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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106300

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106300

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106300
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantMOREL-THIBAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juillet 2021 et le 4 janvier 2022, la SARL Ecurie Sylyane, représentée par Me Morel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2021 par lequel le maire de Couilly-Pont-aux-Dames s'est opposé à sa déclaration préalable à fin de changement de destination d'un bâtiment agricole en habitation sur un terrain situé 200 route de Bouleurs-Beaugaudin à Couilly-Pont-aux-Dames ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Couilly-Pont-aux-Dames une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en estimant que son projet nécessitait non pas le dépôt d'une déclaration préalable mais le dépôt d'une demande de permis de construire, le maire de la commune a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- c'est à tort que le maire de la commune de Couilly-Pont-aux-Dames a considéré qu'elle ne justifiait pas d'une activité agricole et régulière ;

- le projet s'implante bien en continuité des bâtiments principaux d'exploitation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2021, la commune de Couilly-Pont-aux-Dames, représentée par Me Trennec, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le maire était tenu de s'opposer à la déclaration préalable au motif que la pension de chevaux ne constitue pas une activité agricole au sens de l'article L. 311-1 du code rural à moins qu'elle ne soit accessoire à une activité agricole par nature comme l'élevage ;

- le maire était tenu de s'opposer à la déclaration préalable dès lors que le bâtiment agricole a déjà été transformé en partie en habitation par des travaux et qu'il appartenait à la société requérante de régulariser l'ensemble des travaux en déposant un permis de construire ;

- l'opposition à déclaration préalable est fondée sur le fait que le local concerné ne répondait pas au critère du règlement d'urbanisme imposant qu'il soit implanté en continuité des bâtiments principaux d'exploitation ;

- la circonstance que cette maison implantée sur l'exploitation a été vendue en 2021 comme maison d'habitation interdisait à la société requérante de transformer un nouveau local agricole en maison d'habitation.

Par une lettre du 29 avril 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 6 juin 2022 sans information préalable.

Une ordonnance de clôture immédiate a été prise le 15 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blanc, conseillère,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 3 mai 2021, le maire de la commune de Couilly-Pont-aux-Dames s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la SARL Ecurie Sylyane, représentée par M. A, afin de changer la destination d'un bâtiment agricole en habitation, pour répondre à la nécessité d'assurer une présence continue permettant de suivre l'état de santé des chevaux de l'écurie, de supprimer deux volets bois vétustes, et de mettre en œuvre deux garde-corps aux deux fenêtres existantes de l'étage pour assurer la sécurité des soignants sur la parcelle section YD n° 314 située 200 route de Bouleurs au lieu-dit Beaugardin à Couilly-Pont-aux-Dames. Par la présente instance, la société requérante demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable à la décision contestée : " Quiconque désire entreprendre ou implanter une construction à usage d'habitation ou non, même ne comportant pas de fondations, doit, au préalable, obtenir un permis de construire () ". Ces prescriptions s'appliquent également dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande tendant à ce que soient autorisés des travaux portant sur un immeuble qui a été édifié sans autorisation, la demande devant alors porter sur l'ensemble du bâtiment.

3. La commune de Couilly-Pont-aux-Dames soutient qu'elle était tenue de s'opposer à la déclaration préalable dès lors que le bâtiment agricole a déjà été transformé en partie en habitation par des travaux. Toutefois, la commune défenderesse n'apporte aucun élément de nature à établir ces allégations, alors que la société requérante soutient, sans être contredite, que la grange utilisée n'a jamais été transformée en habitation et que les travaux de doublage des murs du premier étage de cette grange entrepris en 2016 ont été détruits. Par suite, c'est à tort que la commune de Couilly-Pont-aux-Dames se prévaut de ce que la demande devait porter sur l'ensemble du bâtiment.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme : " () / Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : / () / c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; / () ".

5. Contrairement à ce que fait valoir la commune, il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux ont pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment. Dans ces conditions, le changement de destination sollicité ne relève pas du champ du permis de construire tel que défini par le c) de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme. Par suite, c'est à tort que le maire de la commune de Couilly-Pont-aux-Dames a considéré que la construction existante nécessite le dépôt d'un permis de construire en application de ces dispositions.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme : " I.- Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières, le règlement peut : () / 2° Désigner, en dehors des secteurs mentionnés à l'article L. 151-13, les bâtiments qui peuvent faire l'objet d'un changement de destination, dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. Le changement de destination est soumis, en zone agricole, à l'avis conforme de la commission départementale de la préservation des espaces agricoles, naturels et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime, et, en zone naturelle, à l'avis conforme de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. / () ". Aux termes de l'article R. 151-23 du code de l'urbanisme : " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci ".

7. D'autre part, aux termes de l'article A. 1. 2. 1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Couilly-Pont-aux-Dames : " () / Les occupations et utilisations du sol suivantes ne sont admises que si elles respectent les conditions définies : () / - les constructions nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime, y compris celles destinées au logement des exploitants ruraux à raison d'une maison unifamiliale de gardiennage, à condition qu'elle s'implante en continuité des bâtiments principaux d'exploitation, sauf si des gênes pour le voisinage ne rendent pas cette proximité souhaitable, et en utilisant le même accès routier ".

8. D'une part, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le maire de la commune a considéré que l'habitation ne s'implante pas en continuité des bâtiments principaux d'exploitation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de masse de l'état existant que la grange dont le changement de destination est sollicité s'implante en continuité des bâtiments principaux d'exploitation. Par suite, ce motif est entaché d'erreur d'appréciation.

9. D'autre part, le maire de Couilly-Pont-aux-Dames s'est également fondé pour rejeter la demande de la SARL Ecurie Sylyane sur un autre motif tiré de la méconnaissance de l'article A. 1. 2. 1 précité du règlement du plan local d'urbanisme de la commune. Si la société requérante soutient que l'activité de pension de chevaux impose une présence constante de personnels sur les lieux pour nourrir, brosser, promener et soigner les chevaux, pour nettoyer les boxes et pour prévenir et gérer tout incident et que l'activité de débourrage de chevaux exercée par la société est de nature agricole au sens des dispositions de l'article L. 311-1 du code rural et de la pêche maritime, elle n'apporte aucun élément de nature à établir l'exercice effectif d'une activité agricole sur cette parcelle, ni la nécessité de loger des exploitants ruraux dans une maison unifamiliale de gardiennage en se bornant à se prévaloir de son objet social relatif à " la pension de chevaux, prise en pension, entretien chevaux et animaux, débourrage de chevaux, achat, vente, location de chevaux et équidés, location de tous matériels et véhicules se rapportant à l'équitation, toutes prestations de services relatives au cheval et à l'équitation ". Ainsi, c'est à bon droit que le maire de la commune de Couilly-Pont-aux-Dames a considéré que la société pétitionnaire ne justifie pas d'une activité agricole relevant d'une exploitation active et régulière pouvant fonder le changement de destination sollicité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le maire de Couilly-Pont-aux-Dames doit être écarté.

10. Il résulte de l'instruction que le maire de Couilly-Pont-aux-Dames aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur le seul motif rappelé au point 9 du présent jugement.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SARL Ecurie Sylyane doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Couilly-Pont-aux-Dames, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SARL Ecurie Sylyane demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la SARL Ecurie Sylyane une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Couilly-Pont-aux-Dames en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Ecurie Sylyane est rejetée.

Article 2 : La SARL Ecurie Sylyane versera à la commune de Couilly-Pont-aux-Dames une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Ecurie Sylyane et à la commune de Couilly-Pont-aux-Dames.

Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Jeannot, première conseillère,

Mme Blanc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

La rapporteure,

T. BLANCLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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