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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2105934

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105934

lundi 12 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105934
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantDRAI ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 juin 2021 et 29 août 2022, M. B J A, Mme I A, Mme D A, Mme F A et Mme G A, représentés par le cabinet LPA-CGR, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 8 décembre 2020 par laquelle le conseil territorial de l'établissement public territorial Paris Est Marne-et-Bois a approuvé la modification du plan local d'urbanisme de la commune de Fontenay-sous-Bois en tant qu'elle modifie les dispositions applicables à la parcelle cadastrée section BP n° 151, située 46 rue du Commandant-Jean-Duhail à Fontenay-sous-Bois, ainsi que la décision du 23 avril 2021 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial Paris Est Marne-et-Bois une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération en litige est entachée d'un vice de procédure dès lors que la convocation des membres du conseil de territoire ne comportait pas une note explicative de synthèse ; à supposer que cette note existe, il n'est pas établi qu'elle ait été transmise dans un délai suffisant ;

- la modification du plan local d'urbanisme adoptée par la délibération attaquée est incompatible avec le schéma de cohérence territorial de la région Île-de-France dès lors qu'elle fait obstacle à la densification de la zone UB ;

- elle est illégale en raison de l'incohérente existant entre le règlement du plan local d'urbanisme et le projet d'aménagement et de développement durable dès lors que la densité de la zone UBa a vocation à être renforcée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme en tant que le classement d'un marronnier comme arbre d'intérêt sur la parcelle cadastrée section BP n° 151 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation puisque cette essence ne présente aucune particularité, que l'arbre est peu visible depuis l'espace public et qu'il n'était pas recensé comme tel auparavant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, l'établissement public territorial Paris Est Marne-et-Bois, représenté par le cabinet Drai associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A et autres la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable pour être tardive dès lors que le recours gracieux des requérants n'était pas dirigé contre la délibération en litige, mais contre une délibération du conseil municipal de Fontenay-sous-Bois inexistante ;

- les moyens soulevés par M. A et autres ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cabal,

- les conclusions de M. Zanella rapporteur public,

- et les observations de Me Sechi, représentant M. A et autres, et de Me Cocrelle, représentant l'établissement public territorial Paris Est Marne-et-Bois.

Considérant ce qui suit :

1. Le conseil territorial de l'établissement public territorial Paris Est Marne-et-Bois a approuvé, par une délibération du 8 décembre 2020, la troisième modification du plan local d'urbanisme de la commune de Fontenay-sous-Bois issu de la révision du 17 décembre 2015. Par un recours gracieux du 8 mars 2021 et rejeté par une décision du 23 avril 2021, M. A et autres ont sollicité le retrait de cette délibération. Les consorts A demandent au tribunal d'annuler cette délibération en tant qu'elle a pour effet de modifier les dispositions applicables à la parcelle cadastrée section BP n° 151, située 46 rue du Commandant-Jean-Duhail à Fontenay-sous-Bois ainsi que de la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. ". Aux termes de l'article L. 5211-1 du même code : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relative au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. ".

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment du document intitulé " tableau de bord " (page 43), que la convocation à la séance du 8 décembre 2020 a été adressée aux conseillers territoriaux par courrier électronique le 1er décembre 2020, soit dans le délai de cinq jours francs fixé par les dispositions de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales. En outre, cette convocation était accompagnée d'une note explicative de synthèse faisant notamment état de l'avis favorable et des trois recommandations émis par le commissaire enquêteur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-12 précitées manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 123-3 du code de l'urbanisme : " Les schémas de cohérence territoriale et, en l'absence de schéma de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme, les documents en tenant lieu et les cartes communales sont compatibles avec le schéma directeur de la région d'Ile-de-France. ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'au sein de la région d'Ile-de-France les schémas de cohérence territoriale et, en leur absence, les plans locaux d'urbanisme, sont soumis à une obligation de compatibilité avec le schéma directeur de cette région. Pour apprécier cette compatibilité, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire pertinent pour prendre en compte les prescriptions du schéma directeur de la région, si le schéma de cohérence territoriale ou, en son absence, le plan local d'urbanisme, le document en tenant lieu ou la carte communale ne contrarie pas les objectifs et les orientations d'aménagement et de développement fixés par le schéma, compte tenu du degré de précision des orientations adoptées, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque orientation ou objectif particulier.

6. L'article 2.2 des orientations règlementaires du schéma directeur de la région Île-de-France relatif aux " espaces urbanisés " identifie au sein de ces derniers des " espaces urbanisés à optimiser " dans lesquels figure l'objectif d'augmenter la densité humaine et la densité moyenne de 10 % à l'horizon 2030. A ce titre, le projet d'aménagement durable du plan local d'urbanisme de la commune de Fontenay-sous-Bois prévoit la construction de 2 352 logements supplémentaires d'ici 2030, soit une augmentation de près de 10 % par rapport au nombre de logements en 2010. En outre, le rapport de présentation de ce plan identifie la zone UB comme une " zone urbaine mixte, à dominante résidentielle, marquée par une certaine densité à renforcer ". La délibération en litige prévoit de réduire d'un mètre la hauteur des constructions, calculée en fonction de la distance de la façade jusqu'à l'alignement opposé ou la limite qui s'y substitue, ainsi que la possibilité de limiter la hauteur des constructions pour les parcelles limitrophes de zones caractérisées par une hauteur moindre des constructions pour des motifs tenant à leur insertion. Toutefois, et ainsi que l'a au demeurant relevé la préfète du Val-de-Marne dans son avis émis lors de l'enquête publique, cette mesure n'est pas de nature, compte tenu de son caractère limité, à remettre en cause le potentiel de densification de la commune. De même, la réduction de la longueur des pignons implantés en limite séparative de deux mètres, pour passer de quinze à treize mètres, l'augmentation de la surface des espaces verts pour passer de 20 à 25 %, dont 75 % en pleine terre contre 50 % auparavant et le doublement, de 0,75 m² à 1,5 m² par logement, des espaces de stationnement des vélos, sont limitées et ne peuvent être, à elles seules, de nature à faire obstacle à l'objectif de densification des " zones urbanisées à renforcer " à l'horizon 2030 alors que la zone UB ne représente que 20 % du territoire communal. Au demeurant, les requérants n'établissent pas, ni même n'allèguent, que les modifications apportées par la délibération en litige entraineraient une réduction des possibilités de constructions dans les autres zones identifiées par le règlement du plan local d'urbanisme, alors que les zones urbaines, qui représentent 98 % du territoire de la commune, permettent toutes la construction d'immeubles à usage d'habitation. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompatibilité du plan local d'urbanisme avec le schéma directeur de la région d'Île-de-France doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ; / 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / 4° Un règlement ; / 5° Des annexes. / Chacun de ces éléments peut comprendre un ou plusieurs documents graphiques. Ces documents graphiques peuvent contenir des indications relatives au relief des espaces auxquels il s'applique. ". L'article L. 151-5, dans sa rédaction alors applicable, du même code dispose que : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : / 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; / 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. / () ". L'article L. 151-8 de ce code dispose que : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".

8. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

9. Il ressort du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de Fontenay-sous-Bois qu'il prévoit une orientation 1 intitulée " organiser une évolution de l'habitat de qualité, centré sur le maintien d'une mixité sociale et intergénérationnelle " fixant un objectif d'accompagnement de " la croissance démographique et résidentielle de la commune ", mais aussi une orientation 4 intitulée " améliorer durablement le cadre de vie par une ambition élevée en matière d'écologie urbaine, de réduction des nuisances, de patrimoine et de paysage ", fixant des objectifs tendant à " valoriser l'identité paysagère urbaine et architecturale de la commune " et à " développer la présence et la qualité de la nature urbaine ", et, enfin, un point 5 intitulé " maintenir et affirmer une qualité de vie quotidienne " fixant un objectif de " développer et mettre en valeur les modes de déplacement doux ".

10. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que les modifications apportées aux règles applicables en zones UB et à l'article 12 de ce règlement ne permettraient pas d'atteindre, à terme, les objectifs fixés au point 1 du plan d'aménagement et de développement durables dès lors que la cohérence de ces documents doit s'apprécier globalement et que les modifications apportées, ainsi qu'il l'a été dit au point 6, sont d'une ampleur limitée. D'autre part, il résulte du rapport de présentation de la modification n° 3 du plan local d'urbanisme que ces prescriptions visent à permettre une meilleure insertion urbaine des constructions, à réaffirmer la trame verte et à faciliter l'utilisation et le stockage des deux roues non motorisés, en cohérence avec les points 4 et 5 précités. Par suite, le moyen tiré de l'incohérence du règlement du plan local d'urbanisme avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme, antérieurement prévu à l'article L. 123-1-5 al. 18 et al. 21 de ce code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. / Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent ".

12. Ces dispositions permettent au règlement d'un plan local d'urbanisme d'édicter des dispositions visant à protéger, mettre en valeur ou requalifier un élément du paysage dont l'intérêt le justifie. Le règlement peut notamment, à cette fin, identifier un élément de paysage ou délimiter un secteur en raison de ses caractéristiques particulières. La localisation de cet élément ou de ce secteur, sa délimitation et les prescriptions le cas échéant définies, qui ne sauraient avoir de portée au-delà du territoire couvert par le plan, doivent être proportionnées et ne peuvent excéder ce qui est nécessaire à l'objectif recherché. Une interdiction de toute construction ne peut être imposée que s'il s'agit du seul moyen permettant d'atteindre l'objectif poursuivi.

13. En l'espèce, le projet d'aménagement et de développement durables de Fontenay-sous-Bois vise à préserver, au titre de l'objectif " développer la présence et la qualité de la nature urbaine ", " les arbres d'intérêt, par une limitation des abattages aux cas de vétusté, de maladie ou de nécessité dans le cadre d'une création ou du réaménagement d'un équipement public, et en imposant le remplacement des sujets, au même endroit ou à proximité immédiate " afin de favoriser la biodiversité. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport de présentation de la modification en litige ainsi que de la réponse apportée par l'établissement public territorial Paris Est Marne-et-Bois lors de l'enquête publique, que la parcelle cadastrée section BP n° 151 abrite un marronnier de taille importante, parfaitement visible depuis les rues du commandant B E et Pierre Semard qui a été identifié lors de l'étude sur la mise à jour des " arbres d'intérêt ". La seule circonstance que cette essence serait relativement commune n'est pas, à elle seule, de nature à caractériser une erreur manifeste d'appréciation, alors qu'il ressort du point 3.3.8 du troisième volet du rapport de présentation du plan local d'urbanisme issu de la révision du 17 décembre 2015 que cette qualification peut également découler de la taille des arbres recensés. Enfin, si la présence d'un tel arbre fait obstacle à ce qu'il puisse être abattu, sauf en cas de péril, elle n'entraîne pas pour autant une interdiction de construire. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en tant qu'il classe comme " arbre d'intérêt " le marronnier situé sur la parcelle BP n° 151 doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. A et autres au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'établissement public territorial Paris Est Marne-et-Bois qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge de M. A et autres la somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'établissement public territorial Paris Est Marne-et-Bois et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et autres est rejetée.

Article 2 : M. A et autres verseront ensemble à l'établissement public territorial Paris Est Marne-et-Bois la somme globale de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B J A, à Mme I A, à Mme D A, à Mme F A, à Mme G A, à l'établissement public territorial Paris Est Marne-et-Bois et à la commune de Fontenay-sous-Bois.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. H, président,

Mme Morisset, première conseillère,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.

Le rapporteur,

P.Y. CABAL

Le président,

M. H

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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