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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106827

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106827

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET MARS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 juillet 2021 et le 31 octobre 2023, la société Progalva, représentée par Me Siffre, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis le 14 septembre 2001 par le préfet de Seine-et-Marne, révélé par la mise en demeure du 22 février 2021 tendant au recouvrement d'une somme de 62 808,61 euros constitutive d'une consignation correspondant au montant des travaux à réaliser pour remettre en état le site situé au 45 avenue du Général de Gaulle à La Chapelle-La-Reine, et de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Progalva soutient que :

- le titre de recettes n'indique pas les bases de la liquidation ;

- la mise en demeure de payer est irrégulière dès lors que le titre de perception auquel elle se réfère est daté du 14 septembre 2001 ;

- le titre de perception ne portant que sur un montant de 60 979,61 euros, la circonstance que le total dû aux termes de la mise en demeure s'élève à 62 808,61 euros est constitutive d'une irrégularité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante une somme de 8 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article R.741-12 du code de justice administrative.

Le préfet de Seine-et-Marne soutient que:

- les moyens soulevés à l'appui de la requête sont infondés,

- la société requérante use d'une manœuvre dilatoire pour ne pas acquitter les sommes dont elle est débitrice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dumas,

- et les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 19 juillet 2001, le préfet de Seine-et-Marne a ordonné à la société Progalva de consigner la somme de 400 000 francs correspondant au montant des travaux à réaliser pour remettre en état le site situé au 45 avenue du Général de Gaulle à La Chapelle-La-Reine (Seine-et-Marne). Le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a adressé à la société Progalva une mise en demeure du 22 février 2021 en vue du paiement d'une somme de 62 808,61 euros, correspondant au montant du titre de perception émis le

14 septembre 2001 en vue du recouvrement d'une somme de 60 979,61 euros assortie de majorations. Par un jugement n°1602211 du 28 mai 2018 le tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de la société Progalva tendant à l'annulation de cette créance, ensemble la décision implicite de rejet de sa demande de décharge de l'obligation de payer. Par un arrêt n°18PA03010 du 21 novembre 2019, la cour administrative d'appel de Paris a rejeté l'appel interjeté par la société Progalva. Le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a adressé à la société Progalva une mise en demeure du 22 février 2021 en vue du paiement d'une somme de 62 808,61 euros, correspondant au montant du titre de perception émis le 14 septembre 2001 pour recouvrer une somme de 60 979,61 euros assortie d'une majoration de 1 829 euros. Dans la présente instance, la société Progalva doit être regardée comme demandant l'annulation de ce titre de perception, révélé par la mise en demeure du

22 février 2021, et la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Il résulte de l'instruction que le litige introduit dans la présente instance porte sur le même titre de perception n° 023 070 077 467451 2001 0000013 d'un montant de

60 979,61 euros (400 000 francs) signé par l'ordonnateur le 5 septembre 2001 et réceptionné par le comptable public le 14 septembre suivant. Il a le même objet, le même montant, concerne la même société requérante, et porte le même numéro d'immatriculation et la même date que le titre de perception mentionné sur les mises en demeure précédentes du 11 juin 2015 et du

21 septembre 2018.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables () / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

4. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire mentionne un montant de

400 000 francs (60 979,61 euros) et indique que celui-ci correspond à la procédure de consignation prévue "par l'article L. 514-1 du code de l'environnement à l'encontre de la société Progalva pour mise en conformité de la dépollution du site qu'elle exploite à La Chapelle-la-Reine". Dans ces conditions, l'état exécutoire indique bien les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde.

5. En deuxième lieu, si la société requérante invoque l'irrégularité dont serait entachée, selon elle, la mise en demeure du 22 février 2021, ainsi que la circonstance que celle-ci aurait été irrégulièrement majorée de 1 829 euros, de tels vices sont, en tout état de cause, sans influence sur la légalité du titre de perception signé par l'ordonnateur le 5 septembre 2001 et réceptionné par le comptable public le 14 septembre suivant. Dans ces conditions, la société Progalva n'est pas fondée à soutenir que le titre de perception émis le 14 septembre 2001 par le préfet de Seine-et-Marne est irrégulier et à en demander l'annulation, ainsi que la décharge des sommes correspondantes.

6. En troisième lieu, si la société requérante soutient que le titre de perception ne portant que sur un montant de 60 979,61 euros, la circonstance que le total dû selon la mise en demeure s'élève à 62 808,61 euros serait constitutive d'une irrégularité, en tout état de cause, elle n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé, alors au demeurant que la majoration de 1 829 euros visée sur la mise en demeure du 22 février 2021, figurait déjà sur les mises en demeure du 11 juin 2015 et du 22 février 2021.

7. Dans ces conditions, la société Progalva n'est pas fondée à soutenir que le titre de perception émis le 14 septembre 2001 par le préfet de Seine-et-Marne est irrégulier et à en demander l'annulation, ainsi que la décharge des sommes correspondantes.

Sur les frais liés au litige:

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la société Progalva lui réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative :

9. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".

10. La faculté prévue par cette disposition constituant un pouvoir propre du juge, la demande présentée par le préfet de Seine-et-Marne à l'appui de son mémoire en défense, tendant à ce que la société Progalva soit condamnée à une telle amende n'est, en tout état de cause, pas recevable.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Progalva est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de Seine-et-Marne tendant à la condamnation de la société Progalva à se voir infliger une amende pour recours abusif sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Progalva SA, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

Le rapporteur,

M. DUMAS Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2106827

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