775

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105775

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantFAUVEAU IVANOVIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juin 2021 et 4 novembre 2022,

M. B A, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 avril 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile à compter du 12 avril 2021, dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation personnelle et ses droits ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1 500 euros à Me Fauveau Ivanovic au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- sa vulnérabilité n'a pas été évaluée, en méconnaissance des dispositions de l'article

L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a pas refusé de proposition d'hébergement, qui ne lui a pas été faite, qu'il est hébergé par son père et a produit les documents relatifs à cette situation, et que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas tenu compte ni de sa situation personnelle, ni des capacités d'hébergement disponibles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés en sollicitant, le cas échéant, que soit substitué au motif initialement retenu dans la décision litigieuse celui tiré de ce que les conditions matérielles d'accueil du requérant pouvaient être suspendues en application des dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'absence de respect des exigences des autorités chargées de l'asile.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

18 août 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Lalande, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui indique être un ressortissant guinéen, né en 1998, a présenté une demande d'asile enregistrée le 12 mars 2021. A la même date, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a accordé les conditions matérielles d'accueil. M. A l'ayant informé qu'il était hébergé par son père en région parisienne, l'Office lui a demandé, en vue de l'exempter d'une orientation dans la région Grand Est, les pièces justificatives de cet hébergement. Par une décision du 12 avril 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu les conditions matérielles d'accueil de M. A au motif qu'il avait refusé une proposition d'hébergement. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 août 2021. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, elles n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Par suite, et alors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment de la copie d'écran du formulaire renseigné lors de l'entretien réalisé au cours de l'enregistrement de la demande d'asile du requérant au guichet unique, produite en défense par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que l'intéressé a bénéficié d'un tel entretien lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, il ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité avant que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'édicte la décision attaquée. En outre, l'OFII produit également un extrait de l'offre de prise en charge du requérant dans laquelle ce dernier atteste avoir été évalué dans une langue qu'il comprend avec le concours d'un interprète professionnel. Enfin, les énonciations de la décision attaquée rendent compte que la vulnérabilité du requérant a été dûment prise en compte. Dans ces conditions, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sans entacher sa décision d'un vice de procédure. Le moyen soulevé en ce sens doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée, après avoir visé les articles L. 744-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique qu'il est mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de

M. A au motif qu'il a refusé une proposition d'hébergement. Ainsi rédigée, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la directrice territoriale de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. A avant de prendre la décision litigieuse. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () ".

7. M. A soutient que la décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a pas refusé de proposition d'hébergement, qui ne lui a pas été faite, qu'il est hébergé par son père et a produit les documents relatifs à cette situation, et que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a tenu compte ni de sa situation personnelle, ni des capacités d'hébergement disponibles. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué. Dans le cas présent, pour établir que la décision contestée est légale, le directeur général de l'OFII invoque, dans son mémoire en défense régulièrement communiqué au requérant, un autre motif tiré de ce que les conditions matérielles d'accueil de M. A ont été suspendues non au motif qu'il avait refusé une proposition d'hébergement, mais en raison du fait que M. A, qui avait indiqué être hébergé par son père pour refuser l'hébergement proposé dans la région Grand Est, n'avait pas produit les pièces justificatives demandées pour justifier de cet hébergement, et n'avait ainsi pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Si le requérant soutient qu'il a fourni à l'OFII, le 15 mars 2021, par l'intermédiaire de l'association Coallia, située dans le même bâtiment que l'OFII de Melun, tous les documents concernant son hébergement, il n'apporte pas d'élément suffisant permettant d'estimer qu'il aurait effectivement déposé de tels documents le 15 mars 2021, alors en particulier que l'avis d'échéance valant quittance de loyer produit par le requérant est celui du mois de mai 2021, et ne peut ainsi avoir été effectivement remis le

15 mars précédent auprès de la direction territoriale de l'OFII de Melun. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motif sollicitée par l'OFII, qui ne prive le requérant d'aucune garantie, et le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'erreur d'appréciation doit par voie de conséquence être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 12 avril 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Fauveau Ivanovic, et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

D. LALANDE L'assesseur le plus ancien,

M. DUMAS

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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